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La Grande Rivière
par
Gaëlle Linfide
Par une
journée ensoleillée, des êtres en quête de
détente, d’envie de fraîcheur,
d’envie de nature ou d’envie de verdure,
se retrouvent le temps de partager une fin d’après midi. Cela
s’apparente juste
à une tranche de vie ordinaire, une sortie en famille et entre
amis. Ils
se
réunissent aux abords rafraîchissants d’un cours d’eau,
situé à l’entrée du
bourg de Grand Rivière. D’ailleurs, la commune
tire son nom de sa
rivière aux
eaux
péléennes dénommée : « la
Grande-Rivière ».
La foule y est, la bonne humeur y règne et les rires
s’élèvent, accompagnant la douce aubade de l’onde, qui
caresse les pierres.
Les lieux sont
verdoyants et frais, garantissant à ses hôtes une douce
relaxation et un
vivifiant bien-être, qui leur permettent d’oublier, un tant soit
peu, leurs soucis et
d’évacuer les stress accumulés.
La vie s’anime
sur les rochers. Ils sont blanchis par le soleil et par le linge mis « alablanni », reflétant un temps du passé, celle des
lavandières qui
officiaient ici là même, et leur reflet enjôleur
plane
encore au dessus de la
rivière.
Les enfants
s’égayent et s’ébattent dans les eaux cristallines, leurs
yeux
pétillent de malice et d’allégresse. Des
éclaboussures, des éclats de voix, des
éclats de rires, des éclats de vie se font entendre et les enfants jouent et s’ébrouent dans les
eaux
mélodieuses de la Grande Rivière.
Et la Grande
Rivière est chargée d’histoire, bon nombre de croyances
ont pris naissance à
travers les dires des Anciens. Folklores et superstitions, rien qui
puisse être
vérifié, mais seulement raconté aux enfants quand
vient le serein, ou quand la
magie de la nuit se fait ouïr. Ces légendes
sont
ancrées dans nos mémoires
et dans nos coeurs, comme la Diablesse
qui marche en
plein midi sur la grande route, Manmandlo et autres créatures
maudites, qui
sèment la frayeur et la douleur dans nos corps, depuis les temps
de
Guinée.
Elles sont à
craindre et à refouler.
L’atmosphère
de la rivière a quelque chose de prenant. Tout réside
dans
son âme, c’est
inexplicable, inexprimable. Il faudrait y être pour ressentir et
se laisser
envahir par son silence et son bruit. On en oublierait même le
chant et le
gazouillement de l’eau. il y règne comme un mystère
à la tombée de la nuit,
l’eau se fait glaciale et l'intensité palie, juste un
croissant de lune
éclaire la nuit, une lumière pâlotte se
réfléchit sur une eau translucide.
Et dans la
nuit, les abords de la rivière paraissent lugubres et
enchantés tout à la fois.
Surgit des ténèbres, une forme ondine se déplace
et s’installe sur une grosse
pierre, elle se mire, elle semble attendre : on aurait dit qu’elle
attend, mais elle
attend quoi ? C’est une manmandlo,
une nymphe des sources et des rivières, elle est belle, voire
plus
que belle, très très très belle, ses
cheveux sont de varech, et la naïade se sait belle.
Les contes
disent qu’à la tombée de la nuit, elle séduit et
noie les êtres qui
s’attarderaient auprès des eaux. Ma grand-mère m’en a
raconté des histoires
fabuleuses, une parmi tant d’autres, celle de « Nannie
Rosette ». Cette
fillette de nature gourmande s’était fait capturer
par une manmandlo. Collée sur
un rocher, elle devait être dévorée à la
nuit
tombée. Mais c’était sans compter sur
la mère de Nannie, qui force d’amour pu sauver sa fille des visées de la manmandlo.
La rivière est
un lieu magnifique, un lieu de détente et la rivière
renferme tant de
secrets. Ses eaux proviennent de la
couche souterraine des Mornes Verts, avoisinant la Grande Pelée.
La rivière
chuchote sa romance douce et légère aux travers des
gués et des rochers.
L’éclat du
jour se miroite dans de petits clapotis, créant des
argentés, tels des diamants,
filant doucement le long du courant emporté.
Pressée dans
sa course effrénée, fétus de bambous et feuilles
séchées, glissent, tournoient
et virevoltent au gré du débit des eaux.
Par endroits,
elle semble s’adoucir, offrant des petits tours et détours, aux
réserves
d’écrevisses à peine écloses. Parfois, on a la
surprise de découvrir une
anguille, qui remonte le cours d’eau ou des bancs de mulets qui le soir
venu, chassent en bande.
Puis la rivière
va la rencontre de la mer, un tendre mélange doux et salé
annonce l'inéluctable hyménée. La rivière
et la mer
affectueusement s’entrelacent, elle
tend ses bras à l’embouchure, et la rivière dit oui
à la mer et elle se dissout
dans l’océan.
01/05/2006
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