Haïti: les
soldats de l'ONU tuent un manifestant,
selon des témoins
PORT-AU-PRINCE,
Haïti (AP) - Des soldats de la force de stabilisation des Nations
unies ont tiré lundi sur des
manifestants à Port-au-Prince, faisant au moins un mort et
quatre blessés,
selon des témoins. Des barrages en feu ont paralysé la
capitale haïtienne et
des manifestants ont envahi l'hôtel où la commission
électorale a annoncé les
résultats de l'élection présidentielle.
René
Préval, parallèlement, est arrivé lundi à
Port-au-Prince, en provenance du nord
d'Haïti où il réside. "Nous avons des questions sur
le processus
électoral", a-t-il déclaré à la presse
après un entretien avec les
représentants des Nations unies et les ambassadeurs des
Etats-Unis, de France, du Canada
et du Brésil.
"Nous
voulons voir comment nous pouvons sauver le processus", a-t-il dit,
ajoutant qu'il comptait rencontrer le président et le Premier
ministre par
intérim, Boniface Alexandre et Gérard Latortue. Celui-ci
a lancé un appel au
calme lors d'une allocution télévisée.
"Ne
restez pas dans les rues. Je vous demande de rentrer chez vous (...) le
gouvernement de transition ne vole pas votre vote", a-t-il
assuré.
L'envoyé
spécial de l'ONU, Juan Gabriel Valdes, a souligné que
René Préval lui avait
fait part de son souhait d'appeler le peuple haïtien à
rester "paisible et
patient".
Des
journalistes de l'Associated Press ont vu le corps d'un homme portant
un
T-Shirt trempé de sang, à l'effigie du candidat favori
René Préval, dans une
rue de Tabarre, en banlieue de Port-au-Prince. Selon des
témoins, des Casques
bleus jordaniens ont tiré et fait deux morts et quatre
blessés, mais le cadavre
de la deuxième victime décédée n'a pas
été vu par l'AP.
"Nous
manifestions dans le calme quand l'ONU a commencé à
tirer. Il y avait beaucoup
de tirs. Tout le monde courait", a expliqué Walrick Michel, 22
ans, un des
manifestants pro-Préval. Après avoir d'abord
démenti que les Casques bleus ont
ouvert le feu, un porte-parole des Nations unies, David Wimhurst, a
déclaré
qu'ils ont "tiré en l'air deux coups de semonce", sans "blesser
personne".
A
Petionville, sur les hauteurs dominant Port-au-Prince, des centaines de
manifestants ont pénétré en hurlant dans
l'hôtel Montana, un luxueux
établissement où les neuf membres de la commission
électorale ont annoncé les
résultats partiels de la présidentielle de mardi dernier.
Les manifestants
accusent la commission de manipuler les chiffres afin d'empêcher
l'ancien
président René Préval de l'emporter dès le
premier tour.
Il
faut pour cela au minimum 50% des voix plus une et selon les
résultats
officiels portant sur 90% des bulletins dépouillés,
René Préval a recueilli
48,7% des voix, devant son rival Leslie Manigat, également
ancien président,
qui a obtenu 11,8% des voix. Des hélicoptères se sont
posés sur le toit de
l'hôtel pour évacuer plusieurs personnes, dont le prix
Nobel de la paix
sud-africain Desmond Tutu.
Sur
les 2,2 millions de vote exprimés, environ 125.000 ont
été déclarés invalides
en raison d'irrégularités, ce qui a suscité la
suspicion des partisans de René
Préval. Ils ont bruyamment manifesté dans les rues de
Port-au-Prince, scandant
des slogans dénonçant des fraudes, démenties par
le directeur général de la
commission, Jacques Bernard.
Un
des membres de la commission électorale, Pierre Richard
Duchemin, a
publiquement exprimé des doutes sur le décompte et
réclamé une enquête,
évoquant un "certain niveau de manipulation". M. Duchemin
affirme
qu'on lui a interdit l'accès aux informations sur le processus
de dépouillement
des bulletins.
M.
Valdes, l'envoyé spécial de l'ONU, ne croyait pas, pour
sa part, qu'il y avait
eu des fraudes.
"Je
suis sûr que le processus a été correct. Bien
sûr, il peut y avoir des erreurs,
et ces erreurs doivent être examinées", a-t-il
déclaré, pointant notamment
les votes invalidés et blancs, qui "posent certaines questions".
AP