APPEL
NATIONAL A LA VIGILANCE
A
l'initiative du MRAP, de SURVIE, de la LDH
Le M.O.M.,
Mémorial National de la
France Outre-mer :
Un outil
idéologique?

Ouvrir
un Mémorial de la France
Outre-mer à Marseille en 2007, n'est-ce pas tout simplement
appliquer l'article
4 de la loi du 23 février 2005, pourtant abrogé ?
Un Mémorial National
de la France Outre-mer devrait ouvrir ses portes à Marseille en
février 2007,
sur le site de l'exposition coloniale de 1906.
Le 20 juin 2005, le
Conseil Municipal de Marseille a en effet demandé au
Préfet de décider, pour
l'Etat et en partenariat avec la Ville de Marseille, la création
d'un
établissement public pour la gestion du Mémorial National
de la France
d'Outre-mer dont les statuts ont été approuvés
lors de la même séance.
Ce mémorial
présenté à
l'Assemblée nationale, le 10 mars 2004, au nom du Premier
Ministre, témoigne
d'une volonté très claire: il sera la
concrétisation d'une loi de cohésion
susceptible de marquer "la reconnaissance de la Nation pour l'oeuvre
accomplie par des générations d'hommes et de femmes et
pour leur contribution
au rayonnement de la France". Projet identique à celui de la
loi
contestée du 23 février 2005 et de son article 4,
célèbre pour avoir voulu
institutionnaliser des mémoires, en orienter l'écriture
(en place des
historiens) et décider du contenu de
l'enseignement aux jeunes générations.
Plusieurs questions
et inquiétudes :
- Pourquoi ce nom de
Mémorial, lieu de témoignage et de vigilance en
réparation des vies perdues par
les victimes de crimes publics? Qui seront les victimes
évoquées puisqu'il ne
s'agit apparemment pas des peuples colonisés ? Pourquoi exclure
de l'exposition
permanente la voix de ceux qui peuvent témoigner de la dimension
inhumaine du
colonialisme ?
- L'équivoque
entre Histoire
et mémoires est-elle compatible avec un projet scientifique?
- Valoriser la
seule mémoire de
"ceux qui sont partis outre mer
pour démarrer une autre vie", n'est-ce pas en soi un ferment
de
division? Pourquoi ne pas mettre en oeuvre un regard croisé et
développer un
fond pluriel ?
- Quelles garanties
institutionnelles pour l'indépendance et le pluralisme
nécessaires à la
recherche trouve-t-on dans les statuts d'un établissement public
dont le
Conseil d'administration et le Conseil scientifique sont
inféodés au politique
? Dix membres du CA sur seize relèvent de l'organe politique de
la ville de
Marseille et, sur treize membres du Conseil scientifique, qui a pour
fonction
"d'assister le directeur et le CA dans la définition de la
politique
scientifique de l'établissement", huit sont
désignés par arrêté du
Maire de Marseille, et aucun par l'Université ou le CNRS .
- Pourquoi
l'Université, le CNRS, Les Archives nationales d'Outre-mer ne
sont-ils pas
associés au projet autrement que par la présence à
titre individuel
d'universitaires et de chercheurs au sein du conseil scientifique? Le
Mémorial,
pourtant, a la prétention de "transmettre des connaissances
aux élèves
de tous niveaux par l'étude ciblée sur certaines
périodes de l'histoire"
; "former les enseignants à cette période de l'histoire"
et
"contribuer à la réflexion sur les programmes
scolaires et inviter les
éditeurs à un travail de cohérence entre les
programmes et les manuels publiés."
(extraits des statuts)
Au moment où la
France
traverse une crise identitaire à propos de son mode
d'intégration, un tel type
de Mémorial présente tous les ingrédients
idéologiques pour enflammer une
nouvelle guerre des mémoires, bien éloignée de
l'apaisement que pourrait
apporter un projet différent où s'écrirait
l'Histoire, toute l'Histoire, celle
des colons et celle des colonisés.
Nous demandons aux
Pouvoirs publics des réponses à ces questions et exigeons
des garanties pour
que ce lieu remplisse une véritable mission scientifique.