La
boucle est bouclée !

Par
Sylvie Osophé
J’ai
longtemps pensé que les rencontres via Internet étaient
synonymes de recherche
d’un ou plusieurs partenaires sexuels. En effet, il faut avouer que les
échanges sont souvent d’une qualité médiocre
très en dessous de la ceinture.
Pourtant, l’hiver 2000 mon amie et moi
avions
décidé de nous inscrire sur un site de rencontres afin de
nous amuser un peu
grâce à l’anonymat que permet ce procédé.
Cette
décision de nous inscrire m’est venue après un
événement qui s’est produit chez
Canal+.
Nous étions
invitées pour la première d’une
nouvelle émission. Il s’est avéré qu’un animateur
a carrément flashé sur ma
copine. Ils se sont échangés leurs coordonnées.
Comme elle ne se décidait pas à
le rappeler j’ai eu une idée : lui faire
croire que lui s’était manifesté.
De nature
blagueuse j’ai crée une adresse mail au nom de ce fameux
animateur et j’ai
envoyé un mail à ma copine sans qu’elle sache que
j’étais l’auteur. Du coup
elle me faisait participer à ces
échanges. Ce petit jeu m’amusait car elle y a cru dur comme fer.
Je suis allée
jusqu’à lui proposer un rendez-vous dans un endroit très
branché de la
capitale. Mon but était qu’elle s’y rende et découvre que
c’était moi l’auteur
de ces mails.
La vie en
a décidé autrement : j’ai commis l’erreur de faire
une faute d’orthographe
au nom de cet animateur. Elle a tilté au début et s’est
dit que c’était
volontaire. Malheureusement pour moi ce dernier s’est finalement
décidé à lui
écrire et j’ai dû lui avouer la supercherie, car elle ne
comprenait plus rien
persuadée qu’ils avaient déjà souvent
échangé et qu’ils étaient sur le point de
se rencontrer.
Cet
épisode nous a donc donné l’envie de nous encanailler en
nous inscrivant sur un
de ces fameux sites de rencontre.
Comme
tout le monde, nous avons exagéré notre sex appeal lors
de la rédaction du
message de présentation moi j’étais aussi voire plus
belle que Halle Berry et
Naomie Campbell (ce n’est pas loin de la réalité car
je suis une vraie bombe
sexuelle. Bref ne nous dispersons pas). Elle d’origine Marocaine a
insisté
sur son déhanché, ce déhanché que nous
pouvons admirer lors de leur fameuse danse
du ventre.
Cette
expérience qui devait nous divertir c’est avérée
très ennuyeuse : des mecs
qui n’avaient qu’une idée en tête, rencontrer
des filles pour une partie de
jambes en l’air.
Jusque là
tout rien d’anormal mais ils étaient d’une lourdeur avec leurs
questions à la
con du style : t’es comment ? : grande, petite. Quel est
ton
tour de poitrine ? Es tu plutôt ticket de métro ou
foret amazonienne pour
finir à la grande question est-ce que tu
suces ?
Nous
nous
sommes prises au jeu en les humiliant : et toi quelle est la
taille de ton
sexe plutôt grain de riz ou concombre car pour parler aussi
assidûment de sexe
tu dois avoir un petit pénis ou être éjaculateur
précoce. Ou encore tu dois
être vraiment trop moche pour
chercher quelqu’un sur Internet. Es tu sur de pouvoir bander dur
lorsque nous
nous verrons ?
Au bout
d’une semaine d’échanges aussi plats nous avions
décidé d’arrêter lorsqu’un
parmi cette meute s’est démarqué du lot : un homme
brillant
intellectuellement. Il n’a pas fait preuve de cette lourdeur bien qu’il
fut
clair sur ses intentions : avoir une relation purement physique.
Sa
franchise a suscité mon intérêt et j’ai donc
cherché à creuser un peu plus. Nos
échanges furent beaucoup plus profonds parlant de tout, telle que de la politique, de tel réalisateur
ou scénariste etc.
Cet
esprit brillant a fait naître en moi un sentiment amoureux alors
que
j’ignorais quelle était l’enveloppe
qui
l’entourait. Seuls comptaient ces
échanges qui éveillaient mon esprit. Il devenait
important que nous mettions un
visage sur ces voix respectives.
La
rencontre de visu fut empreinte
de maladresse voire de gaucherie
mais la magie était là. De
cette
rencontre est née une vraie histoire d’abord charnelle puis
amicale.
Le coté
charnel fut de courte durée car il semblerait que cet homme
malgré un membre
tout à fait honorable ne savait pas trop comment s’en
servir : éjaculation
plus que précoce qui ont fini par créer de nombreuses
frustrations que j’en
arrivais au point de refuser les relations sexuelles de crainte de
connaître
encore et encore ce sentiment de frustration. Résultat mon bel
étalon est
devenu un grand adepte de la branlette allant jusqu’à la
pratiquer plus de 10
fois par jour.
Ce qui
devait arriver arriva : lassée de ces frustrations
quotidiennes et mes
hormones me titillant je me suis rapprochée d’un étalon
qui a su lui me faire
voyager. Néanmoins mon esprit brillant me manquait. J’ai mis
donc fin à cette
relation purement sexuelle pour revenir vers mon créateur de
frustrations.
Pourquoi ai-je fait ça ? Car bien évidemment, j’ai
connu à nouveau ces
frustrations. Je commençais à peine à prendre mon
pied que lui s’était déchargé
de sa semence. Disons que les sentiments étaient plus forts que
le plaisir. Je
dois quand même lui reconnaître une chose : il m’a
appris à bien connaître
mon corps hé oui quand on se masturbe pour se faire du bien on
apprend à se
connaître.
Cette
relation ne fut pas linéaire bien au contraire elle fut
ponctuée par beaucoup
de hauts et de bas mais au final ce lien qui nous unissait était
toujours
intact.
La vie
avec ses lots de surprises a fait que nous routes on du se
séparer tout ceci à
cause de problème d’argent. En effet, sans
réfléchir j’ai accepté de lui prêter
une certaine somme d’argent et je me suis très vite
rétracter compte tenu de la
somme. Ce qu’il n’a pas apprécié considérant que
je n’avais pas confiance en
lui et que je le considérais comme un vulgaire copain.
Mais tout
en ayant chacun notre vie de notre coté nous étions
toujours présents l’un pour
l’autre au grand désespoir de mes compagnons qui ne comprenaient pas
qu’un tel lien nous unisse.
Mais peu
m’importait j’ai vu en mon
brillant esprit mon ange gardien celui qui a toujours
été la pour partager
mes joies et mes peines. Me conseillant lorsque je baissais les bras ou
me
détournais du droit chemin. Je me rappelle une fois ou dans mon
travail on m’a
proposé une promotion que j’étais prête à
refuser ne me sentant pas à la
hauteur considérant cette promotion comme un cadeau
empoisonné. Je lui en ai
parlé et il m’a dit que ma raison de refuser était
stupide et que je devais
accepter cette promotion. Que je n’imaginais pas ma chance :
très peu de
black à mon âge (à l’époque j’avais à
peine 27 ans) ont cette chance de pouvoir
accéder à un poste à responsabilités avec
un tel salaire. Qu’il m’aiderait si
j’avais un souci. Heureusement qu’il fut là car j’ai
accepté cette promotion et
je m’en suis sortie sans son aide et de façon brillante.
Il y a
chez lui un coté très intuitif. Alors que durant nos
« bas » (c’était
quelqu’un de très fier qui n’acceptait pas la moindre
réflexion et j’ai le
défaut de ne pas savoir tourner ma langue dans ma bouche avant
de parler et de
lui dire certaines vérité telle que c’est un
fainéant il a beau avoir fait de
très grandes études mais il n’est pas capable de trouver
un travail qui
corresponde à ses diplômes et qu’il se permet d’être
aussi fier).
Comme je
le disais lors de ces bas nous pouvions rester 3 mois sans nous parler,
mais il
savait que je n’allais pas bien et se
manifestait. J’ai eu froid dans le dos la première fois que cela
s’est produit.
Un jour il m’envoie un mail en me disant qu’il avait rêvé
de moi et que
j’allais faire une bêtise et qu’il ne fallait pas que je prenne
une décision
trop hâtive mais il ne savait pas de quoi il s’agissait. Il
s’avère que j’étais
effectivement en pleine réflexion sur un choix de vie à
opérer et que la
réponse devait être imminente. A priori j’ai fait le
mauvais choix puisque
quelque mois plus tard J’ai eu une déconvenue. Son ressenti
avait été bon.
La vie, pour
des raisons personnelles et
professionnelles m’a poussé à vouloir changer de vie. En
effet, je vivais une
période difficile : une relation sentimentale très
difficile alliée à un
certain mal aise au travail (j’ai du changer de service et je suis
tombée sur deux
femmes aigries qui ont tout fait pour me démolir en me faisant
perdre toute
confiance en moi). J’ai donc décidé de partir à
l’étranger en prenant une année
sabbatique.
Au même
moment mon esprit brillant traversait une phase difficile.
Ne
voulant pas rendre mon appartement, je lui proposais donc d’y rester contre une modique somme afin de lui
permettre de souffler un peu. Ce qui nous convenait à l’un et à
l’autre.
Cinq
hivers plus tard, que s’est-il donc passé pour que d’un
sentiment d’être
spécial l’un pour l’autre nous en soyons arrivés à
un sentiment de pure
indifférence ?
La fin de
cette belle histoire devait-elle arriver ?? Peut-être
car comme j’ai été dans l’attente
de nos échanges lors de notre rencontre sur Internet j’attendais
un signe de sa
part lors de mes moments difficiles.
Mais pour
la première fois cet automne il n’a pas su voir que j’avais une
mauvaise passe et
ne s’est donc pas manifesté. J’ai la faculté à
cacher aux autres mes moments
« difficiles » et lui ne s’y trompait jamais.
Je fus
surprise qu’il ne se soit pas manifesté car il était
toujours dans le vrai à
chaque mauvaise passe. Je ne sais pas si inconsciemment j’attendais son
aide
mais il ne s’est pas manifesté. Et j’avoue que je fus
déçue.
Mon
retour dans mon appartement n’a pas été celui
escompté. Je suis rentrée un 1 janvier
m’attendant à trouver mon appartement dans l’état dans
lequel je l’avais laissé.
Il en fut tout autrement dès que j’ai ouvert la porte je fus
saisie par l’état
de désordre général qui y régnait. Le
summum fut l’état de saleté : les
moutons de poussières, la couche de graisse qui s’est
incrustée un peu partout,
je me suis effondrée en larmes.
J’ai pris
mon téléphone et je l’ai incendié au
téléphone. Lorsqu’il est venu à la maison
je l’ai insulté de porc, d’irrespectueux et je lui ai
demandé de dégager de
chez moi sans me soucier de l’endroit où il allait dormir vu
qu’il avait rendu
son appartement pour habiter chez moi durant mon absence.
Bien que
je reste persuadée que ma réaction fut justifiée
les mots employés eux ne
furent pas adéquats. En effet, je suis allée très
loin, je l’ai humilié en
appelant mes amis qui le connaissaient alors qu’il était
à coté de moi et je
décrivais l’état de mon appartement. J’ai exprimé
un certain dégoût en touchant
ses affaires comme si il avait une maladie contagieuse.
Des
excuses furent faites (j’ai éprouvé le besoin de
m’excuser car selon moi ma
réaction fut disproportionnée et surtout j’ai beaucoup
d’affection pour lui
c’est quelqu’un qui compte pour moi) mais elles n’ont pas permis de
conserver
ce lien fort qui nous unissait (il a très mal pris mes
réflexions me disant que
j’ai été méchante voire humiliante tout ça
pour de la poussière).
La fin de
l’histoire semble inéluctable : cinq hivers
plus tard nous en arrivons à la fin du
livre :
il ne veut plus me parler ni même me voir. Nos échanges se
font uniquement par
sms afin de régler les derniers détails. Depuis un mois
nous n’avons plus aucun
contact.
Toutefois
une petite voix intérieure me dit
que
cela ne sera peut-être pas notre
dernier
hiver.
La neige
ne demande qu’à fondre pour à nouveau devenir eau afin de
continuer à couler et
nourrir cette amitié. Tout n’est une question de temps !!!!
Sylvie
Osophé
Paris le
26-02-06