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Sabine
Andrivon-Milton est docteur en histoire contemporaine
et spécialiste de l’histoire militaire antillaise, sort chez
l’Harmattan,
« La Martinique et la grande guerre ». Une
histoire passionnante des
Antilles-Guyane en général – de la Martinique en
particulier – et leur rapport
à la première guerre mondiale. Un livre de plus de 400
pages où l’on apprend,
beaucoup, beaucoup de choses !
« Un
homme sur cinq ne
reviendra pas du front ! »
« La
Martinique et la grande
guerre » est le résumé de votre thèse…
Sabine
Andrivon-Milton : Une thèse que
j’ai passée en
décembre 2003 sous la direction de feu Lucien René
Abenon, un historien
formidable. Cette version est une version certes grand public. C’est ma
thèse
réécrite mais qui reste néanmoins très
scientifique. Je veux dire par là que
j’ai gardé toutes les références utiles pour
comprendre l’ensemble du problème
et je n’ai pas hésité à faire des annexes
très riches.
Comment vous est venue
cette idée : travailler sur
les Martiniquais et les guerres ?
Sabine
Andrivon-Milton : Quand j’étais en
maîtrise, le hasard de mes lectures m’a amenée sur la
guerre du Mexique et le rôle prépondérant
joué par les forces martiniquaises.
Je me suis demandée tout naturellement, ensuite, comment les
Martiniquais
avaient réagi devant le premier conflit mondial !
Comment
ont-il réagi ?
Sabine
Andrivon-Milton :
L’histoire est longue et compliquée ! Mais la Martinique a
payé un lourd
tribut… Il faut souligner que le service militaire n’existait pas. Il
sera
instauré seulement en 1913. Jusque-là les
propriétaires terriens s’y opposaient
farouchement, car ne voulant pas perdre la main d’œuvre de base et ne
voulant
pas armer les Noirs…
Mais les
hommes politiques forceront le débat. Les politiques voulant que
les
Martiniquais deviennent des Français à part en
entière et pour eux, cela passe
par le service militaire et l’engagement dans la guerre.
Les
Martiniquais seront-ils nombreux à
partir ?
Sabine
Andrivon-Milton : C’est quand même
10 % de la
population qui partira. Soit à peu près 8 000 hommes
âgés de 18 à 35 ans
sur 184 000 habitants au total. Un sur cinq ne reviendra pas… Mort
au
combat. La Martinique devra pourtant attendre 1946 pour devenir un
département.
Les politiques croyaient que ça se ferait bien plus vite !
La
Martinique reste une base stratégique…
Sabine
Andrivon-Milton ! C’est historique et
aujourd’hui encore, la Martinique reste la base
des Antilles-Guyane. Depuis toujours le commandement en chef est
basé ici. Les
Guadeloupéens et les Guyanais rejoignaient donc la Martinique
pour embarquer
ensuite vers la France hexagonale.
Une
Guerre qui va avoir de nombreuses conséquences…
Sabine
Andrivon-Milton : positives et
négatives par
exemple en boostant l’économie. Comme nous livrerons du sucre et
du rhum en
quantité incroyable, on verra de nombreuses distilleries
naître. C’est le plein
emploi. Le contrepoids, c’est l’écroulement de cette
économie quand l’armistice
est signé.
On ne peut
malheureusement pas parler de tout mais votre
livre est passionnant… Quels sont vos projets maintenant ?
Sabine
Andrivon-Milton : Historiques… Je me
tourne vers la
guerre de 1870, celle que l’on nomme la guerre de prusse. Pourquoi les
Martiniquais
ont-ils été moins nombreux à se lancer dans cette
guerre-là que dans celle du
Mexique ? Une question qui me taraude et à laquelle je
voudrais
apporter une réponse.
Propos
recueillis par Sandrine de S.N
France-Antilles
Magazine : 10-16 dec. 2005
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