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Les réseaux sociaux reproduisent-ils la
ségrégation raciale ?
Facebook pour "les Blancs" et MySpace
pour "les Noirs" ? Telle semble être, en substance, une étude pour le
moins controversée sur les comportements des adolescents américains sur les
réseaux sociaux. Selon Danah Boyd, à l'origine de cette enquête, les jeunes
reproduiraient la ségrégation raciale sur Internet. L'anthropologue estime que
c'est le prolongement d'un comportement déjà assimilé dans la vie de tous les
jours.
Qu'est-ce
qui motive un internaute à s'inscrire
d'abord sur tel réseau social plutôt qu'un autre ? Quels vont être ces
critères
de choix ? Chacun aura ses propres raisons : la tendance du moment, le
choix
des amis, l'ambiance de la communauté ou les possibilités qu'offre le
site social.
Mais si à travers toutes ces raisons valables, un autre critère - sans
doute
inconscient - entrait en ligne de compte, comme la ségrégation raciale
? C'est l'idée avancée par Danah Boyd, anthropologue et doctorante
de la School of Information de l'université de Berkeley, spécialiste
des médias
sociaux chez Microsoft et membre du
Berkman Center for
Internet and Society de l'université d'Harvard.
Selon elle, les jeunes adolescents américains reproduiraient
involontairement les mêmes travers que certains de leurs aînés en se regroupant
en fonction de leur origine ethnique. Grossièrement donc, MySpace serait
"pour les Noirs" tandis que Facebook "pour les Blancs". Et
l'exode de MySpace vers Facebook serait comparable au "phénomène de la
fuite des Blancs (White Flight) qui désertent les centres-villes américains
pour les banlieues". Et quand bien même ces sites sont bien entendus
ouverts à tous, à l'intérieur même de ces sites, "les ados "noirs
communiquent avec d'autres ados noirs et latinos discutent avec les latinos".
Cette étude, nécessairement controversée, se focalise uniquement sur
le territoire nord-américain. Auparavant, Danah Boyd avait déjà souligné une
rupture des usages entre les utilisateurs de Facebook et MySpace. Dans un
entretien donné à Francis Pisani et Dominique Piotet, la spécialiste expliquait
que les réseaux étaient déjà "une sorte de rupture sociale, en
fonction des origines des adolescents". Comme "une rupture
de classes" expliquait-elle. Sujet évidemment tabou et difficile à
quantifier, cette tendance s'expliquait non seulement par une question de
niveaux de revenus, mais également à travers les modes de vie ou l'origine.
Tandis qu'en Europe, cette tendance est assez absente des réseaux.
Évidemment, la problématique raciale aux États-Unis est relativement
différente de la situation européenne. Dans un entretien accordé à Slate, l'anthropologue explique
cette état de fait n'a pas pour origine l'arrivée des réseaux sociaux, puisque la jeune femme avait
déjà remarqué le retour de la ségrégation. "Je suis allée voir les
profils MySpace des ces élèves, c'était avant Facebook. J'ai réussi à trouver
les pages de 60 à 70% d'entre eux. Il y avait une ségrégation dans les schémas
de choix d'amis. Les latinos avaient des amis latinos, les noirs se liaient
d'amitié avec des noirs, et les blancs avec des blancs. Il y avait très peu de
mélanges" détaille-t-elle.
Toutefois, cette "fuite des Blancs" n'est pas nécessairement
liée à la question raciale. Danah Boyd raconte ainsi que les raisons peuvent
"différer d'une personne à l'autre, en fonction de la famille et d'une
multitude d'autres facteurs". Ainsi, un internaute va tout
naturellement prendre en compte le lieu où sont inscrits ces amis, afin de les
retrouver. "Il ne s'agit pas uniquement d'une question raciale, cela a
aussi à voir avec la manière dont les États-Unis ont conceptualisé et mélangé
les notions de race et de classes sociales" tempère-t-elle.
Notons que certains réseaux sociaux sont particulièrement
ethno-centrés. Ainsi, le réseau social Mixi est exclusivement à destination des
Japonais. S'y inscrire relève du véritable parcours du combattant, car le site fonctionne
sur le principe de cooptation : il est nécessaire de recevoir une invitation
d'un membre actif. Ensuite, il faut confirmer l'inscription une première fois
avec une adresse e-mail liée à un abonnement mobile japonais (Docomo, AU,
softbank...), puis re-confirmer ensuite à travers une adresse e-mail classique
dont l'extension devra être très certainement être en "jp".
"En fin de compte", termine Danah Boyd",
"leur choix est déterminé par la question: «Sur quel site sont mes
amis ?" Si d'autres critères rentreront en ligne de compte, comme le
graphisme, la tendance ou les intérêts, au final on en revient au critère
essentiel : "si leurs amis n'y sont pas inscrits, on peut être sûr
qu'eux-mêmes ne le seront pas". "Et tout ça ne concerne pas
seulement MySpace ou Facebook. Une partie de cette réflexion nous rappelle
aussi que tout le monde ne se trouve pas au même endroit; Internet n'est pas un
espace public complètement uniforme".
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