|
Quand un
recruteur revisite ses pratiques...

Alain Gavand, PDG du
cabinet de recrutement éponyme, qui emploie une vingtaine
de consultants, l'admet sans ambages : " La discrimination à
l'embauche
est un fait patent et... il n'y a pas de raison que nous fassions
tellement
mieux que les autres. Nous venons donc de signer la Charte de la
diversité
lancée par l'Institut Montaigne et, pour améliorer
concrètement nos pratiques,
nous avons mené un travail en profondeur, tant en termes de
méthodologie de
recrutement que d'organisation interne. "
Ainsi,
les processus des dix étapes-clés du recrutement ont
été revisités. Pour
la rédaction des annonces, une liste d'expressions, pas vraiment
illégales mais
un peu tendancieuses, comme " homme de terrain " - ce qui écarte
les
femmes - ou " profil fédérateur " -, ce qui renvoie au
candidat idéal
selon les entreprises : un homme de 35 à 45 ans qui ne compte
pas son temps -
est désormais proscrite. De même les comptes rendus ne
mentionnent plus, par exemple,
la situation familiale.
Les
curriculum vitae ne sont examinés qu'une fois passés
à la moulinette d'un
logiciel qui les rend anonymes : " Ce tri ne suffit pas, estime Alain
Gavand. Il faut s'assurer que le consultant qui reçoit le
candidat n'est pas
inconsciemment trahi dans son évaluation par le biais de
préjugés. Aussi, en
février, un audit interne sera effectué par
l'Observatoire des discriminations
: par une série de tests, les attitudes des consultants seront
individuellement
décryptées afin d'inciter à la vigilance. "
Evidemment, ce petit examen de
conscience est un peu déstabilisant pour des professionnels, qui
s'inquiètent
aussi de la réaction des entreprises.
Le
cabinet s'est, de ce fait, engagé à ne pas
pénaliser un consultant se voyant
refuser une mission par un client pour " incompatibilité
d'idées "
dans l'évaluation de sa performance. Et l'association EGAL,
partenaire de
SOS-Racisme, va bientôt animer un séminaire de
sensibilisation sur les nouveaux
comportements à adopter dans les relations avec les entreprises,
à partir de
situations vécues par les consultants. Ces derniers ont
adhéré formellement au
" Label Recrutement & Diversité " mis au point par leur
patron :
" Il adapte les principes de la Charte aux spécificités
des cabinets et
reprend les points de notre nouvelle méthodologie ", assure M.
Gavand.
Alors
que l'ensemble de la profession reste étrangement muette dans le
concert
médiatique sur les engagements de lutte contre les
discriminations pris par
quelques entreprises, l'initiative réveillera peut-être
quelques intermédiaires
du recrutement.
N. Q.
Le Monde de l'Economie du 24 01 06
|