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« Communiqué aux Antillais de la Métropole Suite à la dernière sortie de Finkielkraut »

negrophobie

Par François VALLADE


Ce qui est surprenant c’est que Jean-Pierre Elkabbach exige que les Antillais systématiquement prennent leur distance et dénoncent le racisme dit « anti-blanc » et l’antisémitisme - il a raison de nous le demander, et nous devons le faire - mais en même temps il n’y a aucune systématicité de ce grand journaliste français (dont je ne mets en cause ni la respectabilité ni l’honorabilité) pour dénoncer la haine et le racisme « anti-noir » de Finkielkraut qui sévit encore dans le figaro du 2 mars dernier.

Quel est l’objectif de l’obsession de Finkielkraut ? C’est de rendre un élément absolument évident dans l’esprit des Français : « les Antillais sont racistes (racisme anti-blanc et antisémitisme) ». Tant que cet objectif ne sera pas assurément atteint à ses yeux, Finkielkraut récidivera autant que cela sera nécessaire. Cet homme est dangereux, il faut l’arrêter. Il faut le stopper net dans cette entreprise et cela par les moyens légaux, démocratiques, républicains : la poursuite judiciaire systématique. C’est exactement la méthode que la LICRA utilise contre Dieudonné et on peut comprendre cela, sauf qu’on s’étonne qu’elle ne fasse pas autant contre Finkielkraut. Mieux la LICRA invite en « guest-star » le philosophe raciste dans ses débats et colloques. Le MRAP a accepté de retirer sa dernière plainte contre Finkielkraut, le Collectif-Dom en a fait autant, et on comprend les motivations de ce geste. Par contre la LICRA a estimé qu’elle n’a pas à faire ce même geste contre Dieudonné, et on peut aussi comprendre ce refus.

Le résultat : un sentiment d’injustice voire de frustration monte chez les antillais qui supportent de moins en moins cette violence médiatique répétée de Finkielkraut à leur égard. Sentiment d’injustice basé d’une part sur l’idée qu’il ne faut compter ni sur SOS Racisme, ni sur la LICRA (qui méritent plus d’être secoués que condamnés) pour les défendre contre l’infâme philosophe, et d’autre part sur l’idée que le MRAP et le Collectif-Dom doivent faire plus pour les protéger.

Finkielkraut cherche la guerre des civilisations entre « blacks, blancs, beurs, arabes, juifs, musulmans ».

Battons-nous, suivons l’exemple de Martin Luter King, le combat doit être déterminé mais démocratique et républicain : c’est l’institution judiciaire de la République qui doit être et rester notre moyen.

L’autre levier du combat c’est d’affronter le philosophe sur le terrain médiatique où il déploie sa haine raciste. Le MRAP et le Collectif pourraient par exemple faire savoir au Français que Nicolas Sarkozy ne soutient plus Finkielkraut dans les dérapages successifs de celui-ci. Utilisez pour cela « la lettre aux Antillais » de N. Sarkozy (elle est sur le site de l’UMP), procurez-vous des discours de N. Sarkozy à l’occasion de sa visite aux Antilles pour mieux démontrer le lâchage en bonne et due forme de Finkielkraut par Sarkozy. Il ne s’agit pas de partager les idées de Sarkozy (l’opinion politique de chacun d’entre nous reste personnelle), il s’agit stratégiquement de porter sur la scène médiatique ce revirement de Sarkozy contre les thèses de Finkielkraut. Il s’agit d’affronter le philosophe sur son propre terrain médiatique.

Je terminerai sur une idée de Frantz Fanon, exprimée dans « Peau Noir Masque Blanc », s’adressant aux antillais : « quand vous entendez un antisémite, faites très attention car c’est de vous aussi dont il s’agit ». Moralité : un antisémite, c’est aussi un négrophobe en puissance.

Alors, chers amis, LES JUIFS SONT NOS FRERES, exactement comme les arabes, les musulmans et les blancs. Evitons le piège de la fausse « guerre des races » imaginée par Finkielkraut. Je parle de la fraternité républicaine et démocratique. C’est là la vraie ligne de partage qui nous sépare de ceux dont nous combattons les idées, et non la ligne imaginaire des « races » inventée par Finkielkraut.

Amitiés antillaises,

Fort-de-France, vendredi 10 mars 2006

NDLR. : François VALLADE est philosophe, spécialiste de la philosophie politique des Noirs Américains.