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Fonds "Carbone bleu" : Nouvel atout dans la lutte contre le
changement climatique
La mise en
place d'un fonds "Carbone bleu" destiné à l'entretien et la
restauration des principaux écosystèmes marins devrait être prise en
considération par les gouvernements désireux de lutter contre le changement
climatique.
Selon un
Rapport de réponse rapide, les émissions de carbone, qui représentent la moitié
des émissions annuelles de l'ensemble du secteur mondial des transports, sont
piégées et conservées par les écosystèmes marins tels que les mangroves, les
marais et les prairies sous - marines.
Une baisse de
la déforestation terrestre combinée à une réhabilitation de la couverture et de
l'état de ces écosystèmes marins permettrait une baisse de 25 % de ces
émissions, réduction nécessaire pour éviter un changement climatique
"dangereux".
Cependant, ce
rapport préparé par trois agences des Nations Unies et d'éminents scientifiques
souligne que loin d'entretenir et de favoriser ces puits de carbone naturels,
l'humanité les détruit et les dégrade à vitesse accélérée.
Jusqu'à 7 % de
ces "puits de carbone bleus" sont détruits chaque année, soit sept
fois plus vite qu'il y a cinquante ans.
"Si nous
n'agissons pas pour conserver ces écosystèmes vitaux, ils pourraient
disparaître d'ici vingt ans" précise le rapport "Blue Carbone : The
Role of Healthy Oceans in Binding Carbon" présenté par le Programme des
Nations Unies pour l'environnement (PNUE), l'Organisation pour l'alimentation
et l'agriculture (FAO) et l'UNESCO.
Achim Steiner,
Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE a
déclaré : "nous savons déjà que les écosystèmes marins pèsent plusieurs
milliards de dollars dans des secteurs comme le tourisme, la protection
côtière, la pêche et les services d'assainissement des eaux. On découvre
maintenant qu'ils sont nos alliés naturels dans la lutte contre le changement
climatique."
"En fait,
d'après ce rapport, la fin des destructions et la remise en état des
écosystèmes marins pourraient permettre de compenser jusqu'à 7 % des émissions
actuelles de combustible fossile à un prix bien inférieur à celui des machines
qui piègent et séquestrent le carbone dans les centrales" ajoute-t-il.
Ce nouveau
rapport arrive moins de soixante jours avant la rencontre importante de la
Convention sur le changement climatique à Copenhague où les gouvernements
devront signer un nouvel accord global.
Il est probable
que les nations accepteront de payer pour que les économies en développement
conservent le « carbone vert » des forêts dans le cadre d'un partenariat pour
la réduction des émissions de carbone forestier (REDD).
Et Steiner a
ajouté : « Les liens entre la déforestation et le changement climatique sont
clairement affichés sur le radar politique, mais le rôle et la chance que
représentent les autres écosystèmes sont peut-être moins connus et encore
sous-estimés. »
« Si le monde
se décide à lutter véritablement contre le changement climatique, chaque source
d'émission et chaque possibilité de réduction doit être évaluée
scientifiquement et portée à l'attention de la communauté internationale. Cela
inclut toutes les couleurs du carbone, y compris maintenant le bleu qui
concerne les mers et les océans.
Le Dr Carlos
Duarte, l'un des chercheurs ayant participé à l'élaboration de ce rapport, basé
à l'Institut méditerranéen de hautes études en Espagne a déclaré : « Nous
savons que la modification de l'utilisation des terres participe au défi du
changement climatique. Ce que nous connaissons peut-être moins c'est que la
destruction généralisée de ce que nous pourrions appeler les habitats de la «
forêt bleue » comme les mangroves et les prairies sous-marines, est en fait
l'une des principales causes de l'augmentation des concentrations de gaz à
effet de serre provoquée par ces nouvelles formes d'utilisation. »
Christian
Nellemann, directeur de ce rapport, insiste : « C'est maintenant qu'il faut
agir pour conserver et améliorer ces puits de carbone. Depuis les années 1940,
plus de 30 % des mangroves, près de 25 % des marais et plus de 30 % des
prairies sous-marines ont été détruits. Nous sommes en train de perdre ces
importants écosystèmes et ceci au moment même où nous en avons besoin. Et ils
pourraient bien avoir totalement disparu d'ici une vingtaine d'années.
« Les
communautés qui dépendent de la pêche et de l'aquaculture vont gravement
souffrir du changement climatique et ont un rôle important à jouer pour
préserver l'état des écosystèmes océaniques qui y sont confrontés » a déclaré
Ichiro Nomura, directeur général adjoint au département des pêches et de
l'aquaculture de la FAO.
« Une approche
écosystémique de la gestion des biotopes océaniques et côtiers permettra non
seulement d'améliorer leur capacité naturelle à être des puits de carbone, mais
aussi de préserver et renforcer la sécurité alimentaire et les moyens de
subsistance des communautés dépendantes de la pêche » a-t-il ajouté.
Des
fonctionnaires de l'UNESCO ont aussi souligné que les océans jouent déjà un
rôle important dans la lutte contre le réchauffement climatique et son impact
sur l'humanité, mais ils préviennent que cela ne sera pas sans conséquences.
« Comme les
océans ont déjà absorbé 82 pour cent de l'ensemble de l'énergie supplémentaire
accumulée sur la planète à cause du réchauffement mondial, il est juste de dire
qu'ils nous ont déjà bien protégés contre ses dangers » précise Patricio
Bernal, Directeur général adjoint de l'UNESCO, secrétaire exécutif de la COI. «
Mais chaque jour nous rejetons 25 millions de tonnes de carbone dans les
océans. En conséquence, ils deviennent plus acides, ce qui constitue une grave
menace pour les organismes avec une structure calcaire. »
Lucian Fonseca
de l'UNESCO-COI compare l'absorption par l'océan de l'excédant de chaleur de la
planète « à un verre de whisky avec un glaçon. Tant que le glaçon reste, le
whisky reste frais. L'énergie qui se propage dans le verre, par le contact de
la main ou la température ambiante, transforme le glaçon en liquide. Et dès
qu'il a fondu, le whisky se réchauffe. »
Principaux résultats du rapport d'évaluation rapide
- Ce sont les
organismes vivants marins - et non terrestres - qui capturent plus de la moitié
(55 %) du carbone biologique ou carbone vert, séquestré dans le monde. C'est
pourquoi on l'appelle carbone bleu.
- Parmi les
organismes marins vivants, on trouve le plancton et les bactéries, mais aussi
les pairies sous-marines, les marais et les mangroves.
- Les habitats
végétalisés de l'océan, en particulier les mangroves, les marais et les
prairies sous-marines recouvrent moins de un pour cent des fonds marins.
- Ils forment
les puits de carbone bleu de la terre et sont à l'origine de plus de la moitié
des séquestrations de carbone dans les sédiments océaniques, peut-être jusqu'à
71 %.
- Ils ne
représentent que 0,05 % de la biomasse végétale terrestre mais séquestrent la
même quantité de carbone par an et se classent parmi les pièges les plus
efficaces de la planète.
- Les puits de
carbone bleu et les estuaires piègent et séquestrent entre 235 et 450
terragrammes (Tg C, c'est-à-dire 870 to 1,650 millions de tonnes de CO2) par
an, soit l'équivalent de la moitié des émissions de l'ensemble du secteur
mondial des transports, estimé à environ 1000 Tg C par an.
- En évitant la
disparition et la dégradation de ces écosystèmes et en favorisant leur remise
en état, on peut compenser 3 à 7 % des émissions actuelles de combustible
fossile (7 200 Tg C par an) en vingt ans, plus de la moitié de la réduction
prévue grâce à une baisse de la destruction des forêts pluviales.
- L'effet
serait comparable à au moins 10 % des réductions nécessaires pour que les
concentrations de CO2 dans l'atmosphère se maintiennent en-dessous des 450 ppm
pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas 2° C.
- Avec l'action
conjuguée du REDD, la fin des dégradations et la réhabilitation des écosystèmes
marins disparus pourraient représenter une réduction jusqu'à 25 % des émissions
pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas 2°C.
- Contrairement
à ce qui ce passe sur terre, où le carbone peut rester séquestré plusieurs
décennies, voire plusieurs siècles, celui des océans reste pendant des
millénaires.
Actuellement,
on estime qu'en moyenne, entre 2 et 7 % de nos puits de carbone bleu
disparaissent chaque année, soit sept fois plus vite qu'il y a un demi-siècle.
- Dans
certaines zones du Sud-Est asiatique, jusqu'à 90 % des mangroves ont disparu
depuis les années 1940.
- Des projets
de réhabilitation à grande échelle des mangroves ont été réalisés avec succès,
notamment dans le delta du Mékong au Vietnam ainsi dans les marais en Europe et
aux États-Unis.
- Plusieurs
pays dont les côtes sont étendues et peu profondes pourraient envisager
d'améliorer leurs puits de carbone marin, notamment l'Inde, de nombreux pays du
Sud-Est asiatique, des pays riverains de la Mer Noire, d'Afrique de l'Ouest,
des Caraïbes, de la Méditerranée, la côte Est des États-Unis et la Russie.
Les avantages
de la conservation et la réhabilitation des écosystèmes marins
Les eaux
côtières représentent à peine 7 % de la surface totale des océans. Cependant,
la productivité des écosystèmes comme les récifs de corail et ces puits de
carbone bleu montrent que cette petite étendue constitue la base des
principales zones de pêche du monde, fournissant 50 % de la production
piscicole mondiale.
Elles assurent
l'alimentation de base de près de 3 milliards de personnes ainsi que 50 % des
protéines animales et des minéraux de 400 millions d'habitants des pays les
moins développés.
Les zones
côtières, dont la productivité dépend largement de ces puits de carbone bleu,
offrent de nombreux avantages à la société humaine.
Il s'agit
notamment du filtrage de l'eau, qui diminue les effets de la pollution côtière,
favorise le chargement en nutriment, la sédimentation, la protection des côtes
contre l'érosion et limite les conséquences des événements climatiques
extrêmes.
- Les services
de l'écosystème côtier ont été estimés à 25 000 milliards de dollars par an, ce
qui en fait l'un des écosystèmes les plus intéressants économiquement.
- La
dégradation de ces écosystèmes n'est pas uniquement due à une utilisation non
durable des ressources naturelles, mais aussi à une mauvaise gestion des
bassins versants, à un développement côtier irraisonné et une gestion des
déchets insuffisante.
- Les
communautés de ces zones tireraient de la protection et la réhabilitation des
zones côtières, grâce à une gestion intégrée coordonnée, des avantages
multiples et importants en matière de santé, de productivité au travail et de
sécurité alimentaire.
PNUE - Programme des Nations Unies pour l'Environnement
20/10/2009
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