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Histoire : le pourquoi de  kounia manman,w

esclave

C’était un soir de carnaval il y à un peu moins de deux  semaines, dans
le tumulte des coups de fouet et des bruits de tambours,  surnage de-ci de-là l’injure suprême : « cou….. ».

C’est alors que la grand-mère d’un ami me demande si je  connais
l’histoire de cette injure ; j’avoue, que je ne me suis  jamais  intéressée  à  ses origines, croyant comme tant d’autre que cela a un  vague rapport  avec les organes génitaux de la mère. Alors elle me raconta…

Au temps de l’esclavage, pour marquer davantage leur  différence d’avec nous, pauvres esclaves – bien que notre couleur de peau  parlait déjà   assez en notre disgrâce - le blanc décréta que nous n’aurions pas  droit, en particulier les femmes, de porter de bijoux : pas de boucles  aux  oreilles, pas de bagues aux doigts, pas de collier au cou.

Nous devions aller simplement vêtus de nos haillons sans la moindre
babiole pour se  donner l’impression de briller un peu, pour s’abreuver d’une illusion de  « vie normale », alors que dans notre pays d’origine, nos étions  parés,  rois, reines et communs du peuple, tant et tant que nous croulions sous le poids de nos ornements d’or. Voila de quoi nous rabaisser, encore un peu plus.
 
Et l’enfant du blanc, bien au faîte de cet état des choses, par mépris, par dédain et par haine prit l’habitude de jeter à la figure  du   petit esclave : « le cou de ta maman est nu ! ». Cette phrase à  elle seule rappelait la triste condition de l’enfant, esclave par sa  propre   mère, et la honte attachée à sa situation d’être jugé inférieur. 

LE COU DE TA MAMAN EST NU !
Cou ni a manmanw…  

Je voudrais juste que dans un instant de lucidité, le jour  où cette
Injure s’échappera de vos lèvres vous n’oubliiez pas qu’un  jour   un de vos ancêtres, votre arrière arrière grand-père ou votre arrière arrière grand-mère peut-être l’a reçu en pleine face telle une gifle  pour  que jamais il n’oublie qu’il n’était qu’un esclave. 

Je voudrais que vous mesuriez toute la portée de cette  phrase et que
vous considériez la tristesse de se l’envoyer à la figure d’Antillais à Antillais alors que nous venons tous du même bateau et que  nos  ancêtres ont emprunté la même route. 

Je voudrais que vous vous mettiez à la place de ce tout petit qui pour
l’instant ne pense pas encore à la possibilité de vivre un  jour différemment et à qui l’ont dit : « le cou de ta maman est  nu quand, par amour, il voudrait la voir ployant sous les bijoux. 

J’aimerais aussi –  que vous passiez ces quelques lignes à vos amis et  famille pour que déjà ils sachent et pour qu’ensuite ils  changent.

La mémoire de notre peuple est déjà passablement assez dénigrée pour que nous en rajoutions.  Et aussi, faisons en sorte que jamais le cou de notre mère  ne soit nu : si ce n’est pas de bijoux, que ce soit notre amour et notre  respect  qui  la  couvre. Au nom de toutes celles qui n’ont pas eu cette chance.