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Grand Rivière

ou
 
Déyié do Bon Dié !

 
grand riviere

Une seule route mène à ce bout d’île et  on arrive au bout du monde, à la fin du chemin qui devait être le début de la route, mais la géographie est humaine et le début est le centre.

Tout durant le parcours on aperçoit les champs où les arbres coupe-vent bornoient les bananeraies et l’enserrent, tentant vainement de les protéger d’un grand vent que rien n’arrête, si ce n’est la vanité des hommes.

Et aussi, par endroits on longe des champs d’ananas qui se partagent les terres avec les  champs de bananes, et de là, par beau temps on peut voir la Montagne Pelée ennuagée, se tenant en  embuscade,  attendant son heure pour détoner.

Le regard débouche sur une mer verte colossale faite de grands bois, qui inégalent les montagnes et  dont elle réinvente les ondulations. On est submergé par la vague de feuillages qui bouche l’horizon. Une ligne verte tout au loin, et le vert scintille dans des combinaisons chromatiques.

Les teintes sont gigantesques  dans ce chaos d’arbres infléchis, dressés, tombés, recourbés, pliés, appuyés… et les épiphytes s’enracinent sur l’arbre, des cimes ils vont chercher la lumière. Les lianes retombent vers le sol,  envahissent et recouvrent parfois l’arbre dans son entièreté. Leurs fleurs sont jaunes, blanches, rouges elles arborent toutes les gammes du spectre lumineux.  Et les parasites se greffent à l’arbre, le phagocytent, l’étranglent et finalement le supplantent. Toutes ces essences se mêlent s’entrelacent, s’entretuent.

Et dans cette foule compacte, on aperçoit  au loin, un arbre qui s’allonge pour émerger de la masse et échapper à la mort.

Les Fromagers, flamboyants, balisiers, orchidées, bois flambeaux, cacaoyers, caféiers, mahoganys, courbarils  et les fougères bayent à la rosée, l’humidité règne dans les sous-bois, la forêt tropicale est humide.  Le soleil insiste mais les lieux restent impénétrés, la forêt est sombre et verte, baignée en permanence d’une pénombre crépusculaire.

On cherche la trouée  dans la magnificence des bois ou l’échappée dans cette exubérance végétale, car les peurs se confondent, là-bas c’est l’effroi, symbolisant les peurs refoulées, marquant comme une frontière du monde connu, au-delà c’est l’inconnu, on est dans le mystère des premiers âges, on retourne à la barbarie.

pont-suspendu_grand_riviere

Puis, les ponts suspendus surgissent, leur couleur est d’acier, depuis verte. La route serpente, la route étroite sinue le chemin, la végétation étale sa luxuriance de part et d’autre. Sur la droite sont les ravines, on ne voit pas la rivière Potiche, mais l’eau bruisse et  l’eau fait entendre le roulement de ses flots.  Et au débouché, les enfants font camp de la grande rivière et pêchent les écrevisses.

Et les enfants se font peur, racontant aux parents avoir vu la diablesse ou des ombres effrayantes aux abords qui rodaient, mais les enfants ont tort car la diablesse ne sort qu’à midi, elle chemine  sur la grande route...

Et au bout de la route,  on arrive au village des pêcheurs, et la statue de la vierge aux bras ouverts domine le bourg.

Et au bout du chemin, les maisons  avec leurs volets en bois et leurs persiennes font face à la mer et par ciel dégagé on entrevoit l’île sœur, l’île de la Dominique.

Et au bout de la route, quelques curiosités sont à découvrir, le port qui nous offre ses scènes hautes et en couleurs. L’église dont la cloche dormait sous la vague, et fut retrouvée, restaurée et placée au faîte du clocher. Elle sonne le glas de cette terre en dérade, qui tue ses racines, contamine ses sols et empoisonne son eau, la cloche est par terre...

Et au bout du chemin,  la sueur, l’effort, la ténacité firent abotter la route à la mer. Et au bout de l’île, comme  prise d’une douleur plénière, la montagne se jette dans la mer.

Tony Mardaye
14/04/06

Remerciements pour les photos à Benoît webmaster du  site  skydig