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Lutte contre le
sida: le sursaut de la Guyane
Prise en charge
des patients, préservatif... une enquête
brosse un tableau encourageant dans le département le plus
touché de France.
Par Eric FAVEREAU
C'est la bonne nouvelle, celle que l'on
n'attendait pas vraiment.
Depuis des années, sur le front du sida en Guyane, on avait pris
l'habitude de
dire que la situation y était «catastrophique».
Ne parlait-on pas d'une
épidémie à l'africaine ? Premier
département de France touché avec six fois
plus de cas par habitant qu'en métropole,
l'épidémie y est comme sur le
continent noir essentiellement hétérosexuelle,
très liée à la précarité. Et
quand on évoquait à Cayenne le sida, une image
s'imposait, celle d'un des
quartiers les plus pauvres : la Crique. Images-clichés d'un pays
du
tiers-monde, avec des baraquements sans fin en tôles
ondulées, des rues
défoncées, des égouts qui débordent.
Là s'y concentre une grande partie de la
prostitution. Un monde presque réglé : les
Brésiliennes travaillent dans les
bars, les Haïtiennes dans la rue, les Dominicaines ont des
chambres qui les
attendent.
«Moyens». Or l'Observatoire régional de
santé de
l'Ile-de-France a rendu publique cette semaine une étude (lire
ci-contre)
inédite sur «les connaissances, attitudes, croyances,
et comportements face
au VIH» aux Antilles et en Guyane. Et le constat est
très encourageant. «Il
y a une amélioration claire, et très nette, dans la prise
en charge des
patients depuis cinq ans», a ainsi expliqué Sandrine
Halfen, responsable de
cette vaste enquête. «Entre 1992 et 2004, il y a eu des
améliorations
majeures, tant sur les connaissances que sur l'usage du
préservatif. En Guyane,
à la différence de ce qui se passe en métropole,
on ne peut pas dire qu'il y a
un phénomène de banalisation de
l'épidémie.» En termes de traitement, la
grande majorité des patients sont soignés,
reçoivent des trithérapies. Et les
résultats cliniques sont bons, les mêmes qu'en
métropole. «Quand on se donne
les moyens, cela marche», a noté le professeur
Jean-François Delfraissy,
directeur de l'ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida et les
hépatites).
Une première enquête avait
été faite en
1992 en Guyane et aux Antilles. Réalisée douze ans plus
tard, celle-ci devait
permettre non seulement de décrire la situation actuelle, mais
également de
suivre l'évolution. «Entre 1992 et 2004, les
populations se sont davantage
appropriées les connaissances relatives au VIH, est-il
noté dans le rapport
de synthèse. Aujourd'hui, 97 % des habitants savent que le
VIH peut se
transmettre au cours d'un rapport sexuel sans préservatif, 96 %
lors d'une
piqûre de drogue avec une seringue déjà
utilisée.» Sur le même registre, «le
VIH constitue en 2004 un sujet de préoccupation majeure parmi
les populations.
Les habitants de ces régions sont beaucoup plus nombreux
à se déclarer très
concernés par les campagnes d'information et de
prévention qu'en métropole. Il
existe une crainte beaucoup plus forte qu'en métropole».
Ainsi l'usage du
préservatif est-il en hausse : les personnes sont bien plus
nombreuses à les
utiliser qu'en 1992. On est passé de 70 à 85 % chez les
hommes, et de 50 à 72 %
chez les femmes.
Deuxième volet : les
comportements à
risque. Ils sont en diminution régulière, mais ils
restent importants. «En
ce qui concerne l'âge au premier rapport sexuel, les
données montrent une
entrée dans la sexualité plus précoce des hommes,
comparée à ceux de la
métropole» : 50 % des hommes en métropole ont
leur premier rapport avant 17
ans, en Guyane c'est aux alentours de 15-16 ans : pour les femmes c'est
un
voire deux ans plus tard. Précocité, mais aussi recours
plus régulier à la
prostitution.
Décalage. Malgré une baisse dans les
dernières années, les
hommes de Guyane (ainsi que ceux de Guadeloupe) sont plus nombreux
qu'en
métropole à fréquenter des prostituées. Au
cours des cinq dernières années, le
taux s'élève à 7 % contre 3 % en métropole.
Même tendance et même décalage
autour du mulipartenariat, là encore beaucoup plus
fréquent en Guyane qu'en
métropole. «A 45-54 ans, 21 % des hommes ont
été multipartenaires dans
l'année, contre 7 % en métropole.» Plus d'un
homme sur dix a indiqué avoir,
«en ce moment», plusieurs partenaires
contre moins de 3 % en métropole.
Les auteurs de l'étude pointent
au passage
le cas des personnes âgées. Car manifestement, l'âge
ne réduit pas les prises
de risque : entre 55 et 69 ans, 16 % des hommes ont
déclaré avoir eu plusieurs
partenaires dans l'année, soit un taux deux fois
supérieur à celui de la métropole.
«Chez les multipartenaires âgés de 45
ans à 69 ans, l'utilisation du
préservatif est très insuffisante : à peine un
homme sur deux dit en avoir
utilisé, l'année écoulée. Soit trois fois
moins qu'un homme entre 18 et 44 ans».
Enfin, les violences sexuelles restent un
problème important, en
particulier en Guyane. 12 % des Guyanaises indiquent avoir subi des
rapports
sexuels contre leur volonté, 7 % dans toutes les Antilles. Ce
type de violences
sexuelles étant un facteur important de risque de contamination.
Etrangers. Reste que
l'épidémie y demeure particulière, lourde
d'inégalités sociales. L'étude est, de ce point de
vue, impressionnante : moins
les personnes sont diplômées, plus leur risque est
élevé de contracter le VIH.
En Guyane, 80 % des personnes sans diplôme déclarent, par
exemple, ignorer
l'existence de traitements. Quant aux malades, dans ce
département où les
frontières ne sont pas vraiment une barrière,
à l'image du fleuve Maroni qui
sépare à l'ouest la Guyane du Suriname , un grand
nombre d'entre eux est
étranger. A Cayenne, sur 1 000 patients traités à
l'hôpital, plus des deux
tiers sont étrangers. Et parmi ces derniers, la moitié
est en situation
illégale. «C'est une situation inédite. Toute
la question est de maintenir
la bonne prise en charge, a conclu le professeur Delfraissy. L'urgence
est, aujourd'hui, plus politique que sanitaire : elle est de clarifier
la
situation de la Guyane, vis-à-vis des migrants.»
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