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LETTRE
OUVERTE à
Monsieur Nicolas SARKOZY
Ministre de l’Intérieur de la France
Place Beauvau
75008 – PARIS
Monsieur
le Ministre,
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par Me Claudette
Duhamel
Militante de la
cause écologique, avocate de l’ASSAUPAMAR,
j’étais venue le 10
mars 2006 aux environs de 8 heures 30 apporter mon soutien au Collectif
de
défense de la grande rivière dont les membres avaient
prévu de se trouver
devant l’hôtel de la Région pour dénoncer
auprès de vous le comportement du
préfet en poste en Martinique, lequel a cru devoir prendre un
arrêté préfectoral
le 24 novembre 2005 privatisant la dernière rivière
encore potable de la
Martinique au profit des membres de la caste béké.
A
cette occasion ce collectif envisageait de vous remettre un dossier
complet
sur cette douloureuse affaire.
A
mon arrivée, alors que je me dirigeais vers les membres du
collectif constitué
d’une dizaine de personnes auxquelles s’étaient joints des
membres d’un comité
constitué pour dénoncer les méfaits de la Justice
en Martinique, j’ai été
littéralement agressée par des gardes mobiles lesquels,
pour m’empêcher
d’emprunter la voie menant à l’hôtel de la Région,
se sont mis à me repousser
avec violence allant jusqu’à me faire tomber.
La
vingtaine de personnes présentes sur les lieux dont certains
portaient des
pancartes et des banderoles ont tous été chassés
manu militari et certains ont
reçu moult coups de matraque des gardes mobiles d’origine
européenne venus
prêter mains fortes à leurs collègues.
Face
à cette atteinte intolérable et totalement inadmissible
à leur intégrité et à
leur liberté d’aller et venir, les membres du collectif ont
clamé haut et fort
leur indignation au moyen de porte voix et l’évènement a
été filmé par une
équipe de journalistes de TFI qui ont
même interviewé
certains d’entre eux.
N’étant
pas parvenus à entrer en contact avec vous, les membres des deux
collectifs se
sont dirigés vers la mairie de FORT DE FRANCE
où vous
étiez attendu par le Maire en exercice et par l’ancien Maire
Monsieur Aimé CESAIRE .
Avec
un autre membre du collectif de défense de la grande
rivière, j’ai brandi une
banderole sur laquelle il était marqué « NON A LA
PRIVATISATION DE LA GRANDE RIVIERE »
Là
encore le même scénario s’est reproduit mais cette fois
avec plus de violence,
puisque les gardes mobiles furieux de n’avoir pas pu nous
empêcher de pénétrer
dans la cour de la mairie, nous ont arraché la banderole avec
une telle hargne
que nous sommes tombés et avons été
traînés sur plusieurs mètres puis
piétinés
!!
Il
était plus qu’évident que vous aviez donné ordre
pour qu’il n’y ait sur votre
passage que vos partisans criant « SARKOZY
PRESIDENT ! APRES CHIRAC C’ EST
TOI !» et que dès
lors il fallait passer au karcher, pour reprendre une expression qui
vous est
chère, tout contestataire, toute personne qui risquait de
troubler cet accueil
que vous exigiez idyllique.
Ainsi
après avoir été contraint d’annuler votre voyage
chez nous en décembre 2005 du
fait du refus de la majorité de nos élus de vous recevoir
suite à l’adoption de
la « loi de la honte » mais surtout en raison de vos propos
racistes, vous
étiez venu en triomphateur, nous montrer à la fois votre
toute puissance et
l’indignité de nos élus qui n’ont pas su rester fermes
sur leur position et
vous ont accueilli à bras ouverts au prétexte de vos
titre et qualité.
Et
pendant qu’ils vous recevaient en grande pompe et vous faisaient des
présents,
vos gardes mobiles passaient à tabac leurs compatriotes parce
qu’ils étaient
porteurs de banderoles dénonçant le vol de leur
patrimoine !
Quelques
heures après avoir été reçu par les
représentants des collectivités de la
Martinique, (président de la région, président du
conseil général, maire de
Fort de France) vous vous êtes retrouvé au Club
méditerranée à SAINTE ANNE
où, après avoir pris un bain de mer, vous avez
cru devoir prononcer en créole dans votre discours la phrase
suivante : « yo di
mwen kayé…kok djenm pa ka kayé » vous
présentant ainsi comme un homme courageux
et téméraire, qui avait fait la démonstration de
ce qu’il pouvait triompher de
ses détracteurs et les soumettre à sa volonté.
Les
élus qui vous ont reçu ont dû être
très heureux de cette déclaration, ils
auront bu la coupe de l’indignité et du mépris
jusqu’à la lie !
Cependant
ceux qui vous ont soufflé cette expression ont certainement omis
de vous
préciser ce qu’est un « kok djèm »
martiniquais à savoir un coq de combat qui
affronte seul son adversaire et fait front jusqu’à la mort.
Alors
Monsieur le Ministre pourquoi avez-vous kayé en décembre
2005 au lieu
d’affronter ceux qui dénonçaient vos propos et prises de
position ? Pourquoi
les gardes mobiles chargés de votre sécurité
ont-ils lâchement agressé des
porteurs de banderoles pour les ôter de votre chemin ? Que
pouviez vous bien
craindre d’une poignée de contestataires ?
Les
coups que nous avons reçus, la manière dont nous avons
été littéralement «
karchérisés » par vos gardes mobiles indiquent
plutôt que loin d’affronter ou
même d’écouter, vous préférez faire
éliminer la contestation en amont, l’ôter
de votre vue au besoin par la force, ne souffrant sur votre route
qu’acclamations
flatteuses dont vous vous délectez.
C’est
pourquoi Monsieur SARKOZY je puis vous
affirmer que
vous n’êtes pas un kok djèm martiniquais mais un coq bien
français.
Le
coq n’est-il pas le symbole de la France ? Vous êtes bien ce coq
français,
jacobin, centré sur lui-même, se prenant pour le nombril
du monde, sensible aux
flatteries, vantant ses mérites, méprisant les autres et
refusant d’admettre
ses erreurs au point qu’au 21ème siècle il en est encore
à s’imaginer que son
système colonial honni qui a asservi et anéanti des
peuples entiers durant des
siècles, avait des aspects positifs !
Votre
attitude inqualifiable et insultante à l’égard du
journaliste de RFO serge BILE,
qui vous recevait
dans son journal de 20 heures ce 10 mars et qui croyait pouvoir avoir
un
entretien un tant soi peu objectif avec vous sur certains de vos
propos,
mettent parfaitement en évidence ce trait de caractère.
Que
de mépris, que
d’arrogance dans votre attitude et vos propos à l’égard
de ce journaliste !!
Mais
vous êtes allé encore plus loin dans le mépris
quand, lors du meeting que vous
avez tenu à SCHOELCHER en
qualité de chef de file de
l’UMP, feignant de regretter qu’il n’y ait pas de martiniquais à
la tête des
services de l’état français en Martinique, vous avez cru
devoir vous exclamer :
« Ou sont les Condolezza RICE, ou sont
les Colin POWEL martiniquais ! »
Oui,
voila la promesse, le rêve que vous concédez aux
martiniquais : celui de jouer
auprès du pouvoir blanc, tout comme le font Condolezza RICE
et Colin POWEL, le rôle de la femme et
de l’homme noirs
à tout faire, les cautions et alibis d’un pouvoir
éminemment raciste.
Quel
mépris pour le
peuple martiniquais !
Et
dire que vous avez été chaudement applaudi par des
martiniquais. Ceux qui
estiment n’être que des citoyens de seconde zone et qui ont
définitivement
accepté de constituer votre basse cour.
Ceux
qui ne se posent pas la question de savoir pourquoi malgré
Condolezza RICE et Colin POWEL,
des milliers de
noirs américains étaient en train de mourir lentement
abandonnés sans secours
dans le pays le plus puissant de la planète lors du passage du
cyclone Katrina.
Au
nom de quoi estimez vous Monsieur SARKOZY
que nous
devrions prendre comme modèles des béni oui oui
américains et avoir pour but
suprême de devenir des hommes et des femmes de secondes mains au
lieu d’aspirer
aux plus hautes fonctions comme tout individu doit pouvoir le faire
sous la
voûte des cieux ?
Ne
croyez vous pas que vos propos s’apparentent étrangement
à ceux que les colons
esclavagistes tenaient autrefois à leurs esclaves en leur
affirmant que s’ils
s’appliquaient à les bien servir ils pourraient devenir de
« bons valets, de
bons cuisiniers, de bons ouvriers et donc des esclaves
supérieurs au…..paradis
?
N’y
voyez vous pas une atteinte intolérable au droit de l’homme
consistant à
contrôler et limiter les aspirations de tout un peuple en lui
interdisant
celles d’occuper la première place ?
Et
surtout Monsieur SARKOZY au nom de quelle
logique nous
citez vous des sous fifres américains comme exemples à
suivre quand nous avons
chez nous des femmes et des hommes de valeurs ?
Nous
avons beaucoup mieux
Monsieur SARKOZY !
Nous
avons CESAIRE et FANON !
Même
si CESAIRE a accepté de vous
recevoir, il demeure par
ses écrits un géant dont vous n’êtes pas digne de
lacer les chaussures.
Et
puisque, sans doute pour se faire pardonner de vous avoir reçu,
il vous a
symboliquement offert le Discours sur le colonialisme, je vous invite
à lire ce
texte qui ne pourra que vous convaincre de l’inanité de vos
propos.
Celui
que vous considérez comme le plus brillant esprit
français le sieur FINKELFRAULT
n’arrivera jamais à la cheville ni de FANON
ni de CESAIRE.
Si
nous martiniquais
voulons atteindre l’excellence, il nous suffit de regarder chez nous.
Pour
terminer Monsieur SARKOZY, permettez moi de
vous dire
que des Condolezza RICE et des Colin POWEL
vous pouvez en trouver des masses dans le vivier des adhérents
martiniquais à
votre parti, mais vous ne les verrez jamais car vous êtes trop
bien ancré dans
la supériorité de votre culture, bien trop centré
sur vous-même, pour
reconnaître l’intelligence chez ceux que votre pays domine depuis
si longtemps.
Les
américains aussi racistes soient ils, ont eux ce pragmatisme qui
leur permet de
reconnaître l’intelligence où qu’elle se trouve et de
savoir l’utiliser à leur
profit.
Voilà
pourquoi Monsieur SARKOZY les génies
martiniquais,
guadeloupéens, guyanais, réunionnais que la France
désigne avec un mépris sans
nom sous les vocables « d’ultra marins » et de «
domiens » préfèrent fuir votre
douce France, pour aller faire profiter à des pays comme le
Canada et même les ETATS-UNIS de leurs
compétences.
Sachez
Monsieur SARKOZY qu’il existe en Martinique
des hommes
et des femmes qui ont fait le choix de se battre pour la dignité
plutôt que
d’accepter la condition de citoyens de seconde zone que vous
prétendez
continuer à leur imposer.
«
Vivre libre ou mourir ! » disait DELGRES,
un de nos
héros de la lutte anti-esclavagiste qui a
préféré se donner la mort avec ses
soldats insurgés plutôt que de tomber aux mains de
l’armée de votre héros
Napoléon Bonaparte qui voulait le remettre en esclavage.
Cette
devise demeure toujours vraie pour beaucoup d’opprimés dans le
monde et
singulièrement pour nous en Martinique.
Recevez,
Monsieur le Ministre, mes salutations de militante qui combattra vos
idées et
votre mépris tant qu’elle le pourra.
C. DUHAMEL
Claudette
DUHAMEL
Avocat
48 rue Schoelcher
97200 – FORT DE France
Fort de France, le 13
mars 2006
Transmis par le MIR