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Le 20/10/200.


été

Bonjour L...

Cela fait bien longtemps que nous nous sommes vus, pourtant le temps n’a point affecté  les traces de ton souvenir et bien que tu fusses absente, tu fus présente tout le long de ces années. Et combien de fois, n’ai-je pas espéré t’apercevoir  te promenant dans une galerie marchande, combien de fois n’ai-je, pas espéré rencontrer ton sourire au détour d’une rue : en vain !

Et aujourd’hui, une force irrépressible me pousse à t’écrire cette lettre, le jour de ton 38 eme anniversaire. J’aurai pu le faire avant, n’avoir jamais l’envie,  me reposer sur les aléatoires  du hasard, mais à partir du 15/10, un besoin impérieux s’est mis à me tarauder l’esprit, m’emplissant de toi, jusqu’à aller rechercher ton image dans l’album de photos. J’ai tenté de rationaliser cette pulsion, j’y ai vu le syndrome de la quarantaine,  je me  suis interrogé  sur ce moment charnière de notre vie, ce moment où l’on  est supposé faire un retour sur le passé.   J’ai essayé de me raisonner me disant :  la personne que nous étions jadis n’est plus.

Le temps ayant inexorablement construit des  gens nouveaux. Nous avons procréé depuis, enfoui certains souvenirs, magnifié d’autres, tué des talents, découvert d’autres. La vie nous a créés de nouvelles aspirations, transformé l’artiste polyglotte en chef d'entreprise, l’artiste en juriste.

Je suis bien conscient que la jeune femme faible-forte et fragile-dure que j’ai connue s’est forcie, elle n’est plus. Le jeune homme présomptueux et prétentieux que tu as connu, n’est plus. Nous avons bâti nos existences à partir de nos échecs et nos réussites, mais surtout en fonction de nos manques d’enfance : argent et sécurité – amour et tendresse.  Ces manques ayant été comblés ou relativisés, nous ont permis de passer à autre chose. Mais tous mes raisonnements n’expliquaient pas le pourquoi. Alors j’ai cessé de cogiter, de réfléchir et je suis laissé envahir par mes sentiments et la réponse s’est imposée d’elle-même : tu me pesais sur la conscience. Car je me souviens que mon attitude à ton égard fut équivoque voire détestable. Je m’étais persuadé pendant longtemps que nous ne prîmes aucun engagement l’un envers de l’autre, surtout il y a un mot que jamais nous  ne nous dîmes, mais j’avais compris depuis bien longtemps que ta patience et tes attentions le laissaient supposer.  Et j’en suis d’autant moins fier de moi, sachant que la dernière fois ou je t’ai vu, fut un moment d’humiliation et souffrance pour nous et ceux qui nous entouraient. J’aurais voulu que ce moment ne fût jamais advenu.

J’aurais voulu te dire que tu ne fus pas pour moi pendant ces  années une passade, une quantité négligeable. Je t’ai aimé, je t’ai aimé plus sûrement que tu aies pu le croire et si notre relation fut inaccomplie c’est que j’avais mis des barrières de couleur là où il ne devait pas y en avoir.

Donc, il fallait que  tu le saches : tu as été importante pour moi et les moments passés le furent tout autant. Alors, pour tout ce que je n’ai  pas su, voulu ou pu te dire ; pour tout l’embarras et les gênes que je t’ai causés, pour les dix ans d’exil  que tu t’es imposé en Asie, à l’autre bout du monde suite à notre rupture,  je te demande de me pardonner.

Sois heureuse et épanouie, que l’amour des tiens te garde, que Dieu veille sur toi,  and i hope in this moment to see a smile on your lips.

Merci de m’avoir lu.

Bien à toi

M.. T.