France : le racisme
banalisé

Depuis
l’assassinat d’Ilan Halimi, victime du stéréotype
établissant un lien entre les
juifs et l’argent, comme en attestent les auditions dont Le Monde fait
état en
page trois, jusqu’au meurtre à Oullins de Chaïb Zehaf, un
Français d’origine
algérienne, l’actualité récente a malheureusement
démontré que le racisme et
l’antisémitisme pouvaient encore être, en 2006, à
l’origine d’abominables
crimes.
Pourtant,
le rapport publié mardi 21 mars par la Commission nationale
consultative des
droits de l’homme (CNCDH) confirme une baisse de 38 % de l’ensemble des
violences et des menaces à caractère raciste en 2005 par
rapport à 2004. Pour
les seuls actes antisémites, la baisse est même de 48 %.
Ce
rapport annuel de la CNCDH pourrait donc apparaître rassurant. Il
est au
contraire très alarmant sur l’évolution des
mentalités. Le sondage réalisé par
le CSA, dans un contexte il est vrai particulier de la crise des
banlieues de
novembre 2005, dévoile une banalisation croissante du racisme.
Un Français sur
trois n’hésite pas aujourd’hui à se déclarer
raciste, soit une augmentation de
8 % de ceux qui en font l’aveu.
Plus
de six Français sur dix jugent que "certains comportements
peuvent
justifier des réactions racistes". Et 56 % des Français
(en hausse de 18
points) affirment qu’il y a trop d’étrangers... Dans un pays qui
perd ses
repères et qui est rongé par une angoisse
économique et une inquiétude sociale
croissantes, on assiste à une libération de la parole
raciste.
Par
repli sur soi, indifférence, peur, méfiance ou
mépris, parfois par inculture -
comme pour ce "gang des barbares" accusé du meurtre d’Ilan
Halimi et
chez lequel le procureur de la République de Paris a
décelé le "degré zéro
de la pensée"-, un tiers des Français brisent le tabou du
non-avouable et
affichent leur racisme. Cette banalisation s’accompagne d’une
"démobilisation sensible", selon la CNCDH, de la lutte contre le
racisme. Seuls 32 % des sondés (- 18 points en un an) sont
prêts à avertir la
police d’un comportement raciste.
Aux
raisons économiques, sociales et culturelles qui expliquent cet
enkystement du
racisme, s’ajoutent des explications qui tiennent à des
évolutions de la
société. La montée du communautarisme, dont ont pu
témoigner aussi bien le
débat sur la question coloniale que l’affaire des caricatures de
Mahomet, peut
aussi libérer l’expression d’un racisme primaire. Ainsi, selon
le sondage du
CSA, si 66 % des sondés pensent que "les Français
musulmans sont des
Français comme les autres", ce sentiment recule en un an de onze
points.
A
cet égard, des initiatives transcommunautaires comme cette
"rencontre des
différences", organisée à Paris jusqu’au 26 mars,
vont dans le bon sens.
Le racisme ne reculera que lorsqu’on aura vraiment fait progresser le
"pari du vivre ensemble".
Le
Monde (http://www.lemonde.fr)
mercredi
22 mars 2006.