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Qui sauvera les enfants 'sorciers' jetés dans les
rues ?

Emmanuel
Chaco
MATADI, RD Congo, 28 sep (IPS) - Plus de 9.000 enfants
chassés de leurs familles – pour cause de sorcellerie – errent dans différentes
villes du Bas Congo, une province de l’extrême ouest de la République
démocratique du Congo (RDC), estime la division provinciale en charge des
affaires sociales, à Matadi.
«Les accusations qui accablent ces enfants proviennent
généralement des considérations magico-religieuses», affirme Oscar Wilombambi
Madongula, chef coutumier du village de Lukimba 2. «Le concept de sorcellerie
est très présent dans la vie des Bakongo (les habitants de la province) parce
qu’ils ont tendance à expliquer tous les événements... malheureux par une force
invisible provoquée par des personnes malveillantes», a-t-il expliqué à IPS.
Wilombambi et Jules Makonko, deux initiés du village, ont
dit à IPS que «par exemple, les cas de décès sont couramment expliqués par une
main invisible qui veut faire du mal à la famille du défunt, qui veut se venger
d’un mal que le défunt ou un de ses proches aurait fait de son vivant, ou qui
veut réclamer un quelconque avantage, même si visiblement la mort a été la
conséquence d’une maladie connue».
«Il est vrai que le mukongo (un habitant du Bas Congo) a
toujours en présence la question de la sorcellerie», explique à IPS, Rose
Diatelama, chef de Bureau de la division provinciale des affaires sociales.
Mais, il n’y est pas attaché au point de sacrifier ses propres enfants, ajoute-t-elle.
Pour cette femme engagée également dans la défense des
droits des enfants, «les raisons pour lesquelles les enfants sont devenus des
boucs émissaires en cas de malheur qui frappe une famille ou un de ses membres,
sont les discours d’églises de réveil ainsi que l’intolérance au sein des
familles polygamiques où les enfants de premier lit, détestés par la marâtre,
sont souvent accusés par celle-ci d’être à la base de tout malheur qui frappe
la famille».
En effet, affirme Diatelama, «ces accusations sont faites
avec le seul but de voir ces enfants être chassés de la maison et laisser la
marâtre jouir paisiblement de l’amour de son mari. La situation est encore plus
grave lorsque cette marâtre est incapable d’avoir des enfants. A ce moment, les
accusations sont simplement fondées sur la jalousie contre les enfants du
premier lit».
Pour sa part, Pacifique Mavungu, qui est chef de Bureau de
la division provinciale en charge du genre, de la famille et de l’enfant, a
également indiqué à IPS que «le phénomène des enfants sorciers est très
entretenu par des églises de réveil dont les prédicateurs, appelés à prier pour
une situation malheureuse qui frappe une famille ou un individu, n’ont pour
seule explication que la sorcellerie». Selon Mavungu, «il est courant que le
pasteur dise 'c’est ton petit frère qui a voulu te tuer' ou 'c’est la fille de
ta marâtre qui est à la base de la mort de ton mari'».
«Les députés provinciaux savent bien combien le discours de
certaines églises est devenu dangereux lorsqu’ils accusent les enfants de
sorcellerie. Mais malheureusement, aucune solution n’est envisagée à ce jour au
niveau institutionnel, particulièrement au sein du parlement provincial»,
déplore Césarine Vazingila Batila, députée provinciale engagée dans la lutte contre
les violences sexuelles au Bas Congo.
«Il pourrait y avoir des abus. Mais, il y a des
circonstances dans lesquelles Dieu nous montre qu’une telle personne est à la
base d’un tel événement malheureux. Et en tant que serviteur de Dieu, nous
avons le devoir de dire haut et fort les révélations que nous recevons de lui»,
déclare Dany Ngonga, responsable d’une église de réveil appelée «Pain de vie».
«Accusé et menacé d’avouer le forfait mis à sa charge,
puisque la seule sanction qu’encourt tout sorcier c’est la mort par lapidation
ou par 'supplice du collier', la peur pousse toujours l’enfant à fuir la maison
et à se réfugier dans la rue. Abandonné, il n’a généralement pour tout logement
que le trottoir de grandes avenues ou les étalages des marchés où il s’adonne
au banditisme de rue ou au vol», selon un rapport de REJEER, un réseau
d’organisations non gouvernementales (ONG) congolaises vouées à la protection
des droits de l’enfant.
D’autres enfants, par contre, s’adonnent aux petits travaux
d’enlèvement des ordures à travers des ménages moyennant 100 francs congolais
(environ 0,11 dollar US), ajoute le rapport dont copie est parvenue à IPS.
«Le drame est total et l’avenir est sombre pour plusieurs de
ces enfants pour lesquels les divisions provinciales des affaires sociales et
du genre, la famille et l’enfant ne reçoivent aucun moyen de l’Etat pour
trouver des solutions», affirme Diatelama. «Sur plus ou moins 200 milliards de
francs congolais du budget pour l’année 2009 (environ 23.255.814 dollars), le
social et la protection de l’enfant ont moins de 0,5 pour cent (environ 116.279
dollars)».
Selon Diatelama, «l’action de sa division se limite à
plaidoyer en faveur de la récupération de certains enfants par des familles de
bonne volonté».
Il existe un programme social élaboré par le gouvernement
provincial et qui prend en compte la protection de l’enfant dans toutes ses
dimensions. Mais pour le moment, ce gouvernement local n’a pas encore
suffisamment de moyens pour l’exécuter dans son entièreté, notamment pour ce
qui est du programme relatif aux enfants accusés de sorcellerie, explique à
IPS, Chantal N’Simba Lubanzadio, la ministre provinciale de la Santé,
l’Education et des Affaires sociales.
Pendant que les institutions affichent peu d’intérêt pour la
question de la protection des enfants contre les accusations de sorcellerie,
certaines agences des Nations Unies appuient financièrement les divisions
provinciales chargées des affaires sociales et du genre, la famille et l’enfant
dans leur travail de plaidoyer auprès des familles pour la récupération de
certains enfants.
C’est le cas notamment du Fonds des Nations Unies pour
l’enfance (UNICEF) qui «intervient aussi dans l’amélioration du cadre légal sur
la protection de l’enfant et dans un plaidoyer auprès des autorités
congolaises», selon Innocent Bugandwa, chargé du programme de protection au
bureau de l’UNICEF, à Kinshasa, la capitale congolaise.
Cette intervention de l’UNICEF et celles des autres acteurs
ont permis de récupérer et de réinsérer environ 1.000 enfants, depuis 2007,
dans des familles ou des centres d’accueil. D’autres encore sont réinsérés dans
des centres d’encadrement et de formation aux métiers, créés par des ONG ou par
des structures de l’église catholique dont la Congrégation des sœurs de Sainte
Marie de Kisantu, qui a créé le «Centre source de vie» et le centre «Espoir
pour tous» qui œuvrent depuis 2000 dans la province du Bas Congo en faveur des
populations en détresse et des minorités.
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