UN
Africain arrêté pour TRANSMISSION DU VIH à Toulouse.
Un séropositif africain de Toulouse est en détention
provisoire depuis le mois
de novembre suite à la plainte de sa compagne pour
contamination. Cette
nouvelle affaire de pénalisation de la contamination (la
première danslaquelle
est utilisée la détention provisoire) illustre clairement
toutes les craintes
des acteurs et actrices de la prévention car l'avocat
général a justifié la
détention au nom de la récidive possible.
Derrière l'enjeu sensible de ce dossier, il y’a l'histoire de ce
couple,
complexe et passionnelle. Il est noir, elle est blanche. S. arrive de
Guinée en
France en 2000. Deux ans plus tard, il a une relation avec A. et
travaille en
CDI dans le bâtiment. En février 2004, ils font des tests
sanguins, dans le
cadre de la grossesse d'A. et des examens prénuptiaux
post-mariage : tous deux
sont séropositifs. Mais se marient tout de même le 5 juin
2004. Leur fille
naît, séronégative.
Selon l'enquête, la dernière «trace de
séronégativité» dont la femme dispose
remonte à 2001, un an avant sa rencontre avec son mari.
HISTORIQUE
:
S, un séropositif de 31 ans, est en détention provisoire
depuis le 19 novembre
à Toulouse. Parce que son ex-femme l'accuse de l'avoir
contaminée. La chambre
d'instruction de la cour d'appel de Toulouse a examiné la
seconde demande de
mise en liberté de cet homme de nationalité
guinéenne. L'avocat général Marc
Gaubert a requis son maintien en prison. En invoquant des faits
«d'une
exceptionnelle gravité» : se sachant séropositif,
S. aurait eu des rapports non
protégés avec son ex-femme, qu'il aurait
contaminée, mais aussi avec son
ex-maîtresse, toujours séronégative, et
d'éventuelles autres victimes. Une
version contestée par la défense : il n'était pas
conscient de sa
séropositivité et rien ne prouve que ce n'est pas son
ex-femme qui l'a
contaminé.
En mars 2005, le couple divorce à l'amiable. La mère
obtient la garde. Ils se
seraient disputés sur les visites.
Le 1er octobre 2005, la femme porte plainte pour violences volontaires.
Le 4 octobre, elle porte plainte pour harcèlement.
Et enfin le 3 novembre, pour empoisonnement par le virus du VIH. Elle
aurait
appris à ce moment-là l'existence de V., une
maîtresse de S. qui lui a raconté
avoir eu des rapports non protégés avec lui. Selon les
éléments d'enquête, la
maîtresse ne serait pas contaminée.
Les autres motifs avancés par l'accusation :
«L'avocat général a insisté sur le fait que
rien ne l'empêche de fuir et de
rentrer dans son pays. Mais il travaille en France, en situation
régulière, et
il a un enfant. Son vrai motif est surtout de considérer que ce
type est
dangereux et se sert de son sexe comme d'une arme»,
dénonçait son avocat, Me
Pierre Le Bonjour, à l'issue de l'audience. Les juges avaient
déjà usé de cet
argument le 4 janvier pour rejeter une première demande de
remise en liberté,
estimant que «le renouvellement de l'infraction est à
redouter, par risque de
propagation».
Selon l’association Act Up : «Si les tribunaux français
suivaient l'exemple de
Toulouse, c'est l'ensemble des 200 000 séropositifs qui
pourraient être placés
en détention provisoire».
C’est affaire est un scandale et une discrimination
notoire car selon la
lecture des faits :
1. Aucun élément de
l'enquête n'a permis de déterminer
lequel des deux époux a contaminé l'autre, ils ont
découvert leur
séropositivité ensemble au cours d'un examen
prénuptial. Il est d'ailleurs très
peu probable, en l'état actuel de la connaissance scientifique,
qu'il soit
possible de le déterminer un jour.
2. Seuls trois éléments ont pu, semble-t-il, motiver son
inculpation plutôt que
celle de sa compagne : le fait que ce soit elle qui ait porté
plainte la
première, le fait qu'il soit un homme plutôt qu'une femme,
le fait qu'il soit
africain et elle française.
3. Celui ou celle qui a contaminé l'autre au sein de ce couple
l'a fait a
priori sans être conscient(e) d'être porteur(se) du virus.
Nous ne sommes donc
ici ni dans le cas d'une "transmission volontaire", ni même dans
le
cas d'une contamination "consciente" du virus du sida.
4. Le juge a motivé la détention provisoire par le fait
qu'il pourrait
contaminer d'autres personnes alors qu'on ne connaît à ce
jour aucune autre
personne contaminée. Si l'homme avait une maîtresse,
celle-ci est, jusqu'à
preuve du contraire, séronégative.
5. L'enquête actuellement menée par les services de la
police judiciaire
consiste à appeler toutes les personnes de sexe féminin
que compte son
répertoire téléphonique pour leur expliquer les
faits reprochés. Sans insister
sur les présupposés que cela implique en terme de
sexualité (et pourquoi pas
les hommes ?), comment accepter une telle divulgation de l'état
de santé d'un
malade ?
Que montre cette longue liste d'aberrations patentes ? Que les limites
de la
pénalisation du VIH sont très vite atteintes et
aisément dépassées par un
système judiciaire prompt à plaquer des
considérations morales sur des faits
médicaux qu'il ne peut et ne doit en aucun cas prendre en
charge. La situation
est d'autant plus grave que, sur la base de ce qui n'est
vraisemblablement rien
d'autre qu'une pure erreur judiciaire, une jurisprudence pourrait
être établie
par rapport à la mise en détention provisoire dans ce
type d'affaire. En effet
si l'appel était rejeté, il n'existe pas d'autre voie de
droit pour réitérer
une demande de remise en liberté. Si les tribunaux
français suivaient l'exemple
de Toulouse, c'est l'ensemble des 200 000 séropositifs
français qui pourraient
être placés en détention provisoire.