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Grand Rivière dans ses couleurs végétales et ses senteurs marines

par
Emmanuelle Desché


En arrivant sur le pont de Grand Rivière, pont suspendu   dans le vide, il fait le lien, unissant un bout de terre qui vient de la montagne, à un autre bout de terre, qui s’en va vers la mer, en s’insérant dans le milieu, et on perçoit d'emblé la singularité du lieu et la beauté des environs. Ce vide attire inexorablement le regard, et on perçoit alors cette rivière qui s'écoule, en de régulières sonorités claires, et le bruit de l'eau douce s’acheminant vers l’embouchure, rappelle étrangement le son produit par un robinet d'eau froide ouvert à fort débit, la rivière gronde et dévale...

Tout doucement, la fraîcheur du lieu s'insinue en nous, l’humidité s’instille dans nos chairs et la peau se retrouve caressée, les poils se hérissent et un léger tremblement agite le dos. Puis en avançant, le bruit tonitruant qu'émet  le pont sous les roues de la voiture, nous fait dévirer le regard et  nous ramène à la suite de notre parcours, nous faisant prendre conscience de la couleur vert pistache de la rambarde. Une coloration qui curieusement, semble faire corps avec la végétation chatoyante des hauteurs. Le spectacle offert à notre vue est saisissant, les yeux sont attirés par ce camaïeu de vert, du vert dans les toutes les tonalités tropicales et dans son exagération de variétés.

On peut y voir des  teintes de vert bouteille assez soutenues et qui donnent une certaine profondeur à l'endroit. Tandis que les nuances émeraude  confèrent au cadre une certaine préciosité, qu'il faudrait conserver et préserver  tel un bijou.  On y voit aussi brossées de ci  et de là, des petites touches de vert lumière qui irisent l’air, et distillent de la gaîté, donnant de la légèreté à l'atmosphère.


pont de grand riviere martinique
(Photo de Gaëlle Linfide)

Subrepticement, au regard vient se mêler l'odeur de cette végétation dense et humide. Les narines se retrouvent alors assaillies  par les effluences de terre en germination, et c'est comme si par ces émanations terreuses, la nature tenait à marquer,  à rappeler à l'homme  sa force fécondante et c'en est tel, que cette terre brune, on la sentirait poudre entre les doigts.

En franchissant le pont, une autre odeur nous assiège le nez,  les effluves marins nous cernent, picotant et nous attirent inexorablement vers le front de mer.

Et devant l’immensité bleue, on respire à la fois l'iode de l'Atlantique et celui de la mer des caraïbes. La mer se mélange à l’océan et fait tempête dans nos narines. On exhale les odeurs du large, on sent le poisson, l’océan halène la marée. Sous l'effet combiné de ces senteurs marines la peau se réchauffe, les pores se dilatent afin de se laisser pénétrer par ces oligo-éléments bienfaisants et vivifiants. On a alors l'agréable sensation de se retrouver dans une vaste cure de thalassothérapie  à ciel ouvert.

Mais le corps ayant été ainsi mis agréablement en éveil, il est temps de rentrer dans la ville. Il est temps d’aborder les habitants de Grand Rivière, il est temps de rencontrer les Riverains afin de se nourrir de leur histoire. 

Emmanuelle Deschè
24/04/2006