Lettre du gouverneur de
la (Martinique) Fénelon au ministre de la marine du 11 avril 1764.
Extrait
« Mon
étonnement a toujours été que la population de
cette espèce ne produit pas,
depuis que les colonies sont fondées (…) de quoi former un fond
dont la reproduction
n’exposerait pas à être toujours à la merci des
envois.
J’ai
étudié avec attention les causes du peu de population
des Nègres : la plupart des habitants les nourrissent mal et il les
font travailler
au-delà de leurs
forces, pour faire plus
de revenus, ce qui doit les énerver indubitablement et prendre
sur leur germe
de la reproduction. Les Négresse enceintes, on les fait
travailler jusqu’au
dernier moment avec rigueur, et souvent on les maltraite, (…) il est
impossible
que l’un et l’autre ne prennent sur la constitution de la mère
et de l’enfant… Je
conclus
que tous ces vices que ce sont là les causes
principales du peu de population de Nègres dans nos colonies.La crainte
d’éprouver ces traitements cruels engage la
plupart des négresses à mettre tout en œuvre pour
s’empêcher de devenir mère.
Il
en
périt fréquemment par l’effet des méthodes
violentes qu’elles emploient pour se
faire avorter… Chez d’autres les avortements provoqués
détruisent pour toujours
les principes de la santé et
particulièrement de produire.
Les
colons allèguent que depuis la rigueur dont ils usent envers les
mères, il
meurt beaucoup moins d’enfants du tétanos qu’il en mourait
autrefois. Ils
oublient de remarquer que cette diminution ne provient que de la
diminution des
naissances et de la fréquence des avortements qui sont de
nouveaux fléaux
ajoutés à celui qu’on a si mal réussi à
détruire… On prétend que les
avortements sont multipliés depuis que les colons ont
commencé à croire que le
tétanos n’était pas toujours une maladie naturelle
(…) »
Source :
arch nat. Colonies, F3 141 bis