Saint-Martin
(Antilles) Après la mort accidentelle d'un gendarme :
mensonges, racisme et manipulation de l'opinion

Le 12
février
dernier, sur une route de Saint-Martin, île située au nord
de la Guadeloupe,
deux gendarmes traquaient une éventuelle course de motos (un
"run").
Ce jour-là, il n'y eut pas de "run", mais l'un des gendarmes,
entendant une moto arriver, voulut intervenir, se mit au milieu de la
chaussée
et fut renversé par le motard qui ne put l'éviter.
Transporté à l'hôpital, le
gendarme devait décéder de ses blessures.
Ce qui était un tragique accident de la circulation prit
rapidement l'allure
d'une affaire scandaleuse. La femme de la victime, soutenue par les
collègues
gendarmes et militaires de son mari, affirma que les témoins de
la scène ne lui
avaient porté aucun secours, et prétendit même
qu'à l'hôpital, des personnes
s'étaient réjouies de sa mort. Des médias locaux
ainsi que des médias de la
métropole reprirent cette version, laissant entendre qu'il
s'agissait d'une
nouvelle manifestation du prétendu racisme anti-blanc de
certains Antillais.
En réalité, cette version des faits est un tissu de
mensonges, non dénués
d'arrière-pensées. Selon les témoignages dont fait
état le Comité de soutien du
jeune motard impliqué dans l'accident, le gendarme, en entendant
la moto
arriver à vive allure, aurait sorti son arme et se serait mis au
milieu de la
chaussée à environ 200 mètres d'elle, ce qui fait
dire à un notable, témoin de
la scène, que l'accident était inévitable.
D'autre part, de nombreux témoins ont affirmé à
des journalistes et à des
avocats qu'il n'y a jamais eu de propos racistes, ni sur les lieux de
l'accident ni à l'hôpital. Ce qui n'empêche pas la
veuve, les amis du gendarme
et surtout "l'Association de défense des droits des militaires"
de
dénoncer la population qui n'aurait montré
qu'"indifférence, injure,
outrage et haine raciste devant le gendarme agonisant", ajoutant que
l'annonce de sa mort aurait donné lieu à "des
scènes de réjouissance
collective". Rien de moins!
Les démentis formels et publics du docteur Bartoli,
appelé à l'hôpital pour
pratiquer des examens, n'y changeront rien. C'est la version
mensongère,
délirante et raciste de l'association des militaires,
immédiatement soutenue
par la ministre de la Défense Alliot-Marie, qui a
été relayée par les chaînes
de télévision. Ce qui évidemment provoqua un
certain émoi.
Face à cette campagne de manipulation de l'opinion, un
comité de soutien au
jeune motard (lui-même grièvement blessé dans
l'accident), aux témoins de l'accident
et aux populations de Saint-Martin s'est constitué. Il entend
dénoncer la
campagne raciste et la récupération corporatiste
orchestrée par l'Association
de défense des droits des militaires. Il exige également
que l'enquête soit
confiée à un autre corps que la gendarmerie qui ne
saurait être juge et partie
dans cette affaire.
Pour l'instant, les médias, si prompts à relayer la
thèse des gendarmes, n'ont
guère fait écho aux propos de ce comité, ni aux
nombreux témoignages qui
viennent contredire la version des militaires. Ce qu'on voudrait faire
passer
pour de l'information objective, n'est qu'une abjecte manipulation de
l'opinion.
R. M.