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Les
commissaires expérimentent la diversité

Sur les
treize étudiants qui viennent d'intégrer la
première classe préparatoire à
l'Ecole nationale supérieure de la police, à
Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, sept sont
d'origine maghrébine, un d'origine kurde
Ensemble,
élus et
aspirants, ils arpentent les chemins de terre autour de
Saint-Cyr-au-Mont-d'Or,
sur les hauteurs de Lyon, lors de " marches de cohésion ".
Ensemble,
ils devisent des petites choses de la vie et de la fonction de
commissaire, à
laquelle ils se préparent. Tous mangent et dorment à
l'Ecole nationale
supérieure de la police. Mais un fossé sépare les
élèves de la 57e promotion
des commissaires et les 13 garçons et filles qui les ont
rejoints, le 2
janvier, pour intégrer la première classe
préparatoire mise en place par le
ministère de l'intérieur. Ce fossé, c'est le
difficile concours d'entrée. En
2005, 30 élus sur 1 700 candidats externes. Bac + 5 exigé
à l'entrée.
La
création d'une classe préparatoire a eu lieu en
catastrophe, à l'automne 2005.
Initiateur du débat sur la discrimination positive, Nicolas
Sarkozy a voulu se
servir de la police comme d'un laboratoire. Le manque de
diversité dans les
effectifs pose problème depuis longtemps. Les violences urbaines
ont rappelé de
façon crue, en novembre 2005, que les policiers étaient
perçus et se sentaient,
souvent, comme des étrangers dans les banlieues sensibles.
L'origine sociologique
des commissaires - qui sont environ
1 800 en poste - montre qu'il s'agit d'un corps assez fermé. Au
sein des
dernières promotions, 45 % des élèves sont issus
de familles de fonctionnaires,
45 % de cadres du privé. Seuls 10 % ont des origines modestes. "
Le
mouvement vers la diversité n'est pas rapide mais il se fait,
souligne
Jean-Marie Salanova, secrétaire général du
Syndicat des commissaires et des
hauts fonctionnaires de la police nationale. Il ne faut surtout pas que
des
jeunes se disent que le concours n'est pas pour eux, qu'il est
réservé à une
élite. "
Après les
désirs du ministre,
l'intendance a suivi, cahin-caha. Il a fallu improviser la
communication sur
cette initiative, de même que sur celle, identique, de
l'école des officiers, à
Cannes-Ecluse (Seine-et-Marne), dont la classe préparatoire
devait ouvrir lundi
23 janvier.
Au total, 130 dossiers
de candidature sont arrivés à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or.
" Parmi eux, beaucoup étaient des enfants de policiers ou de
cadres,
explique Jeannine Buisson, responsable du département des
relations extérieures
de l'école. On les a éliminés. Mais, à
aucun moment, l'origine ethnique n'a
prévalu. "
Une
commission a dégagé vingt candidatures, à partir
de plusieurs critères : le
cursus universitaire, la motivation, l'origine géographique, les
professions
des parents. Les vingt n'ont plus été que quinze
après une série de tests psychologiques
classiques. Deux se sont désistés au dernier moment. Ils
ont donc été treize à
s'installer dans les chambres de l'école, au début du
mois de janvier, afin de
suivre une formation raccourcie de cinq mois, au lieu de huit, prix
à payer
afin que la classe soit ouverte dès cette année. La
promotion compte huit
filles et cinq garçons, âgés de 24 à 31 ans.
Parmi eux, sept sont originaires
de pays du Maghreb et un est d'origine kurde d'Irak.
En
revanche, dans le grand amphithéâtre où la 57e
promotion des commissaires prend
place, tous les visages sont blancs. " On est en situation de
sous-représentation des minorités, concède Patrick
Joubert, le directeur de
l'école. On compte généralement deux, trois
représentants, voire aucun. Il faut
dire que le concours est extrêmement difficile pour tout le
monde. Le niveau a
encore été relevé cette année, puisqu'on
exige maintenant un niveau master, et
plus une simple maîtrise. " Cette barre relevée d'un cran
est une
conséquence de la réforme des corps et carrières,
conclue en 2004.
Les
treize aspirants sont partagés entre deux sentiments. Ils ont
conscience de
recevoir un coup de pouce par rapport aux autres candidats du concours
externe
: ils sont logés pour une somme modique (10 euros par mois) dans
le cadre
confortable du campus, situé au milieu d'un parc de 5 hectares ;
ils
bénéficient d'un encadrement attentif et de ressources
documentaires à portée
de main. Mais ils redoutent aussi d'apparaître comme des cobayes,
ou des
privilégiés. " Le hasard ou la chance n'ont rien à
voir avec notre
présence ici, souligne Akim T., qui vient de Paris. Nous avons
tous fait de
longues études, passé des tests. Rien ne nous est
garanti. On ne nous offre pas
un boulot, on nous aide à préparer un concours. " Lila
B., 31 ans, ne dit
pas autre chose : " Le critère d'excellence est primordial. Nous
sommes
simplement dotés de moyens que nous ne possédions pas
à la source. "
Coïncidence : les élèves s'expriment quelques
minutes après avoir passé un test
blanc au titre opportun : " Egalité des chances et
discrimination positive
".
De 9
heures à 17 heures, leurs journées sont rythmées
par des cours fort variés.
Tous pourvus d'une formation juridique, ils reçoivent un
enseignement en
matière de droit pénal et commercial, de libertés
publiques. Ils se
perfectionnent aussi en informatique et profitent des installations de
l'école
pour faire du sport. La somme des connaissances à
acquérir est impressionnante
et le temps compté, puisqu'il reste moins de trois mois avant
les épreuves
écrites du concours. Depuis quinze jours, les paupières
tombent à force de
potasser, la nuit, à la lumière de la lampe de chevet.
"
Personne ne peut prévoir leur sort. C'est un peu l'histoire de
la pièce lancée
en l'air, il faut attendre qu'elle retombe, explique le capitaine
Thierry
Hodin, l'un des responsables de la classe préparatoire. Certains
présentent des
carences dans des domaines spécifiques et essaient de combler
leur retard. Ils
ont bien conscience de se trouver encore en dehors de l'institution,
même si
elle les accueille. "
Tel est
l'état d'esprit d'Abdelhafidh C., 24 ans. Après avoir
terminé un master de
droit de la propriété intellectuelle, le jeune homme,
originaire du Val-d'Oise,
a décidé de rejoindre la classe préparatoire afin
d'accomplir un pas de plus
vers son rêve. " J'aimerais vraiment travailler dans
l'antiterrorisme, à
la DST ou aux RG, sourit-il. Mais le premier objectif est de passer le
concours. Si je suis affecté au commissariat, disons, d'Amiens,
je ne me
plaindrais pas. " Khalid T., 30 ans, ne jure que par le mérite,
le sien,
et nie tout critère ethnique ou matériel dans son
parcours jusqu'à
Saint-Cyr-au-Mont-d'Or. " Mes parents ne sont pas riches mais ils ne
sont
pas pauvres non plus ", résume ce fils d'un garagiste,
également
agriculteur, et d'une couturière, vivant tous deux au Maroc.
Maître assistant à
l'université Paris-II, titulaire d'un DEA de droit du commerce
international,
il considère le métier de commissaire comme une possible
mise en pratique de
ses connaissances. " J'ai toujours été fasciné par
le travail de l'ombre,
le secret, explique-t-il. J'aimerais rejoindre le cabinet d'un
ministre. "
Les
treize élèves de la classe sont couvés du regard
par Jean-François Sailliard,
commissaire divisionnaire à la retraite. Celui-ci a
été rappelé, en tant que
réserviste, afin de diriger leur encadrement pédagogique.
Il croit en eux, loue
leur ardeur, mais réclame de la sérénité et
la préservation de leur anonymat.
" Ils subissent tous une forte pression, celle qu'ils s'imposent
à
eux-mêmes et celle de leur entourage, explique-t-il. Ils portent
sur leurs
épaules bien plus que leurs ambitions personnelles. "
Piotr Smolar
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