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Décès du photographe et
cinéaste afro-américain Gordon Parks
Cette figure
emblématique de la Renaissance noire américaine
a brisé les barrières raciales.

Par
Michael Jay Friedman
Rédacteur du « Washington File »
Washington
- Gordon Parks, artiste afro-américain de génie dont le
talent s'est manifesté
surtout dans l'univers de la photographie et du cinéma, mais
aussi en musique
et en littérature, s'est éteint le 7 mars à New
York à l'âge de 93 ans.
Né
en 1912, quinzième enfant d'un métayer du Kansas, le
jeune Gordon Parks
s'aventure dans tous les domaines et poursuit des activités fort
variées :
joueur de piano, basketteur semi-professionnel, garçon de
café...
Inspiré
par un documentaire photographique qu'il voit dans une revue, il
achète son
premier appareil photographique dans un mont-de-piété de
Seattle. Sans avoir
reçu la moindre formation technique, il manifeste un talent
inné pour cet art
qui deviendra son gagne-pain.
Résolu
à dépeindre la précarité qui affecte les
catégories défavorisées de la
société
américaine, dont beaucoup d'Afro-Américains, Gordon Parks
accepte en 1942 un
poste au sein de l'Administration fédérale de la
sécurité agricole, où il documente
les conditions de vie des populations démunies du pays. Lors de
l'entrée des
États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale, il devient
photographe au sein du
Bureau de l'information militaire.
C'est
durant son service à l'Administration fédérale de
la sécurité agricole que
Gordon Parks réalise la célèbre photographie
« American Gothic »
montrant une femme noire tenant un balai dans une main et une
serpillière dans
l'autre devant un drapeau américain, dans un genre
inspiré du tableau éponyme,
également emblématique, du peintre Grant Wood (1930) qui
présente un fermier,
une fourche à la main, et sa femme, devant une maison de style
gothique.
A la
fin de la guerre, Gordon Parks devient le premier Afro-Américain
à être embauché par
l'hebdomadaire Life, alors le magazine de photojournalisme le plus
prestigieux
du pays. Il y développe un portfolio très divers. Certes,
on lui confie des
thèmes spécifiquement afro-américains, mais il
décroche aussi un poste convoité
de correspondant à Paris et on lui demande en outre de couvrir
des artistes en
vue tels les compositeurs Samuel Barber et Aaron Copeland et la
chanteuse-actrice Barbara Streisand.
Les
photographies de Gordon Parks avaient le pouvoir d'éveiller les
instincts
humanitaires et de susciter des réactions intenses. En 1961, ses
photos d'un
garçon malade dans une favela brésilienne incitent les
lecteurs de
« Life » à envoyer des contributions
totalisant 30.000 dollars. Le
magazine fait venir le garçon aux États-Unis aux fins de
soins médicaux et achète
un logement à sa famille.
Gordon
Parks s'affirme dans le même temps comme un innovateur et
expérimentateur en
technique photographique, notamment dans les expositions multiples et
la
peinture sur photographie.
En
1963, il publie « The Learning Tree » (Les
Sentiers de la violence),
roman semi-autobiographique que le quotidien « New York
Times » juge
« bien tourné, touchant et dramatique ».
En 1968, il signe avec la
société cinématographique Warner Brothers-Studio
Arts un contrat pour quatre
films qui fait de lui le premier scénariste et metteur en
scène noir d'un grand
studio d'Hollywood. Sa première œuvre, une adaptation faite en
1969 du roman
susmentionné, a été préservée par le
Registre cinématographique national et
qualifiée de « culturellement
significative » par la Bibliothèque du
Congrès.
Son
deuxième film, Shaft (1971), inaugure le genre dit de la
« blaxploitation » (juxtaposition de
« black », ou noir, et
d'« exploitation »). Ces films qui poussent
généralement à outrance
les thèmes de la sexualité et de la violence ont souvent
subi les foudres de la
critique mais ont connu un succès considérable en salle
devant un public
largement afro-américain, jusqu'à leur déclin vers
la fin des années 1970.
L'énergie
créatrice de Gordon Parks dépasse en fait de loin
l'univers de la pellicule. Il
est l'auteur d'un second roman ainsi que de mémoires en quatre
volumes. Après
avoir composé la musique pour « The Learning
Tree », il compose et
chorégraphe en partie un ballet fondé sur la vie de
Martin Luther King et écrit
plusieurs morceaux orchestraux, notamment pour Duke Ellington.
Bien
qu'il n'ait jamais terminé ses études secondaires, Gordon
Parks a reçu plus de
40 diplômes universitaires honorifiques. En 1988, le
président Ronald Reagan
lui a décerné la Médaille nationale des arts.
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