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TOUS A
PARIS, PLACE DE LA NATION, LE 10 MAI 2006 A 17 HEURES !

Le
23 mai 1998, voici huit ans déjà, 40 000 descendants
d’esclaves se sont rassemblés pour une marche silencieuse en
souvenir de leurs
ancêtres. Cette marche a été
l’élément déclencheur de la proposition de loi de
Christiane Taubira, déposée à l’Assemblée
nationale l’automne suivant. Cette
proposition de loi, vidée de son contenu par le gouvernement de
l’époque,
aboutit aujourd’hui à l’annonce, par le Chef de l’État,
d’une date de
commémoration de l’abolition de l’esclavage. Cette date,
fixée au 10 mai, est
loin de faire l’unanimité. Le sens de la
célébration est ambigu : s’agit-il de
rendre hommage aux abolitionnistes européens ou aux esclaves ?
Et pas un mot
d’Haïti où la France a déporté 85 % de ses
captifs. Mais qu’importe ! Cette
date étant fixée, les médias vont lui donner le
plus large écho. Et si nous
faisions de cette date qui nous est imposée, notre date ? Et si,
las d’être
manipulés, nous prenions les choses en mains ? Après
l’échec des magouilles de
ceux qui voulaient faire du 10 mai leur grand carnaval, aucun
rassemblement
populaire n’est prévu. Rien que des cocktails officiels sous les
lambris de la
République. Plusieurs associations, cependant, ont retenu
l’idée de se
rassembler place de la Nation le 10 mai à 17 heures. Rien
d’autre n’étant
proposé aux vrais descendants d’esclaves, à ceux qui ne
reçoivent pas de
cartons d’invitation pour aller faire des ronds de jambes dans des
ministères,
à ceux qui ne parlent pas au nom des autres, à ceux qui
ne comptent pas pour
les décideurs et les puissants, mais qui ont une envie
sincère de rendre
hommage à leurs ancêtres, je propose - moi qui ne suis
président de rien et
qu’on traite volontiers de quidam, moi que l’on tente d’écarter
des émissions
de télévision et des comités officiels pour y
mettre des clowns serviles - je
propose de vous rassembler le 10 mai.
Que
vous soyez Antillais, Haïtiens, Africains, que vous ayez ou
non une
religion, que votre peau soit claire ou sombre, que vous ayez des
papiers ou
non, vous avez tous une bonne raison de descendre dans la rue ce
jour-là et,
dans la dignité, de montrer votre force.
Au
nom du chevalier de Saint-Georges, méprisé par la
télévision française parce
qu’il ne serait pas assez emblématique, au nom du
général Dumas, bafoué par un
ministre de la Culture irrespectueux de notre histoire, au nom de Louis
Delgrès
qui, le 10 mai 1802, nous lança un appel avant de mourir pour la
liberté, au
nom de Toussaint-Louverture, assassiné par Napoléon
Bonaparte au fort de Joux,
au nom de Dessalines, au nom de Christophe, au nom de ceux qui
brûlent dans des
logements sordides, au nom de ceux qu’on assassine mais dont personne
ne parle,
au nom de ceux que l’on arrête et que l’on maltraite à
cause de leur couleur de
peau, au nom de ceux qu’on humilie, au nom de ceux qu’on n’entend
jamais à la
radio et qu’on ne voit jamais à la télévision, au
nom des femmes qui ne sont
que rarement représentées dans les associations, au nom
de tous les anonymes,
de tous les quidams, de tous les damnés de la terre, je vous
invite à vous
rassembler à Paris, dans la dignité, pour montrer que
vous existez, pour
protester contre toutes les formes de racisme et de manipulation, le 10
mai
2006, à dix-sept heures, place de la Nation ! Le 10 mai ne sera
que ce que vous
en aurez fait. Résistons ! Qu’avons-nous à perdre ?
Claude
Ribbe, écrivain.
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