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Et pan sur le bec !

marionnette

  Claude RIBBE

Coup dur pour les emplumés du «Conseil représentatif des arrivistes noirs». Non seulement l’Outre-mer est plus difficile à croquer qu’ils ne le pensaient, mais les Afro-Français ne sont pas aussi soumis que ne le croient certains politiques. Tout était pourtant bien parti pour que le 10 mai se transforme en carnaval. Mais, face à la mobilisation à laquelle votre serviteur n’est pas complètement étranger, les hautes sphères ont prudemment fermé le robinet à finances et elles ont bien fait. Point d’argent, point de fête. Etrillé, le triumvirat Lozès-Tin-Ndiaye fait de nécessité vertu et susurre que le projet est annulé. En réalité, ledit projet a été touché en plein vol par un missile domien dont le tir était bien ajusté. Mordious, quel carton ! Quel feu d’artifice ! Mais la lutte continue. Tant que la bête bouge encore, il n’y aura pas de trêve...

La mobilisation contre le Cran prend en effet aujourd’hui une allure d’union sacrée. Non seulement - c’est moi qui vous le dis- les associations d’outre mer les plus représentatives ont oublié leurs vieilles querelles et marchent comme un seul homme contre les usurpateurs, mais elles marchent au côté des Africains, ce qui est une grande première. Et visiblement, ce n’est qu’un début. Autrement dit, le Cran a réussi la mobilisation escomptée, mais à ses frais. «On ne peut réduire le problème des noirs [je supprime l’infâme majuscule du Monde] à une question socio-économique et nier sa dimension raciale» expliquait le cuistre Tin dans une interview donnée fin novembre. Il ne manque pas d’air, ce petit bonhomme. Quoi de plus clair ? Ces messieurs, téléguidés et financés par des lobbies racistes, annonçaient franchement la couleur. Au xxie siècle, un mouvement créé au nom de la race, il fallait oser ! Le seul avantage de l’initiative était, pour les uns, terrorisés par les rodomontades du négrophobe Finkielkraut, de faire pièce à une prétendue menace antisémite venue de la «communauté noire», pour les autres de faire monter l’extrême-droite de deux ou trois points afin d’assurer à Le Pen une présence au second tour en 2007. Un jeu pourtant dangereux, comme on l’a vu au soir du 21 avril 2002. Un jeu auquel certains pourraient se brûler les ailes. Car la ligne de partage est désormais claire. Ou bien l’on souscrit à une vision raciale ou bien l’on refuse ces schémas d’un autre âge. Autrement dit : qu’ils se disent de droite ou de gauche, les politiques qui auront accepté de réduire la mémoire de l’esclavage à une question noire s’exposent à de cuisantes déconvenues car, pour avoir voulu se ménager à bon compte un vote nègre, c’est bien tout le contraire qui pourrait se produire.


En attendant, j’appelle les Français de l’Outre-mer comme les Français d’Afrique à une grande démonstration de force contre la bêtise raciste, contre l’émergence d’une prétendue "question noire" et contre les manœuvres de tous ceux qui veulent confisquer aux descendants d’esclaves leur mémoire légitime. N’oublions jamais que ce sont les ravages causés par l’esclavage et non la couleur de peau qui unit fraternellement l’Afrique et sa diaspora. N’oublions jamais que l’esclavage est un crime contre l’humanité et que cette humanité est à la fois multicolore et indivisible.