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Les
nouveaux "visages pâles"

par
Stéphanie
André
Le
phénomène de décoloration de la peau
entraîne des problèmes
de santé majeurs. Cette pratique devient de plus en plus
courante en Haïti. Des
jeunes filles et de nos jours de plus en plus d'hommes utilisent des
produits
de blanchiment, parfois à outrance. Les effets secondaires les
plus visibles
sont : visage brûlé au second degré, vergetures sur
les seins, la poitrine et
les cuisses...

Une jeune
femme noire utilisant les produits
éclaircissants
Il est environ 1h pm. Un soleil de plomb. On est sous les
tropiques. C'est donc normal. Une jeune femme d'environ une vingtaine
d'années
attend un bus sur la route de Lalue. Les paupières
gonflées, les yeux rougis.
Ne pouvant supporter les rayons du soleil, elle se protège les
yeux de ses
mains. Elle porte un T-shirt qui laisse entrevoir le haut de sa
poitrine
lacérée d'énormes et disgracieuses vergetures.
Tout au long de ses bras, on
pouvait compter ses vaisseaux sanguins. On la croirait malade. Mais
d'une
maladie dont elle est la principale artisane. Due à
l'utilisation des produits
de blanchiment de la peau tout court.
Ce phénomène, depuis plus d'un quart de siècle,
est devenu,
en Haïti, un problème de santé publique majeure. En
dehors des produits
cosmétiques, des solutions artisanales sont aussi
utilisées préparées notamment
avec du sel de mercure, de l'eau de javel, de défrisant et de
shampooing.
Le cancer de la peau, la mycose, la leucémie, la cataracte,
l'inflammation de la cornée, la conjonctivite, la gale,
l'abcès, l'érysipèle,
le diabète, l'hypertension, l'ulcère de l'estomac, la
freination
hypotalamo-hypofuso-surrénalienne sont autant de maladies
résultantes des
produits « cosmétiques » utilisés dans le
processus de la décoloration de la
peau. L'ampleur de ce nouveau phénomène de
société est devenue assez
inquiétante.
Un traumatisme
postcolonial
La couleur de notre peau détermine notre identité;
vouloir la changer ou la modifier fait sombrer plus d'un dans une crise
d'identité. Comme les modèles du beau sont forts souvent
associés au « blanc »,
du coup, être métissé confère une certaine
supériorité.
Répondant à
nos questions, une vendeuse de
produits cosmétiques, qui elle aussi, n'est pas exempte de
l'usage excessif de
ces produits, a confié les avoir utilisé, parce que non
seulement les hommes
préfèrent les femmes au teint clair, mais encore la
supériorité revient aux
gens de couleur donc ellea très peur d'être rejetée.
Selon un psychologue
français, Ferdinand Ezembe,
cette attitude des noirs par rapport à la couleur de leur peau,
procède d'un
profond traumatisme post-colonial. Le blanc serait donc le
modèle supérieur, le
teint clair serait devenu un critère de valeur dans ces
sociétés.
D'après lui, ce sont
les pays aux passés coloniaux
les plus brutaux qui affichent davantage une attirance pour les peaux
claires.
L'allégorie même des couleurs dans l'univers
chrétien où le noir s'oppose
toujours à la pureté du blanc affecte les peuples noirs
dans leur inconscient.
Toutes les sociétés noires subissent le joug du culte de
la blancheur.
Un
problème culturel
Des
crèmes de blanchiment à
base d'hydroquinone en vente au centre- ville (Photo: François
Louis)
Ces colonisateurs, en dehors
des infrastructures,
nous ont laissé des modèles culturels qui ont
influencé profondément nos goûts
et nos valeurs. La race blanche représente la
référence en matière de beauté.
Ce rejet de notre identité physique et biologique est en partie
dû à cette assimilation des préjugés
occidentaux. Cependant, les femmes noires
ne se rendent pas compte des dangers concrets que le blanchiment de la
peau
fait courir à leur santé psychologique.
Cette idée que le
blanc est « beau » est au départ un racisme
culturel, comme quoi, le « blanc » est meilleur, donc est
officiellement
supérieur.
Le phénomène
du blanchiment de la peau traduit une haine de
soi, une auto dévalorisation, un autoreniement parfois
inconscient. Cette crise
identitaire relève d'un profond complexe
d'infériorité.
Couleur de la
peau : équilibre naturel
La pratique du blanchiment
de la peau, en plus du
déséquilibre psychologique qu'elle permet de
déceler, a-t-elle des effets sur
la santé physique?
L'épaisseur de
l'épiderme, la structure du derme,
sa vascularisation, la distribution de la pigmentation, la
densité des poils,
varient selon les races.
Vouloir les changer
conduit à une auto extermination de la
race noire. Ces qualités d la peau sont universellement
reconnues, les paramètres
environnementaux ont une grande importance dans la couleur de chaque
individu.
Produits et
procédés

Des
savons éclaircissants en vente à l'étalage
(Photo: François Louis)
« Au niveau de
l'épiderme, ces produits provoquent
une atrophie cutanée. La peau perd de son épaisseur, ce
qui la rend très
vulnérable aux rayons nocifs ultraviolets A et B du soleil.
Risques: conjonctivite, cataracte, inflammation de la
cornée, vieillissement prématuré, gale, mycose,
érysipèle... » Ces risques
auxquels sont exposés les pratiquants de la décoloration
de la peau peuvent
être mortels, a indiqué un médecin.
Certains produits contiennent des corticoïdes
(anti-inflammatoire) très nocifs pour la santé tels que :
le dermovat, le
diprosome, le diproson, le ténovat, le movat, l'alogue,
l'épithopique. Tous ces
produits sont très forts, cependant le dermovat est
considéré comme le plus
puissant. D'autres contiennent de l'hydroquinone (antiseptique).
Le quinacore, destiné à soigner les rhumatismes, est
aussi
utilisé dans le processus de blanchiment de la peau. L'injection
de ce produit
blanchit certes la peau, mais selon des sources médicales, il
affaiblit le
système immunitaire au point de le rendre vulnérable aux
agressions les plus
bénignes.
Tous ces procédés entraînent la destruction de la
mélanine,
pigment brun foncé qui donne la coloration normale à la
peau et lui donne une
protection naturelle contre les rayons x du soleil. Privées
ainsi de vitamine
D, la peau est vulnérable à toutes les agressions
solaires. Par ailleurs, la
cicatrisation des blessures devient compliquée, ce qui peut
être fatal après
une opération chirurgicale.
Le phénomène de blanchiment de la peau
est apparu
en Afrique à la fin des années 60. Les pays les plus
touchés sont le Sénégal,
le Togo et le Mali avec respectivement 52%, 58% et 25% de pratiquants.
En Haïti on retrouve
des
appellations comme « grimèl famasi, grimèl
bobistò, belles de nuit... », au
Sénégal elles sont appelées « xeesal
», « bojou » au Bénin, « tchatcho
» au
Mali, kobwakana ou kopakola dans les deux (2) Congo.
Les plus grands exportateurs de produits de blanchiment sont
le Nigeria, l'Afrique du Sud, la France, la Grande Bretagne et les
Etats-Unis.
Le rêve
d'Hitler
Aujourd'hui, plus
besoin
de dictateur, d'armée comme l'avait
fait Hitler dans les années 1939-1945. Lorsqu'il rêvait
d'une terre où tout le
monde serait blanc car pour lui c'était le modèle de la
race supposé
supérieure. Plus de soldats. Des publicitaires, des hommes
d'affaires qui ne
cherchent que l'argent. La santé publique et mentale des gens
est le moindre de
leur souci. Hitler, s'il était vivant, serait mort de rire.
Notice bibliographique
www.grio.com
www.ekodafrik.net
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