«
Communiqué aux Antillais de la Métropole Suite à
la
dernière sortie de Finkielkraut »

Ce qui est surprenant c’est que
Jean-Pierre Elkabbach
exige que les Antillais systématiquement prennent leur distance
et dénoncent le
racisme dit « anti-blanc » et l’antisémitisme - il a
raison de nous le
demander, et nous devons le faire - mais en même temps il n’y a
aucune
systématicité de ce grand journaliste français
(dont je ne mets en cause ni la
respectabilité ni l’honorabilité) pour dénoncer la
haine et le racisme «
anti-noir » de Finkielkraut qui sévit encore dans le
figaro du 2 mars dernier.
Quel est l’objectif de l’obsession
de Finkielkraut ?
C’est de rendre un élément absolument évident dans
l’esprit des Français : «
les Antillais sont racistes (racisme anti-blanc et
antisémitisme) ». Tant que
cet objectif ne sera pas assurément atteint à ses yeux,
Finkielkraut récidivera
autant que cela sera nécessaire. Cet homme est dangereux, il
faut l’arrêter. Il
faut le stopper net dans cette entreprise et cela par les moyens
légaux,
démocratiques, républicains : la poursuite judiciaire
systématique. C’est
exactement la méthode que la LICRA utilise contre
Dieudonné et on peut
comprendre cela, sauf qu’on s’étonne qu’elle ne fasse pas autant
contre Finkielkraut.
Mieux la LICRA invite en « guest-star » le philosophe
raciste dans ses débats
et colloques. Le MRAP a accepté de retirer sa dernière
plainte contre
Finkielkraut, le Collectif-Dom en a fait autant, et on comprend les
motivations
de ce geste. Par contre la LICRA a estimé qu’elle n’a pas
à faire ce même geste
contre Dieudonné, et on peut aussi comprendre ce refus.
Le résultat : un sentiment
d’injustice voire de
frustration monte chez les antillais qui supportent de moins en moins
cette
violence médiatique répétée de Finkielkraut
à leur égard. Sentiment d’injustice
basé d’une part sur l’idée qu’il ne faut compter ni sur
SOS Racisme, ni sur la
LICRA (qui méritent plus d’être secoués que
condamnés) pour les défendre contre
l’infâme philosophe, et d’autre part sur l’idée que le
MRAP et le Collectif-Dom
doivent faire plus pour les protéger.
Finkielkraut cherche la guerre des
civilisations entre «
blacks, blancs, beurs, arabes, juifs, musulmans ».
Battons-nous, suivons l’exemple de
Martin Luter King, le
combat doit être déterminé mais démocratique
et républicain : c’est
l’institution judiciaire de la République qui doit être et
rester notre moyen.
L’autre levier du combat c’est
d’affronter le philosophe
sur le terrain médiatique où il déploie sa haine
raciste. Le MRAP et le
Collectif pourraient par exemple faire savoir au Français que
Nicolas Sarkozy
ne soutient plus Finkielkraut dans les dérapages successifs de
celui-ci.
Utilisez pour cela « la lettre aux Antillais » de N.
Sarkozy (elle est sur le
site de l’UMP), procurez-vous des discours de N. Sarkozy à
l’occasion de sa
visite aux Antilles pour mieux démontrer le lâchage en
bonne et due forme de
Finkielkraut par Sarkozy. Il ne s’agit pas de partager les idées
de Sarkozy
(l’opinion politique de chacun d’entre nous reste personnelle), il
s’agit
stratégiquement de porter sur la scène médiatique
ce revirement de Sarkozy
contre les thèses de Finkielkraut. Il s’agit d’affronter le
philosophe sur son
propre terrain médiatique.
Je terminerai sur une idée
de Frantz Fanon, exprimée dans
« Peau Noir Masque Blanc », s’adressant aux antillais :
« quand vous entendez
un antisémite, faites très attention car c’est de vous
aussi dont il s’agit ».
Moralité : un antisémite, c’est aussi un
négrophobe en puissance.
Alors, chers amis, LES JUIFS SONT
NOS FRERES, exactement
comme les arabes, les musulmans et les blancs. Evitons le piège
de la fausse «
guerre des races » imaginée par Finkielkraut. Je parle de
la fraternité
républicaine et démocratique. C’est là la vraie
ligne de partage qui nous
sépare de ceux dont nous combattons les idées, et non la
ligne imaginaire des «
races » inventée par Finkielkraut.
Amitiés antillaises,
Fort-de-France, vendredi 10 mars
2006
NDLR. : François VALLADE est
philosophe, spécialiste de
la philosophie politique des Noirs Américains.