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Saint Martin et l'affaire du gendarme Clin


Par Jabiru

J'ai quitté Paris en 1997 et depuis, j'ai trouvé ici à St Martin ( île confetti de 85 km² ) une tradition locale très plaisante à vivre. C'est le respect de l'autre par le simple fait du sourire ou d'un salut de la main, quand on croise quelqu'un dans la rue, dans un mini bus collectif ou chez l'épicier du coin. Ici on se dit bonjour ! Ça existe toujours sur les chemins escarpés des montagnes et à Paris j'avais connu ça seulement en Mai 68.

L'intégration d'un Blanc France est impossible à st Martin s'il ne parle pas l'anglais et l'espagnol. Les données statistiques illustrent la diversité de la population de cette Babel insulaire. En 2005 il y a 81 500 habitants (46 500 du côté de Philipsburg + 35.000 du côté de Marigot). Sous le manteau de St Martin, une centaine de nationalités sont recensées. Au total 36. 210 étrangers (22.314 au Sud + 13.896 au Nord) soit 45% de la population.

Au palmarès des nationalités il y a d'abord 11 747 haïtiens francophones (5 400 + 6 347) puis 6 945 dominicanos (4 720 + 2 225) et 3 893 anglophones de l'île de la Dominique  (2 361 + 1532). Les familles originaires de ces trois îles voisines composent 62 % de la population étrangère.

Les Blancs France venus de la métropole sont environ 8 000, dont les fonctionnaires : les professeurs, agents hospitaliers et gendarmes qui perçoivent tous un bonus important sur leurs traitements. Ils sont riches. Les gens d'ici n'ont pas de carte bleue, c'est pour ça d'ailleurs que l'emploi de pompiste existe toujours dans les stations d'essence. Par contre il n'y a aucune école avec le triptyque Républicain sur le fronton d’entrée.

Je suis toujours très ému lorsque j'entends chanter le peuple noir. Le gospel, ce n’est pas triste comme les chants grégoriens. Ici l'amour de Dieu est incompatible avec la peur de l'autre. Déportés d'Afrique comme bien meuble et même si le Code noir a été contresigné par le Vatican, le peuple  noir aux Antilles a adopté la Bible. Ici, selon les générations les hommes célèbres sont Marcus Garvey, Toussaint Louverture, Delgrès, Martin Luther King, Aimé Césaire, Frantz Fanon, Derek Walcott Nelson Mandela, Bob Marley ou les rappeurs de B.E.T. ( Black Enternainement Television). Voici pour le contexte culturel qui se cristallise de génération en génération dans la conscience collective des antillais.

Ensuite il faudrait décrire les conséquences sur le tissu social St Martinois du boom démographique généré par la loi Pons à partir de 1985 dont l'objet est d'encourager la construction hôtelière dans les Dom par le jeu d'une défiscalisation des investissements. La commune de St Martin est passée de 8 000 hab. à 35.000 hab. en vingt ans, soit une croissance annuelle moyenne de + 20 %,.

Il y a dix ans de cela, les gendarmes participaient aux tournois de football. Aujourd'hui, la seule police de proximité est municipale. J'explique cela sur mon blog. [jabiru.blog.lemonde.fr] dans « Le gendarme et le vieux Baobab » en mentionnant les raisons pour lesquelles la force régalienne du gouvernement - c'est à dire 103 gendarmes  (dont 1/3 en rotation trimestrielle) - provoque un ressentiment réel dans
la population autochtone. Raphaël Clin était le seul gendarme à avoir appris le créole pour mieux se rapprocher du terrain. C'était un anti raciste.

Pour revenir sur sa mort accidentelle, les gendarmes ont désigné un Bouc  Emissaire en la personne de Darya Romanus, un rasta pacifique de 43 ans dit  « Reality », intégré à St Martin depuis 20 ans. Ses nombreux amis blancs attestent de sa moralité et de son engagement auprès de la jeunesse. Il chantait « Rastaman Chant » de Bob Marley sur le lieu de l'accident,  « I hear the angel with the seven seals says: Babylon throne gone down  One bright morning when my work is over Man will fly away home to zion "

dont la traduction française signifie : « J'entends un ange avec les sept sceaux dire : le trône de Babylone est  tombé  L'homme s'envolera vers Zion , un matin lumineux quand son travail sera  terminé »

Il est mis en examen pour outrage à fonctionnaire, menaces de mort, actes d'intimidation et propos racistes accompagnés d'une incitation à la haine raciale. Tant que ce bouc émissaire n'est pas jugé, il est prudent de ne rien conclure.