|
Le politologue Norman
Finkelstein pourfend le sionisme

Les Palestiniens en
veulent aux Israéliens parce que ces derniers les ont
dépossédés de leurs terres et ont fait d'eux des
réfugiés. Poussés à bout, les
Palestiniens ont recours aux attentats suicide. Mais la cause
première demeure:
la dépossession et l'oppression d'un peuple par un autre.
Le
conflit israélo-palestinien ainsi réduit à sa plus
simple expression, c'est
la vision d'un Américain juif, fils de survivants de camps
nazis, pas d'un
quelconque " antisémite ", arabe ou autre. Professeur à
l'Université
DePaul, à Chicago, le politologue Norman G. Finkelstein l'a
développée mardi à
l'Université McGill.
" Les
Palestiniens ne combattent pas les Israéliens par
antisémitisme,
anti-blanchisme, anti-occidentalisme, ou quoi d'autre encore.
L'historien
israélien Benny Morris a saisi le conflit en termes de
dépossession et de
déplacement des Palestiniens de leurs terres. Quand on a
dépouillé la crise de
la propagande et des mythes qui la recouvrent, voilà ce qu'il en
reste ",
a-t-il dit.
Salle
bondée pour une star
Finkelstein
s'est dit heureux d'être au Canada, " pays de tolérance
". Ceux qui ont vécu l'affaire Netanyahu à Concordia ont
dû grincer des
dents. Il a parlé plus de deux heures sans interruptions
à une salle de 500 à
600 personnes, avec une centaine d'autres refoulées aux portes.
C'est
que Norman G. Finkelstein est, à 53 ans, star du dossier
proche-oriental
et bête noire de l'establishment pro-Israël. En
déconstruisant la propagande
israélienne à travers deux livres choc (The Holocaust
Industry, Beyond
Chutzpah: On the Misuse of Anti-Semitism), il est devenu une sorte de
Salman
Rushdie du sionisme.
Sa
recherche a commencé en 1984, avec la lecture de From Time
Immemorial. Dans
ce livre, l'auteur Joan Peters " répète la thèse
d'une Palestine vide où
les Juifs sont venus faire fleurir le désert et que les Arabes
ont ensuite
revendiquée ".
" Je
me suis attaqué au livre comme le capitaine Ahab à Moby
Dick. Et j'y
ai découvert des données démographiques suspectes,
interprétées de manière
tendancieuse. Le livre était une vaste fraude et je l'ai
démoli ", a-t-il
expliqué. Il en est résulté un livre: Image and
Reality of the Israel-Palestine
Conflict.
Une
polémique avec l'avocat vedette Alan Dershowitz éclate en
2003 quand
celui-ci publie The Case for Israel. " Il répétait la
propagande faisant
d'Israël la victime absolue. Il en défendait même le
dossier des droits
humains. Mais sans citer d'étude sérieuse, fût-ce
de Human Rights Watch,
d'Amnesty International ou du groupe israélien B'Tselem. Plus
grave encore: il
avait plagié copieusement l'ouvrage de Joan Peters. "
Dans
The Holocaust Industry, Finkelstein analysait l'utilisation politique
de
la Shoah et de la souffrance du peuple juif pour justifier les actions
de
l'État d'Israël. Dans Beyond Chutzpah, sorti malgré
les efforts de Dershowitz,
Finkelstein démontre comment toute critique d'Israël est
réduite au silence par
l'accusation d'antisémitisme.
" Il
faut refuser le discours qui veut que le conflit
israélo-palestinien
soit trop complexe, trop chargé de mythes. Ce ne sont que des
diversions. Il
faut s'en tenir à l'essentiel: le monde a changé
après le 11 septembre 2001,
mais pas l'appréciation du conflit à l'ONU, où les
États-Unis, Israël et
quelques archipels continuent de s'opposer au reste du monde ", a dit
Finkelstein.
"
L'important, c'est que la Cour internationale de la Haye, en 2004, a
réitéré les principes de
l'illégalité de l'occupation et de la colonisation des
Territoires palestiniens. Et HRW, B'Tselem et le groupe ICG ont tous
affirmé
que le retrait israélien de Gaza n'a rien changé à
l'occupation, qui continue
de plus belle ", a-t-il ajouté.
Khan,
Jooneed
Jeudi le 19 novembre
Source
|