IT’S RAINING
MEN…ALLELUIA!

Quand j’ai mis les pieds en
Amérique du Nord, de l’idée que je m’en
faisais, je savais que la conception occidentale et a fortiori
antillaise que
j’avais des rapports Hommes/Femmes, allait être rudement
confrontée à celle du
pays d’accueil. De toute évidence, le sujet m’interpellait et
une étude de cas
m’a semblé être la meilleure approche pour une
confrontation. Restait à trouver
mes volontaires : l’Homo Sapiens Sapiens Americana, bien sur !
Cependant,
j’étais loin de me douter que les échantillons puissent
être aussi faciles à
dénicher. Ploc! Ploc! Ploc! Ils me tombaient tous
littéralement dans les bras,
comme des petits pains. Jésus ! C’est toi ???? Mais
qu’arrivait-il
donc aux hommes de ce pays ?
À ma
première rencontre, de mémoire de femmes, je n’avais
jamais vu
pareille audace. Pourtant cela avait commencé comme un coup
classique :
mon premier jour dans les rues de cette mégalopole,
j’étais en quête d’un
téléphone publique quand un homme m’aborda et me proposa
son cellulaire. "Impossib
missyé té ka véyé mwen ou koi?". Bref,
il me sauva la vie sur le
moment, car de téléphone, point n’était en vue.
Pleine de reconnaissance, je le
gratifia de mon plus beau sourire. Sa réaction : " Puis-je
te prendre
dans mes bras?"….Kissaaaaaaaa ??? Devant mon air
interloqué, le mec
se réfréna (oui, parce que le bougre était
déjà en mouvement). De toute façon,
j’attendais qu’il s’exécute, mon coude pointé en
direction de ses côtes. Mais à
la décharge du type, j’ai compris avec le temps que cette
histoire de hug
(embrassade) était ici monnaie courante, depuis que mon
propriétaire ainsi que
sa femme me prennent dans leurs bras pour me dire bonjour. Soit! Cela
dit,
quand un homme qui m’a simplement vendu un meuble, m’a remercié
pour cet achat
par retour de mail, et a rajouté "j’ai spécialement
apprécié notre hug",
là je dis, pire je hurle : "bann’ issalop! Zot
enmé kolé anlè fanm!"
Passons....
Ce
qui m’a réellement frappé dans les rapports entre les
hommes et les femmes de
ce pays, c’est ce désir immédiat, que j’ai cru
décelé dans les regards
masculins, de conquérir voire de posséder l’autre sexe.
En ce qui me concerne,
chaque rencontre (croisement serait plus juste) aussi banale ou anodine
soit-elle, déclenchait des helloooooo appuyés (de
ceux qui résonnent en
écho dans le dos). De surcroît, l’intonation dans la voix
de celui qui me
saluait renseignait à coup sur ses intentions. A ce propos,
c’est amusant de
constater à quel point la voix des hommes monte dans les aigus
dès lors qu’ils
ont une idée derrière la tête. Je ne compte plus
les "Hi nice lady! Hey beautiful
woman! Hello baby! Hi
sweety!"…et la meilleure
"what’s up sweet
butterfly?" Sur celle là, je me suis retournée et
j’ai souris au gars.
Cela ne pouvait être autrement.
Si
je devais attribuer des récompenses, le gros lot irait sans
conteste à 3 flics
noirs qui m’ont fait subir un interrogatoire d’un tout autre genre.
J’arpentais
le trottoir d’en face et ils ne cessaient d’agiter les bras, l’air de
dire : "alors on passe comme ça, sans même dire
bonjour!". Allez
savoir pourquoi (si je le sais, j’ai une étude à mener ne
l’oublions pas, mais
surtout ils ont titillé ma curiosité), j’ai
traversé pour les rejoindre. Après
2 ou 3 échanges sur mes origines, je les ai
écoutés, non sans rire, surenchérir
tour à tour sur mon exceptionnelle beauté, mon sourire
enjôleur ou encore ma
démarche féline. Mais bien sur les gars! La scène
me paraissait tellement
surréaliste! La flicaille américaine dé moun
san papa-san manman dit-on?
Non, pas ce jour là de toute évidence.
Tout
de même, je commençais à m’interroger. Serais-je
(devenue) un objet de
convoitise? Ou alors ma beauté (je le dis en toute modestie)
irradierait-elle
dans ce pays, plus qu’ailleurs? Quoi qu’il en soit, à mon sens,
il y a dans
tout cela de quoi constituer une vraie thérapie pour toutes
celles qui
souffriraient d’une piètre estime de leur personne.
Dans
cette course à la conquête sentimentale, je crois que
toutes les occasions sont
bonnes pour ferrer, tous les terrains sont occupés et certains
foncent têtes
baissées sans même évaluer leur chance. Je rigole
encore à propos de ce type
dans mon bus. Il avait pris place à mes côtés et ne
tarda pas à engager une
discussion. Polie, je lui ai fait la conversation qui, soit dit en
passant,
était d’un ennui suicidaire. Encouragé (zut!), je l’ai vu
se retourner pour
demander un stylo à son voisin. J’en ai profité pour
enfin dévisager mon
interlocuteur. Aïe, aïe, aïe! Le gars était d’une
laideur inénarrable.
Quatre
voisins plus tard, il me tendit triomphalement son numéro de
téléphone sur un
coin d’enveloppe. Devant mon refus, il esquissa un sourire qui se
voulait
encourageant, mais les rires moqueurs des autres passagers ont balaye
tout ce
qui pouvait lui rester d’assurance. Il faut dire qu’il s’était
montré tellement
discret, l’imbécile! J’avais rarement vu un homme autant dans
l’embarras et je
l’ai même soupçonné d’avoir débarqué
du bus au premier arrêt venu.
Parfois
cela tiendrait du gag télévisuel. Un soir, tranquillement
assise à siroter un
verre, j’ai surpris un jeune homme qui, en ma direction, traduisait au
moyen de
sa bouche et de sa langue, une soudaine poussée d’hormones.
Naturellement je me
suis retournée, cherchant du regard la jeune fille à
laquelle je pensais qu’il
s’adressait, cela ne pouvant être moi, bien évidement. Et
non, c’était moi! Âge
de ce présomptueux, 21 ans, ce qui expliquait entre autre sa
présence dans ce
bar. "Mon petit garçon, ta maman sait que tu es là?" lui
lançais-je.
Et
que dire de ce phacochère qui me voyant poireauter a un
arrêt de bus,
s’approche et me lance tout de go : "salut bébé, que
fais-tu donc là,
et il est où ton homme ? Ma
réponse fusa : – Demande
à ta mère
connard!!
Quelque
peu dépitée par mes dernières rencontres, je
décide de partir prendre l’air et
m’envole pour New York. Ah! New York ou devrais-je dire Sex and the
city
(les femmes comprendront), qui dans ce cas me semble plus
adéquat. Je n’y étais
pas partie pour le boulot mais vraiment pour souffler un peu. Et vous
savez ce
que l’on dit, en vacance le travail vous rattrape toujours. Et il s’est
manifesté, cet après midi là sous l’apparence d’un
homme plutôt d’âge mûr,
grand à la peau très noire et brillante, à qui
j’ai demandé ma route (si, si
j’étais vraiment perdue !). Vêtu d’un costume
anthracite bien taillé, il
me dominait d’une bonne tête. À peine ma question
formulée, boug la pa fè ni
yon ni dé, il m’attrapa par les épaules et me tourna
dans la bonne
direction (je vais finir par croire que dans ce pays le contact
physique
précède la parole). En essayant de saisir au mieux ses
indications, je sentais
naître sur mes épaules, une douce chaleur qui irriguait
déjà ma colonne
vertébrale. Fus-je d’humeur libertine ce jour là,
toujours est-il que j’ai
imaginé sa main reliée à une épaule, et la
dite épaule soudée à un corps que je
voulais tonique. Instinctivement, je me suis raidie et il a du le
sentir car il
a resserré son étreinte (le salaud !). Je n’ai que
plus encore envisagé
ses mains larges, sur mes hanches qu’il saisirait pour me hisser sans
faillir,
et les amènerait jusqu’aux siennes. Bon Dié! A pa
té jé, non! À y
repenser, j’en frissonne encore. J’ai tourné la tête, le
parfum qui se
dégageait de sa nuque m’arrivait aux narines. Houla! Je ne nous
savais pas si
près - nos regards se sont croisés et le même
sourire entier et expressif s’est
affiché sur nos visages. "Thanks a lot and have a great day",
lui sortais-je au bout d’un moment pour rompre le silence. Une minute
plus
tard, je marchais le plus naturellement possible vers la direction
qu’il
m’avait indiquée tout en feignant d’ignorer les contractions qui
naissaient au
niveau de mon bas-ventre. Hmmm! J'y reviendrais bientôt,….oui,
bientôt!
Seulement
voilà, le revers de la médaille est moins flatteur. C’est
qu’à trente ans, je
suis une vieille sur le marché de la rencontre. Pour tout dire,
je suis une has
been! Arrrrrg! Je ne croyais pas le dire aussi
prématurément! La logique
voudrait que dans ce pays je sois une femme respectable, donc
mariée et ce
depuis une petite dizaine d’années, si possible. Ben voyons!
Cela me surprend
encore aujourd’hui de croiser dans le bus ces jeunes, dont certains
affichent
encore des cicatrices acnéiques, parader avec ces porte-clefs
qui sont des
photos sous plexiglas, de leurs mariages. Eh bien, je ne les envie pas
du tout.
À leur âge, après les "oui, ça a
été!", les "c’était bien,
chéri!", je cherchais à expérimenter les
"c’était bon, je voudrais un
pti peu de coco encore, mon coeur!".
A
dire vrai, cette situation me réjouit car je suis
libérée de tout partenariat
d’ordre privé d’une part, et si l’on garde à l’esprit que
la femme antillaise
sait gérer sa petite affaire, d’autre part. Tous ces mâles
qui se jettent en
pâture et tous ces relents de testostérone, sont une
provocation à mes yeux. Et
puisque "l’occasion fait le larron", pour cette année, je me
veux
larronne. J’aurais bien tort de ne pas en profiter. Le mariage a
attendu jusque
là, il attendra encore un peu ! Et puis toute étude
appelle à une phase 2….la
pratique! Je suis très rigoureuse dans mon travail. Vous ne le
saviez pas ?
Coco B.
(02-02-06)