Haiti : Au moins
287 cas de viols et 395 cas
de violence physique sur des femmes en 2005

Communiqué du
Réseau National de Défense des Droits
Humains (RNDDH)
Ce 8 mars
2006 ramène la 29ème année consacrant la
Journée
Internationale de la femme. La date du 8 mars a été
adoptée, en 1977, par
l’Organisation des Nations Unies (ONU) en vue de célébrer
les progrès visant à
l’égalité pour les Femmes, d’évaluer les
embûches et difficultés auxquelles
elles sont confrontées et surtout, de prendre des dispositions
pour que les
Femmes atteignent cette égalité.
Depuis,
un ensemble d’instruments tant régionaux qu’internationaux
sont élaborés et adoptés. Les plus usités
sont la Convention sur l’Elimination
de toutes les Formes de Discrimination à l’égard des
Femmes adoptée par les
Nations Unies le 18 décembre 1979, la Résolution 54/4
adoptée le 6 octobre 1999
par l’Assemblée Générale des Nations Unies et
portant sur le Protocole
Facultatif à la Convention sur l’Elimination de toutes les
Formes de
Discrimination à l’égard des Femmes, La Convention
Interaméricaine sur la
Prévention, la Sanction et l’Elimination de la Violence contre
la Femme
communément appelée Convention de Belém do Para
adoptée le 9 juin 1994 par
l’Organisation des Etats Américains (OEA). Malgré tous
ces fondements
juridiques, l’écart qui existe entre ce qui est prescrit par la
Loi et la
réalité vécue par les Femmes reste quasiment
inchangé. Haïti qui a ratifié les
deux (2) conventions susmentionnées mais n’a rien fait pour les
mettre en
application. Les Femmes continuent à être victimes tant
sur le plan social,
économique, politique que juridique.
Situation
politico-socio-économique
La
situation politico-socio-économique des Femmes en Haïti est
lamentable. La population haïtienne fait face au
phénomène de la féminisation
de la pauvreté. L’indice de participation des Femmes dans les
hautes sphères de
prise de décision politique, économique et sociale, reste
très faible. Selon le
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans
son Rapport
National sur les Objectifs du Millénaire pour le
Développement (2004), au
niveau de l’Administration Publique en Haïti, le pourcentage de
Femmes à occuper
un emploi de cadre n’est que de 7.28%. Pourtant, en dépit de ces
circonstances,
les Femmes se retrouvent dans la majorité des cas, chefs de
ménages et doivent
pourvoir à leur famille.
Situation
Juridique
Les
Femmes haïtiennes font face à une discrimination aigue.
Cette
dernière est d’ordre structurel et est admise dans nos textes de
lois, dans nos
coutumes et mentalités qui portent à les
considérer comme des mineures, ou
pire, des incapables. Dans les centres de détention, la
situation des Femmes
reste alarmante. En effet, au 24 février 2005, les prisons du
pays comptaient
cent vingt-quatre (124) Femmes dont quatre (4) condamnées soit
96.8 % en
détention préventive prolongée. Le 22
février 06, la population des Femmes
incarcérées est de deux cent trente-sept (237) dont
quinze (15) condamnées soit
94 % en détention préventive prolongée. Leurs
dossiers sont figés, pour la
plupart, au niveau des cabinets d’instruction. En la date du 22
février 2006,
la prison civile de Pétion ville comptait cent soixante onze
(171) détenues.
Cent soixante (160) dossiers sont au niveau des cabinets d’instruction
pour
seulement soixante-quinze (75) extractions judiciaires vers ces
cabinets.
Certains cas retiennent l’attention :
v Odette
AMBROISE, emprisonnée sous les ordres du Substitut
Commissaire du Gouvernement Denise PAPILLON le 25 novembre 2004 pour
vol
domestique, est jusqu’à date gardée dans la Prison Civile
de Pétion-Ville sans
aucune décision de justice ;
v
Alexandra PIERRE écrouée à la prison civile de
Jacmel en la date
du 23 décembre 2004 pour meurtre est tombée enceinte
pendant son incarcération
de David JEAN PIERRE, un détenu. Ce dernier, avec la
complicité de agents de la
Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP), s’est
évadé le15 juillet
2005 alors que l’article 106 des Règlements Internes des
Etablissements
Pénitentiaires stipule :
« Le
Chef d’établissement organise la répartition des
détenus
entre les différents quartiers et différentes cellules de
son établissement
pour séparer impérativement les hommes des femmes, les
adultes des mineurs, les
violents des non violents en conformité avec une circulaire de
la Direction de
l’Administration Pénitentiaire sur le classement des
détenus et dans la mesure
du possible les condamnés des prévenus. »
Violences
faite aux Femmes En
Haïti, les
violences subies par les Femmes étant considérées
comme une affaire privée, ne
sont pas divulguées. Les Femmes sont battues,
maltraitées, violées, tuées et ne
sont pas prises en considération. Elles ont été
victimes de la généralisation
de l’impunité qui a prévalu et prévaut encore dans
le pays : les cas de
viols, de violence à leur endroit se sont multipliés et
les auteurs ne font
l’objet d’aucune poursuite judiciaire. De 2005 jusqu’au début de
l’année 2006,
au moins une cinquantaine de Femmes ont été tuées
par balles, parmi elles, des
mineures. Selon les informations recueillies auprès
d’organisations de Femmes
(SOFA, KAY FANM), six cent quatre vingt deux (682) victimes dont deux
cent
quatre vingt-sept (287) cas de viols et trois cent quatre-vingt-quinze
(395)
cas de violence physique ont été enregistrées pour
l’année 2005. On se rappelle
encore avec une acuité traumatisante des cas de Femmes qui ont
été enlevées,
violées, maltraitées et certaines fois tuées
après que leurs ravisseurs aient
sollicité des parents de ces dernières des sommes
mirobolantes. A titre
d’exemple :
Le 16
décembre 2005, Gislaine VALME, a été
enlevée après que son
mari ait été assassiné en sa présence. Son
corps sera retrouvé le 30 décembre
2005 après rançon ;
Le 28
février 2005, quatre (4) individus armés ont
pénétré chez la
mère d’Yveline ADRASSE, âgée de 17 ans, et les ont
violées. Le 2 mars 2005,
l’affaire est entendue par le Commissaire du Gouvernement Smith
LAFONTANT. Le
16 juin, Yveline ADRASSE fut enlevée par ses violeurs et son
cadavre a été
retrouvé le lendemain à la Morgue de l’Hôpital de
l’Université d’Etat d’Haïti
alors qu’une nouvelle comparution avait été fixée
pour le 23 juin 2005 ;
Le 31
juillet 2005, Linda MOISE infirmière, étudiante en
4ème
année au département du service social de la
faculté des Sciences Humaines de
l’Université d’Etat d’Haïti a été
assassinée à l’arme blanche en sa résidence
à
la plaine du Cul de Sac.
Le 24
décembre 2005, Ginou MONDESIR, âgée de 28 ans,
animatrice
vedette de Télé Max a été assassinée
par son conjoint Valdo JEAN.
Ces cas
et bien d’autres encore hantent les esprits par leur
caractère incrédule et cruel. Les responsables ne seront,
jusqu’à date, jamais
punis.
Recommandations
En
dépit de multiples engagements dans la lutte contre la violence
faite aux Femmes et l’aspiration à un meilleur traitement pour
ces dernières,
le RNDDH constate que la volonté politique réelle de
changer effectivement
cette situation est quasi inexistante. L’idée même de
l’établissement d’un Etat
de Droit en Haïti est contraire à cette pratique
d’exclusion sociale obsolète
qui sévit par rapport à certaines catégories de la
société, de par leur sexe et
leur situation socio-économique. Le RNDDH constate que la Femme
fait partie
d’une catégorie vulnérable dans la communauté
haïtienne en raison du fait
qu’elle est souvent ciblée.
A
l’occasion de le Journée Internationale de la Femme, le RNDDH
recommande aux autorités concernées de :
Combattre
toute forme de discrimination à l’encontre des Femmes et
des jeunes filles notamment la discrimination fondée sur
l’identité
sexuelle ;
Prendre
les mesures visant à sanctionner et éradiquer les
violences physiques orientées vers les femmes et jeunes filles
et le viol en
particulier ;
Tout
mettre en œuvre en vue d’améliorer les conditions de
santé et
l’octroi des soins de santé aux détenues ;
Accélérer
la comparution par-devant les instances judiciaires des
personnes en détention préventive prolongée ;
Défendre
et Promouvoir l’égalité et
l’équité entre l’Homme et la Femme.
Port-au-Prince
le 8 mars
2006
source