Haiti :
Funérailles symboliques d’un chef de bande En présence de
plusieurs milliers de ses partisans, des funérailles
symboliques du tout puissant chef de bande Emmanuel Wilmé dit
« Dread Wilmé »
ont été chantées le 9 juillet à Cité
Soleil.
Les
journalistes présents ne pouvaient pas s’assurer que sa
dépouille se
trouvait effectivement dans le cercueil. Ce dernier demeurait
fermé et était à
un certain moment porté dans une ambiance de carnaval par
quelques-uns des
lieutenants du défunt.
C’est une organisation
dont on ignorait l’existence jusqu’ici,
« Jeunesse en mission », qui avait annoncé
les obsèques de Wilmé pour
le 9 juillet. Mais l’ancien maire de Delmas (nord de Port-au-Prince)
Ernst
Erilus avait qualifié cette annonce de farce, arguant que des
partisans de
Wilmé avaient immergé sa dépouille depuis le 7
juillet dans le plus grand
bidonville de Port-au-Prince.
Le chef de gang, proche
de l’ancien président Jean Bertrand Aristide,
avait été tué, selon ses partisans, le 6 juillet
dernier, lors d’une opération
de grande envergure conduite par la Mission des Nations Unies pour la
Stabilisation d’Haiti (MINUSTAH) à Bois Neuf. Mais la force
ONUsienne et la
Police nationale d’Haïti se sont gardées de confirmer son
décès.
Au cours de ses
obsèques symboliques, les partisans de « Dread
Wilmé » ont vanté les prétendus
qualités de celui-ci, arrivant jusqu’à
comparer le chef de bande à Charlemagne Péralte,
héros haïtien dans la lutte
contre l’occupation américaine, au cours de la première
moitié du vingtième
siècle.
Parmi les participants
et intervenants à cette cérémonie des
obsèques,
qui ressemblait beaucoup plus à un rassemblement politique,
figuraient
plusieurs lieutenants de Dread Wilmé activement
recherchés par la Police, dont
le nommé Amaral.

Les partisans de
Wilmé ont promis de poursuivre leur combat jusqu’au
retour physique en Haïti de l’ancien président Jean
Bertrand Aristide. Certains
d’entre eux ont repris des métaphores auxquels recourait le
leader lavalas à la
fin de son règne, comme par exemple celui prédisant qu’il
fera nuit, de jour
comme de nuit, quand la flamme de l’espoir sera éteinte.
Les lieutenants de
Wilmé ont par ailleurs gratifié l’assistance d’un
message préenregistré de Jean Bertrand Aristide, vivant
en exil en Afrique du
Sud, destiné à ses partisans. Dans cette
déclaration, Aristide a fait savoir
que l’Afrique du Sud a été terre d’asile du
résistant anti-impérialiste indien
Ghandi, qui y a entamé sa lutte pour la libération de
l’Inde en 1947.
Un diplomate
américain de haut rang avait accusé le 23 juin dernier
l’ancien président Jean Bertrand Aristide d’alimenter la
violence en Haïti et
avait fait savoir que Washington avait fait part de son
inquiétude à l’Afrique
du Sud, terre d’exil du leader lavalas.
« Nous
savons que ses partisans reçoivent des instructions
directement de sa voix et indirectement à travers ses acolytes
qui communiquent
avec lui personnellement en Afrique du Sud, avait déclaré
Roger Noriéga,
secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires
hémisphériques.
Le Comité des
Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles (CARLI)
a exprimé « sa plus vive préoccupation face
à l’usage abusif de la force
en vue de résoudre les problèmes de la violence en
Haïti ». Selon l’organisme,
« plusieurs dizaines de maisons de familles pauvres (...)
ont été criblées
de balles », occasionnant « la mort de plusieurs
membres de la
population civile ».
Le CARLI exige de la
police et de la MINUSTAH « des explications
détaillées sur les évènements du mercredi 6
juillet 2005 à Cité Soleil ».
Suite à
l’opération de la police et de la MINUSTAH à Cité
Soleil, des
témoignages rapportés par la station privée Radio
Kiskeya ont fait état d’actes
de représailles des partisans de Wilmè contre la
population, faisant état de
plus de 60 morts.