Pour
la commémoration du
CRIME, le 10 mai a été
retenu, et
après ?

Jacques
Chirac et
Anne-Clémence Valentin
Entre
la lumière et l’ombre portée, dans
la pénombre fleurissait l’horreur et
l’inhumain
L’esclavage
et la traite négrière de par sa durée, son
ampleur et ses conséquences furent une tragédie qui
endeuilla un continent, une
salissure enlaidissant l’humanité, car ce fut un crime contre
l’homme, un crime
contre le droit des gens L’abomination ne concerna pas que le peuple noir ou le
peuple
blanc, elle dépassa
allègrement les frontières de la race, de la religion, de
la couleur pour
vicier l’humanité toute entière, car le nègre
chosifié fut une marchandise
vendue de l’Afrique vers les Amériques,
le Moyen-Orient, la Chine,
l’Inde et ailleurs. Il fut l’or du monde et ce pour son propre
désastre.
La mémoire de
l’homme est fugace voire taisante, des
pans d’histoire sombrent dans le néant,
mais la souvenance est vivace, elle transcende les siècles et nul d’entre-nous, les Nègres
conscients ne
peuvent s’accommoder de l’oubli ou de la négation du crime, dont
les séquelles
taraudent nos êtres et obombrent nos âmes, car nous sommes
le fruit de cette
histoire.
Le racisme et la
discrimination sont nés de cette
histoire, ils ont créé le
Nègre, maléficié la
couleur, infériorisé
l’Homme Noir, le reléguant dans une sous-humanité,
faisant de lui un être
toléré, vivotant tant bien que mal, quel que soit le lieu où il prend son élan ou
s’enracine.
Combien d’entre nous (hommes et femmes noires) aspire à une
société où les
individus seraient égaux en devoir et en droit ? Nous n’y sommes
pas, la société
est ce qu’elle est, à l’image de homme : traumatisante et
imparfaite, et ce à
l’image des hommes.
L’esclavage et la
traite négrière sont relégués dans les
poubelles de l’histoire, d’aucuns diraient que les crimes du
passé sont au
passé, comme nous pouvons le lire et l’entendre :- C’est le
passé !
Toutefois, il est juste de rappeler que les traumatismes du
passé se conjuguent
au présent pour certaines communautés
humaines, qui plus que d’autres, sont en demande de
reconnaissance. Une
reconnaissance afin de se dégager des fardeaux de l’histoire,
une
reconnaissance qui participe
un tant soit peu à la réparation
intérieure
des individus, fortifier l’ego car le
traumatisme est grand.
Le 30
janvier 2005 le
président de la République Française
Monsieur Jacques Chirac
a fait un acte, non pas symbolique mais
cathartique. Nous l’en remercions. En effet, en inscrivant la date du 10 mai, aux dates officielles de
commémoration, la France se souviendra de l’une des pages les
plus sombres de
son histoire : l’esclavage et la traite négrière.
Est-il
nécessaire de se rappeler le contexte de la traite
négrière et de l’esclavage atlantique, le président Jacques Chirac l’a résumé lors
de son allocution « Un
trafic dont il faut
se représenter la réalité : des villageois vivant
dans la peur, enlevés en
masse, privés de leur identité, arrachés aux leurs
et à leur culture. Tant
d'hommes et de femmes captifs, entassés dans des bateaux
où plus d'un sur dix
mourait. Tant d'hommes et de femmes vendus comme du bétail et
exploités dans
des conditions inhumaines ! Schœlcher.
» Ces quelques mots n’explicitent pas les souffrances, les humiliations, la
terreur, la barbarie de ce trafic d’êtres humains, ils
décrivent un pan de
l’infamie, de ce qui n’aurait jamais dû être et qui fut.
C’est de l’histoire me
direz-vous, mais l’histoire à
tendance à se répéter si nous n’en prenons garde.
Il s’avère que c’est aussi le
présent, ce dans une moindre mesure, la terre d’Afrique porte
encore des
esclaves sur son sol, il y a encore des êtres humains, de
nombreux enfants qui
sont vendus au Niger, en Mauritanie au Soudan, et ailleurs sur notre
planète.
Donc, cela perdure, il y a des mentalités, des
rapports humains à changer, et lutter
contre les penchants
hobbesiens, ceux qui font de l’homme un loup pour l’homme.
Le 10 mai pourrait
être, certes, un jour de commémoration
de la mémoire de nos aïeux, acteurs et actrices de cette
funeste tragédie ou un
jour où leurs descendants pourraient faire leur
abréaction. Le 10 mai pourrait
être aussi le jour de la
dénonciation de
cette pratique inhumaine qui avilit l’homme et en fait une
bête de somme, un objet sexuel, un déduit, un
moins que rien.
Il est
nécessaire d’en parler au passé, il est
tout aussi vital d’en parler au présent. Il
est temps que les livres scolaires relatent ce drame, il est temps que
tous
connaissent leur histoire.
Nous devons
rétablir nos ancêtres dans l’humanité, nous
devons aussi rétablir ceux qui subissent ce joug dans leurs
droits humains. Il
y a des combats communs à mener et c’est ensemble que nous
réussirons à faire
reculer la haine, le racisme et la barbarie.
Et c’est ensemble, les
noirs, les blancs, les jaunes, tous
les hommes de compassion et les êtres de bonne volonté que
nous arracherons la
reconnaissance au niveau européen.
Il
n’est pas juste, ni de bon ton de dire
comme a pu le faire Serge Romana
président du CM98 :
- le 10 mai une date pour
les «noirs» de France et non pas
pour les descendants d’esclaves.
Non
! C’est une date
pour tous ceux et celles qui se sentent concernés
par la justice et combattent l’injustice, quelle que fusse leur couleur
de peau
ou leur religion.
C’est une date qui
honore la France,
c’est une date porteuse d’espoir, c’est une date qui ouvre des
perspectives,
mais c’est à nous et à nous tous, sans exclusif de la
remplir et de faire
l’histoire.
France : le 14
mars 2006
Anne-Clémence VALENTIN – valentin.anne@wanadoo.fr www.roseporcelaine.com
Tony Mardaye – Omer62@rocketmail.com
– www.pyepimanla.com