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La page blanche

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Jean S. Sahaï

La page blanche a horreur du détritus agonisant, mais combien s'y rejettent, pour la faire patauger dans leur dédale. Or, toi  magistrale maîtresse qu'intimide le blanc feuillet, tu n'es point de  ceux-là, je le sens, je le sais, je le soupèse et t'en suis gré. La  tendresse qui convient à l'être de plume attablé à son art ne devient  feu et cri que si l'élan du corps prend appui sur la ressource de l'âme-être. Bois vert en envolées ou prises de son musclé se dérobent alors des conciles de nuit où le rayon astral s'infiltre entre nos  pensées pour ébruiter les mille secrets du large, du profond et de  l'élever. De dérobade en écriture l'auteur se met en devoir d'obtempérer et de tracer. Mais le fin fil de l'écriture parfois ténu parfois tenace n'est loquace que tout nu. Et tout entretenu de propos  dérisoires il nous file entre des doigts transis quand nous encrons ancres sur vélin nautiques.

Coriace est l'effort qui permet de s'abandonner au souple délire d'enfreindre freins et tanguer dru sur le flot inconnu d'un sobre et  sombre papyrus vierge.

Puisses-tu écrivaine devenir l'auteure sans atermoiements qui puise dans l'air de source le fin zéphyr incontenu. Verse ta prose en ridules dorées qui frétilleront sous nos yeux ébahis et scintilleront  sur les pontons, au fronton des podiums, au sillage des caravanes, et  jusques aux confins des caravansérails... Car, mansuétude, l'augure  filaire n'importune que l'être attaché, attachante promesse de rêve consolé et de perlures glacées du candi de nos rencontres. Presse le temps joli, bois son nectar pruné, force le diadème qui dort à se  priver de lumière pour t'auréoler de créatrices soies, de plumes porteuses, d'écritures qui palpitent. Aux confins du bois d'un tendre  vert fugace, se tient devant toi le portail muré d'un voile  évanescent et translucide. Ouvre ton souffle rafraîchi à cette parole  mûre, transgresse le faux silence et, car tu le peux, porte-nous bon  heur. 

Jean S Sahaï