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LE COMBAT INTÉRIEUR APPLIQUE A LA QUESTION NOIRE EN FRANCE

loup noir loup blanc

Etienne Tayo


Depuis quelques années, les jeunes des banlieues françaises, désillusionnés par les discriminations qu’ils subissent pour certains au quotidien, sont à la recherche de leurs racines. Coupés de la culture d'origine de leurs parents, ils ont inventé la culture du quotidien dans un rap plus ou moins violent. Une façon pour eux de renvoyer le tourment à demain mais surtout,  de poser sincèrement la question noire à la France... en chantant. Que veut faire la France de ses noirs ?

Au début des années 30, trois étudiants noirs de la place de Paris prennent conscience  de leur différence et décident de marquer leur spécificité africaine à travers la création de "Présence africaine", la mythique maison d'édition de la rue des écoles. Pour les fondations de ce qui deviendra l'édifice de  la Renaissance africaine, - du moins pour ce qui est du front français ou francophone -  Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor reçurent le soutient actif de certains  intellectuels français de l'époque. Le mouvement prit son envol et fit le tour du monde donnant l’illusion d’un supplément de dignité aux nègres.

Le mérite de ces précurseurs c'est d'avoir créé un cadre de réflexion propre au noir et avoir enclenché un leadership indéniable pour l'époque. Par ce mouvement, ils ont permis au nègre de s'assumer comme nègre et comprendre à quoi cela sert-il d'être nègre. Mais pour le reste, la moisson fut bien modeste surtout pour Léopold Sédar Senghor, le promoteur de la négritude ou encore celui qui l'a le plus incarné. Passé au crible de la critique de certains intellectuels noirs, la négritude sera présentée comme la philosophie de l'auto flagellation et de la haine de soi extériorisé par une personne qui s'est laissé éblouir et dominer par la propagande occidentale. Pour beaucoup de critiques, Senghor souffrait d’un déficit de connaissance de l’histoire des peuples  africains.

Au début des années 40, alors qu'une unanimité était presque faite en occident sur l'impossibilité d'une philosophie africaine, au motif que les africains avaient une mentalité prélogique,  un jeune étudiant, qui a largement lu les thèses des africanistes eurocentristes, entreprend un voyage exploratoire devant lui permettre de comprendre le bien fondé de ces thèses. Créant de nouveaux paradigmes de travail, il s'intéresse plus particulièrement à l'Egypte et sa contribution dans la philosophie universelle. Ses travaux aboutissent en 1954 à la publication de l'ouvrage révolutionnaire: "Nations nègres et culture", justement aux éditions Présence africaine. Dans cet ouvrage, Cheikh Antar Diop démonte les unes après les autres les thèses des africanistes dont il met à nu le racisme  et parvient à la conclusion selon laquelle, en fait, l'origine de la philosophie est égyptienne donc africaine puisqu'il démontre en reprenant les écrits de Platon et autres que la majorité des philosophes grecques étaient venus apprendre la philosophie auprès des  prêtres égyptiens. Un véritable coup de tonnerre et une gifle à l'occident dont les intellectuels avaient situé l'origine de la philosophie en Grèce et nulle part ailleurs. Comme il faillait s'y attendre, l'oeuvre de Cheikh Antar Diop fut mis sous éteignoir. Pendant longtemps, il travaillera presque seul, ses disciples, à l'exception sans doute de Théophile Obenga, ayant été effrayés, ont préféré se mettre à l'abri. Mais, le grain était tombé en terre et avait accepté  de mourir.
 
Soixante quinze  ans après l'exploit du trio Senghor, Césaire, Damas, cinquante deux ans après la publication de « Nations nègres et cultures », l'édifice de la Renaissance africaine a pris un coup de vieux. Aujourd'hui, la négritude est presque vouée aux gémonies et certains intellectuels noirs tels Patrick Chamoiseau lui préfèrent la créolité, plus à même « d’intégrer et d’enseigner la diversité culturelle » selon Christiane Taubira. Aujourd'hui, la renaissance africaine est sortie du cercle intellectuel pour recruter dans la masse populaire. Elle se confond finalement par endroit à ce qu'on appelle en France la question noire : les étudiants en mal d'insertion, les descendants d'immigrés désillusionnés par les discriminations, les activistes de tout bord. Il n'y a pas jusqu'au fameux "Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) qui se présente comme "une initiative de développement qui se veut intégrée et globale en vue de contribuer à la Renaissance africaine".

Mais ce que le mouvement de Renaissance africaine a gagné en popularité, il l'a perdu en cohésion et surtout en leadership. En effet, beaucoup de combattants même de première ligne ne vibrent pas toujours au même diapason et cela donne parfois naissance à des divergences ou même à des conflits ouverts tels ceux qui ont émaillé la création du conseil représentatif des associations noires (Cran), ou encore le regard plus que soupçonneux que posent certains critiques africains sur les oeuvres d'autres écrivains africains qu'ils n'hésitent parfois pas de taxer "de noirs qui n'aiment pas les noirs et qui s'enrichissent  sur la haine de soi" ou encore, "des noirs qui, prenant des éléments de la pensée conservatrice française, dédouanent la société occidentale et blâme la victime". Une cacophonie qui a amené le doyen Théophile Obenga à appeler à une unité de combat au sein de la diaspora noire en France.
 
D'UNE RENAISSANCE AFRICAINE A L'AUTRE

Nous avons cherché à comprendre ce qui peut pousser  des personnes poursuivant le même objectif à afficher des divergences aussi prononcées. Pour le faire, nous introduisons un élément pouvant expliquer le comportement des uns et des autres et peut-être aplanir certaines divergences. Cet élément est: le combat intérieur.
 
La théorie du combat intérieur a déjà été développée par plusieurs penseurs dont Confucius qui « prône la vertu individuelle comme source de l’harmonie sociale ». La théorie de Confucius a  fortement inspiré et inspire encore les dirigeants chinois. Cette théorie du combat intérieur se rencontre aussi chez les indiens Cherokee qui « soutiennent que l’être humain est habité par deux loup : l’un est bon et l’autre est méchant ». L’issue du combat que mènent ces deux loups dépendra duquel l’homme en qui se déroule le combat a décidé de nourrir.  
 
En appliquant cette théorie aux noirs et à tous les peuples opprimés, nous avons dégagé une autre dimension. L’homme n’est plus seulement constitué du bon et du méchant mais il existe en lui une autre dualité plus présente d’ailleurs. Il s’agit de deux cultures qui s’affrontent sans cesse : sa culture propre que nous appelons culture souche et la culture de l’oppresseur que nous appelons culture d’emprunt ou greffée. A l’état du combat, cette culture d’emprunt devient le « démon de l’oppresseur ». La caractéristique principale des peuples noirs est que ce sont des peuples colonisés et opprimés. La résistance à l'oppression est d'abord un processus individuel et intérieur. C'est pourquoi, nous nous intéresserons essentiellement à l'individu.
 
Toute personne opprimée créé en elle de façon inconsciente, une dualité: une première partie qui lui est propre et qui représente sa culture d'origine ou de souche et une seconde partie appartenant à l'oppresseur. Cette partie peut être les éléments de sa culture qu'il a réussi par des moyens subtils ou violents à lui faire assimiler à l'opprimé. Ce n'est pas pour rien que l'oppresseur s'attaque généralement aux éléments culturels de l'opprimé cherchant à les remplacer par les siens. C'est parfois à travers cette partie de lui qu'il a réussi à introduire chez l'opprimé que l'oppresseur le domine et l'amène à faire ce qu'il veut. Cette partie, nous l'appelons le "démon de l'oppresseur". De façon tout à fait inconsciente, l'opprimé ou le colonisé porte ce démon qui peut se réveiller à la vue d'un blanc ou de toute autre personne qu'il a identifié comme oppresseur.

C'est pourquoi il y a souvent des situations un peu pittoresques de noirs qui accusent un patron ou même un ami blanc de racisme. Mais lorsqu'on regarde de près, on ne voit aucun propos raciste ou même aucune attitude raciste. La vérité c'est qu'il s'agit parfois juste d'un regard qui a réveillé chez l'opprimé noir le démon de l'oppresseur blanc. C'est ce que d'aucuns ont pu appelé : le racisme inconscient. Et on entend souvent ces plaintes : « Et pourtant je l’aime bien. Par rapport à lui, je n’ai aucun arrière pensée ». C’est parfois des situations assez confuses où le blanc qui est accusé de racisme crie à un procès en sorcellerie. Il suffit de remonter quelques siècles plus tôt pour comprendre que ses ancêtres avaient placé chez les ancêtres de l’autre le démon qui aujourd’hui leur pourrit la vie.

Lorsque le démon de l’oppresseur se réveille,  l'opprimé a souvent deux attitudes:

- Il peut décider de ne pas résister. Ce qui représente une partie très infime des opprimés puisque la règle est à la résistance même inconsciente. Lorsque l'opprimé ne résiste pas ou étouffe sa résistance, il se laisse dominer jusqu'à ce que la partie de lui, qui lui est propre culturellement disparaisse totalement: c'est la forme achevée de l'assimilation. C'est un peu comme si on remplaçait dans la coque d'une voiture Mercedes toutes les pièces par celles d'une voiture Peugeot. Cette voiture là, lorsqu'elle vient de loin, on aperçoit une Mercedes, mais lorsqu'elle ronfle, on imagine une Peugeot. C'est exactement ce qu'on observe chez les descendants d'immigrés noirs en France. Dans le physique, c'est un noir. Mais lorsqu'il parle et agit, il met le trouble dans la tête de ceux qui l'écoutent et suscite des interrogations: Est-ce un blanc? Evidemment non – si nous nous situons bien sûr dans l’unique dimension biologique -  parce qu'il n'a pas la peau blanche, ni les cheveux lisses, ni même les yeux bleus. Même si parfois certains se décapent et lissent les cheveux. Est-ce un noir? Oui, mais uniquement par sa coque. Le moteur a été remplacé. Il a intégré tous les tics des blancs. A le voir, pour revenir à l'image précédente, il est une Mercedes. Mais lorsqu'il rentre au milieu des autres véhicules Mercedes, il est tout de suite discriminé parce que son ronflement n'est pas conforme au standard connu de la Mercedes. Et c'est à ce moment qu'il découvre lui même qu'en fait, il n'est pas une Mercedes mais plutôt une Peugeot. C'est ce que les noirs en France descendants d'immigrés africains vivent lorsqu'ils veulent se fondre dans la population blanche de France. Ce qui fait dire au Psychologue Ferdinand Ezeme "qu'en France les jeunes ne découvrent qu'ils sont noirs et que être noir peut-être dangereux pour eux qu'au détour d'un incident (refus de travail ou de logement)". Ainsi, même après avoir renoncé à la résistance, les jeunes noirs des banlieues françaises finissent par rencontrer eux aussi la discrimination. Le problème en France c’est que la discrimination a été graduée. Avant, l’acceptation de l’assimilation était une protection contre le racisme : « Lorsque nous sommes arrivés en France et que nous nous plaignions du racisme et discriminations, les jeunes noirs nés en France nous disaient qu’il n’y a pas de discriminations en France parce qu’il y a des mariages mixtes », affirme le psychologue Ezeme.

- Lorsque l'opprimé décide de résister, il  engage d'abord un voyage intérieur, une sorte de voyage du retour à soi pour rechercher sa source. Après quoi, il s'engage dans le combat intérieur destiné à s'autodéterminer.

La situation qui se présente aujourd'hui en France est que aussi bien les résistants que les non résistants se retrouvent dans la même problématique: peut-on être noir et être français? Majoritairement, confrontés aux histoires quotidiennes qui ont fini par transformer leur perception de la vie, ils répondent par la négative. Dès lors d'autres questions existentielles se posent à eux dont les plus prégnantes sont; Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où veut-on que nous allions et où pouvons-nous allez? Face à ces questions, les jeunes noirs se retournent en majorité vers l'Afrique comme lieu où ils peuvent retrouver leur source. Beaucoup ne connaissent l'Afrique qu'en rêve et pourtant ils doivent établir avec elle un lien si fort qu'ils leur permettent de retrouver leur équilibre psychique. S'engage alors un voyage intérieur qui doit les amener à rentrer symboliquement chez eux.

TOUT CHEMIN MENE EN AFRIQUE 

Le premier réflexe c'est de marquer de leur présence toutes les conférences où on parle de l'Afrique, de la renaissance africaine. On peut les remarquer par la soif qu'ils ont de connaître l'Afrique et sa culture, de rattraper le temps perdu. Lorsqu’on les rencontre, ils portent de façon ostentatoire tout ce qui renvoie à la tradition profonde de l’Afrique (les boubous, les cauris, les tresses, les rastas...). Pour certains, les chanceux, ce voyage intérieur est complété par un voyage initiatique qui est connu sous le nom de retour au bled très prisé actuellement par les jeunes de l'Afrique de l'ouest. Là bas, il apprend la langue pour celui qui ne la connaît pas. Il peaufine sa prise de conscience par rapport à la double culture qui est en lui. Et doit décider d'évacuer celle qu'il juge oppressante. Il doit le faire parce que la coexistence de deux parties antagonistes en lui est une source majeure de tourments. Il doit aussi le faire parce qu'on ne peut accepter une nouvelle identité qu'en rejetant l'ancienne.

Il engage alors un combat intérieur, début d'un processus qui lui permettra de bouter hors de lui, le "démon de l'oppresseur". Le combat intérieur peut durer, il peut être violent et très violent. Il durera et sera d’autant plus violent que la partie à expulser est plus grande que la partie à conserver et à requinquer. Ce combat peut s'apparenter à une séance d'exorcisme fait par le possédé lui-même. Il peut aussi s'apparenter au combat dans un corps humain entre les microbes et les anticorps. Au cours de ce combat, il peut y avoir une sorte de remise en question radicale de l'opprimé. C'est ce que d'aucuns prendront pour la haine de soi ou l'autoflagellation. Or, aucun homme ne peut se détester au point de se faire mal. Même le suicidé, lorsqu'il se donne la mort, c'est parce qu'il a découvert en lui une partie qui l'opprime. Il parvient au suicide lorsqu'il échoue dans sa tentative d'évacuer cette partie et qu'elle par contre le domine totalement. Le suicide c’est pour tuer la partie oppressante de l’autre et non lui même.
 
Pour revenir au sujet, nous pouvons dire que lorsqu'un écrivain comme Gaston Kelman fustige les comportements de noirs dans certains passages de son ouvrage: "Je suis noir et je n'aime pas le manioc", il serait prématuré de l'accuser de pratiquer la haine de soi; à fortiori une haine de soi utilisée à des fins mercantiles. Ce qui m'intéresserait, c'est de savoir si l'écrivain Kelman a pris conscience du problème du noir en France au point d'engager un combat intérieur. Je ne tirerai de conclusion par rapport à son engagement au combat pour la dignité des noirs que si je suis parvenu à la démonstration de son cheminement combattant.

Toujours dans le même ordre d’idée, certains, comme le psychologue Ezème Ferdinand au cours d’une conférence donnée aux éditions l’Harmattan, en sont arrivés à se demander si Dieudonné se bat pour les noirs : « As t-il un programme politique pour les noirs ». A mon sens, la question ne se pose même pas puisque cela coule de source qu’il ne fait que çà. Son combat a pris une autre dimension lorsqu’il s’est posé cette question à priori banal  mais dont la réponse est parfois lourde de répercussion : « En quoi la souffrance des juifs symbolisée par la shoah est-elle supérieure à la souffrance des noirs symbolisée par la traite négrière et la colonisation ? ». Ce faisant, il est rentré dans le collimateur de ceux qui trouvent la question indécente et soutiennent qu’il n’y a pas une échelle de Richter des souffrances. Dieudonné est pour nous le symbole même du combat intérieur tel que nous l’entendons. Son combat sera d’autant plus ardu et plus âpre qu’il s’agit pour lui, le métis culturel et biologique, d’expulser la partie occidentale de sa culture autrement dit le démon de l’oppresseur. Dans ce genre de combat, on ne triche pas et s’il arrive qu’on le fasse, on risque de la payer cash.

A l'issue du combat du jeune noir issu de l'immigration, la partie vaincue doit être évacuée. C'est ce que nous appelons furoncle et qui est la première manifestation extérieur de ce combat. Nous avons vu ce tableau en France au cours des violences des banlieues. Dans cette étape, le jeune "combattant"  peut s'attaquer à tout ce qui est symbole de l'oppresseur: c'est le cas des véhicules brûlés ou encore des maisons incendiés. Si rien n'est fait, l'étape supérieur pourrait consister à la destruction de l'oppresseur lui même.

S’agissant de l’autoflagellation, dans un récent discours le président français Jacques Chirac dénonçait la tendance actuelle des français à s’autoflageller. Nous avons tout de suite compris que si les français en viennent à l’autoflagellation, c’est que la France en tant qu’Etat est en train de subir une oppression ou du moins elle est traversée par une peur inexpliquée. Quelques jours après, le même Jacques Chirac nous donnera presque raison lorsque visitant les installations de l’armement nucléaire français, il a prononcé un discours dans lequel il bombait le torse et montrait ses muscles à tous ceux qui s’attaqueront aux intérêts vitaux de la France. Dans l’opinion, les spéculations vont bon train. Qui sont ces gens qui menacent la France ? La Russie avec son gaz ? Les banlieues et sa racaille déchaînée ? L’Iran et sa fameuse bombe atomique ? La menace sur l’énergie en général ?

Mais revenons sur deux des trois précurseurs de la présence africaine en France – à savoir Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor -  pour comprendre leur cheminement dans le combat et ce qui peut  être considéré comme leurs destins séparés. Déjà, au vue de l'impact que leur mouvement avait eu auprès de la communauté noire de leur temps, au delà de la controverse pour ce qui est de la négritude, nous pouvons affirmer que ces deux personnages avaient pleinement accompli toutes les étapes nécessaires à la prise en main du leadership noir. A savoir: une prise de conscience de ce que cela signifie être noir; un voyage intérieur à la recherche de la source et un combat intérieur destiné à évacuer la partie oppressante de soi même. Il est important de relevé que Senghor a dirigé le Sénégal et Aimé Césaire a été pendant plus de 50 ans maire de Fort de France dont il reste toujours d’ailleurs le maire honoraire.

A l'issue de son combat intérieur, Aimé Césaire avait décidé d'évacuer la partie occidentale ou le démon de l’oppresseur qu'il avait en lui en tant qu'opprimé. Le patriarche de fort de France qui, à 93 ans lance ces propos à la figure de la France: -  "la Martinique est une nation. Les martiniquais sont un peuple qui a droit à l'indépendance et le moment venu ils le demanderont" -  est resté égal à lui même. En témoigne aussi son récent refus de rencontrer le ministre français de l'intérieur pour protester contre un article de la loi qui voudrait voir des aspects positifs à la colonisation française.
 
Quant à Léopold Sédar Senghor, c'est la partie africaine qu'il avait décidé d'expulser de lui même. Le fait qu'il ait avoué que "l'émotion est nègre et la raison hellène" montre bien qu'il n'était plus qu'une coque de voiture noire dont le moteur avait été remplacé à 100%.

Le cas de Léopold Sédar Senghor montre bien qu'on n'expulse pas seulement la culture d'emprunt qui est celle de l'autre mais qu'on peut aussi expulser la culture souche. C'est ainsi qu'on rencontre des blancs qui, parce qu'ils ont parfaitement intégré les cultures des noirs et épousé le combat de ces derniers à la suite d'un mariage ou des recherches très poussées, arrivent à expulser la partie occidentale de leur être.

Avant la France, la question noire s'est posée dans la plupart des pays anglo-saxons, ils y ont apporté des réponses en majorité communautaires ou communautaristes. La France ne veut pas entendre parler de communautarisme et croit à l'universalisme. L'exception française est-elle donc possible?
 

Par Etienne de Tayo 
Journaliste
Promoteur du réseau de journalistes pour l'intégration en Afrique "Afrique Intègre"