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La mangrove

mangle

Par
Tony Mardaye


La mangrove est le terme attribué à la forêt inondée des zones intertropicales, ce biotope fait la transition entre le milieu maritime et  le milieu terrestre. Plus précisément, la mangrove s’établit dans la zone de balancement des marées, et elle « protège la côté de la pression de la houle, des tempêtes, des cyclones et atténue la force des vagues et l’effet du ressac ». Lors du dernier tsunami, les zones où la mangrove existait  ou n’a pas été détruite, les ravages furent moindres et des vies humaines sauvées car ayant joué son rôle de barrière naturelle.

Sa particularité est de s’établir dans les estrans, elle s’assoie  sur des sols fangeux, boueux, et qui sont  envahis, en tout ou en partie par l’eau de mer, donc  sur des sols pauvres en oxygène et à forte salinité, des sols qui ne permettent pas un peuplement végétale d’une grande diversité.

Contrairement à ce que l’on peut croire, la mangrove n’est pas un espace physique uniforme. La zonation s’opère et on distingue la mangrove de bord de mer  où le palétuvier rouge (Rhizophora mangle) est aux avant-postes. C’est une espèce pionnière, elle part à l’assaut de la mer, avance vers le large en s’installant dans un milieu totalement inondé, aidé en cela par ses racines-échasse et aériennes. Le palétuvier (mangle) noir ((Avicennia germinans) le précède dans les zones partiellement ou périodiquement inondées par la marée. Dans la zone la plus en arrière s’installe le palétuvier blanc (Laguncularia racemosa) aux racines souterraines, poussant dans la vase et sur des sols partiellement inondés, puis la forêt y ressemble, elle tend vers la forêt marécageuse, et le mangle médaille prolifère, mais nous ne sommes plus dans la mangrove.

Dans le cas des mangroves qui s’assoient sur les sols sableux, ce sont les palétuviers (mangles) gris qui dominent le paysage.

Il s’avère  que  c’est le « palétuvier qui forme la mangrove, l’arbre naît de la vase et enfonce ses racines dans les dépôts de boue », ce sont pratiquement les seuls arbres adaptés à ce biotope particulier. « Le palétuvier piège le limon, filtre et limite la turbidité de l’eau sortant du lagon ou de l’embouchure. »

Si la mangrove est pauvre en espèces végétales, par contre elle  est peuplée par de nombreuses espèces d’oiseaux, qui nidifient de manière permanente ou saisonnière.

crabe_des_mangroves

Aux racines des palétuviers les huîtres s’accrochent, les moules, les coquillages, palourdes, soudons, chaubettes sont dans la vase, on y trouve les crevettes et des lambis et une riche variété de poissons qui viennent pondre ou se nourrir.  Les crustacés ne sont pas en reste, le crabe de mangrove se  nourrit  exclusivement des feuilles du palétuvier rouge, on trouve aussi les ciriques,  et le 21 juin, on assiste à phénomène étonnant : le mariage des mantous (crabes-à-barbe). Ils sont cueillis par milliers.

En Martinique, la mangrove occupe moins de 1 900 hectares, et elle ne cesse de se réduire du fait de l’urbanisation, de  la pression humaine, d’une non prise de conscience de son importance, tant au niveau des populations que des politiques.

La mangrove est plus développée en Guadeloupe elle recouvre pas moins de 9 668 hectares, et les politiques de protection de l’environnement sont mieux prises en compte qu’en Martinique où les tentations de la détruire sont fortes, car perçue comme une zone insalubre,  donc urbanisation, «portification», surexploitation  ou encore son utilisation en tant que dépotoir semble la règle d’usage.

Voir la mangrove lacustre en Martinique

Tony Mardaye
26/04/2006


Tsunami : 31 pays ont planché en Inde sur le rôle de la forêt littorale dans la protection côtière.

La mangrove, brise-lame à réhabiliter

Par Pierre PRAKASH / samedi 12 février 2005 / Libération / New Delhi de notre correspondant.

Si les pays d'Asie se souciaient plus de leur environnement côtier, le tsunami du 26 décembre aurait été moins meurtrier. Voici la conclusion à laquelle sont arrivés les 400 experts réunis cette semaine à Bhubaneshwar, au nord-est de l'Inde, dans le cadre du troisième Symposium sur les zones humides asiatiques (Asian Wetlands Symposium ou AWS). Une réunion de trois jours à laquelle participaient 31 pays et où le tsunami a fait l'objet d'une séance spéciale.

"Ceintures vertes". "Les études des zones touchées sont encore en cours, mais nous avons déjà de bonnes preuves que là où les barrières naturelles (mangroves, coraux, dunes) étaient en bon état, elles ont réduit l'impact des vagues, explique Max Finlayson, président de l'ONG Wetlands International. Elles n'ont pas empêché le désastre, mais elles l'ont atténué." Ainsi, les mangroves, très courantes en Asie du Sud et du Sud-Est, constituent un rempart irremplaçable contre les tsunamis ou les cyclones. Très denses, elles brisent les vagues et stoppent les bourrasques. "Cette capacité protectrice prend d'autant plus d'importance que toutes les prévisions sur les changements climatiques prédisent une multiplication des tempêtes en Asie", ajoute Max Finlayson.


L'utilité des "ceintures vertes" côtières a été prouvée. En 1999, par exemple, lorsqu'un cyclone a ravagé la côte nord-est de l'Inde, faisant plus de 10 000 morts et 7,5 millions de sans-abri. Alors que des bidonvilles situés à 50 kilomètres du rivage ont été soufflés, des villages côtiers abrités par des mangroves ont été épargnés. Même chose le 26 décembre dernier, dans l'État du Tamil Nadu: les régions de Pichavaram et de Muthuket, où les mangroves sont préservées, ont enregistré des pertes humaines et matérielles bien inférieures au reste de l'État. En Thaïlande, les forêts marines des provinces de Ranong et Phang Nga ont sauvé des centaines de vies.

"Les mangroves protègent les hommes qui protègent les mangroves", avait résumé, il y a dix ans déjà, Pisit Charnsnah, cofondateur de l'ONG Mangrove Action Project (MAP). Malheureusement, explique Faizal Parish, de l'ONG Global Environment Center, "l'activité humaine et le développement économique ont réduit les surfaces recouvertes de mangroves de 26 % au cours des vingt dernières années dans les six pays d'Asie touchés par le tsunami (Inde, Sri Lanka, Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Birmanie)". Car industrialisation, urbanisation, tourisme, agriculture et surtout pisciculture empiètent un peu plus chaque année sur les précieuses barrières naturelles : elles rétrécissent ainsi de 2 % à 8 % par an.

Selon MAP, les mangroves couvraient autrefois les trois quarts des côtes des pays tropicaux et subtropicaux, une surface aujourd'hui réduite de moitié, soit un total de seize millions d'hectares seulement. Premiers responsables : les élevages de crevettes destinées aux assiettes occidentales, soutenus par les gouvernements et les bailleurs de fonds internationaux. Selon une étude publiée en 2002, la Thaïlande, premier exportateur de crevettes au monde, a rasé 65 000 ha de mangroves pour promouvoir le crustacé. En Indonésie, le ministère des Forêts estimait, le mois dernier, qu'un total de 650 000 ha avait été détruit dans le pays en quelques décennies. Malgré plusieurs ratages, la Malaisie a été, elle, plus prévoyante dans son développement : 52 % de ses côtes continuent d'abriter des mangroves, ce qui expliquerait en partie le faible bilan du tsunami dans ce pays (68 morts).

"Supermarché du pauvre". Au-delà de leurs vertus protectrices, les mangroves sont essentielles à la survie de nombreuses espèces animales et végétales, et donc aux populations locales. Une source de bois, poissons, fruits, miel : "La mangrove, c'est le supermarché du pauvre dans les régions côtières", résume Pisit Charnsnah, de MAP. Or, la reconversion de ces zones vers d'autres activités profite rarement aux communautés locales. "Les bénéfices du tourisme ou de la pisciculture profitent à moins de monde, le plus souvent à des entrepreneurs venus d'ailleurs", déplore Max Finlayson.


"Les gouvernements sont les premiers responsables de la destruction, via des politiques de développement irréfléchies, poursuit-il, mais il faut aussi éduquer les populations côtières afin qu'elles sachent bénéficier des bienfaits des mangroves sans les piller." Une "gestion locale intégrée", pour laquelle les écologistes plaident depuis des années... sans être entendus. Dans ce contexte, "le tsunami offre une occasion parfaite pour repenser les méthodes de gestion des ressources côtières en Asie".


De fait, la catastrophe semble avoir sorti plusieurs pays de leur torpeur. L'Indonésie, notamment, a annoncé un vaste programme de reforestation de ses mangroves. La Malaisie recense les siennes et le Sri Lanka envisage de modifier sa législation afin de mieux les protéger. Reste à savoir si, sur le long terme, ces pays en développement accepteront de faire passer la protection de leurs populations et l'environnement avant leur développement économique.