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Le supposé incident à la première conférence sur le racisme anti-Noir le 17 mars dernier à Genève

dieudonne
Dans le journal le Matin dimanche du 26 mars 2006, nous avons pu lire sous la plume de M. Michel Jeanneret - qui du reste n’a jamais assisté aux faits qu’il rapporte - que Dieudonné aurait tenu des « propos antisémites » et proféré « des appels à la haine » lors de la première conférence européenne sur le racisme anti-Noir tenue les 17 et 18 mars derniers à Genève. Les propos du journaliste jettent un discrédit sur une conférence au cours de laquelle universitaires, intellectuels et militants des droits humains se sont succédé pour évoquer le racisme anti-Noir en Europe et réfléchir sur les voies et moyens pour l’éradiquer. Autant il est vrai que Dieudonné n’a pas été invité, autant la conférence était ouverte à tout le monde comme d’ailleurs le matin Bleu l’avait annoncé dans son édition du jeudi 16 mars. Le caractère fabulateur de cet article le dispute avec le manque de professionnalisme dont fait preuve ce journaliste.

Une escroquerie morale

Les 17 et 18 mars derniers le Carrefour de Réflexion et d’Action contre le Racisme anti-Noir (CRAN) a organisé la première européenne sur le racisme anti-Noir à Genève. Cette conférence qui a réuni près de 200 personnes venues de toute l’Europe fut un succès.

Quel ne fut l’étonnement du CRAN et de plusieurs participants de lire dans Le Matin dimanche du 26 mars à la page 3, l’article de M. Jeanneret affirmant que Dieudonné aurait proféré dans son court propos des appels à la haine et à l’antisémitisme. Soit ce monsieur ne sait pas du tout de quoi il parle car n’ayant pas assisté à la conférence, soit il a décidé sciemment de passer sous silence la première conférence au profit de ce qui lui semblait plus important. C’est CRAN qui a organisé cette conférence. Dire que quelqu’un s’est « invité au carrefour », est tout simplement grotesque.

Depuis le mois de février nous avons écrit à un certain nombre de journaux suisses dont Le Matin, pour les inviter à la première conférence sur le racisme anti-Noir que le CRAN organisait aux dates précitées. Que M. Jeanneret n’y vienne pas, cela est son droit le plus absolu. Mais écrire, sur la base des bouts de phrase entendus ici et là, que le CRAN a organisé une conférence où des appels à la haine et des propos antisémites ont été tenus, relève d’une contre-vérité inqualifiable tant le contenu de l’article ne repose sur aucun fondement.

Qu’a dit Dieudonné ?

Loin de nous l’idée de vouloir prendre la défense de Dieudonné. Mais il nous faut lever tout de même quelques équivoques qui ternissent l’image cette conférence. M. Dieudonné a insisté sur :

  les difficultés des communautés noires de France à faire face au racisme et aux discriminations dont elles sont victimes,

  le fait que France a le devoir de traiter ses enfants sur le même pied d’égalité quand il y a violation des droits humains, ce qui éviterait de donner l’impression d’une compétition victimaire,  le regret de voir son pays, la France, être si injuste en faisant obstruction à l’éclatement de la vérité historique quant aux crimes contre l’humanité que les Noirs ont subis ; il a dit en substance, vouloir travailler dans ce sens-là.

Au vu de ce qui précède, force est de constater que les critiques de M. Dieudonné s’adressaient à la République Française et non à un groupe ethnique donné. Jamais M. Dieudonné n’a dit à cette conférence que le racisme anti-Noir était plus grave que la Shoah. Il a fait un rapport sur la situation dans son pays où les Noirs subissent un déni d’humanité. Nous sommes alors outrés de lire que M. Dieudonné a proféré des appels à la haine. Il y a de la part du journaliste une volonté manifeste d’induire ses lecteurs en erreur tant ces propos portent une atteinte au travail que le CRAN effectue depuis 5 ans quant au respect de la dignité humaine. En outre l’affirmation selon laquelle Dieudonné est allé au fond de la salle pour serrer la main aux gens sans prêter attention au reste du débat est dénuée de tout fondement. M. Dieudonné n’est pas le premier à serrer la main aux gens après un discours. En allant reprendre sa place au fond de la salle, les gens se sont levés spontanément pour le remercier suite à son discours. On ne peut pas non plus lui reprocher de ne pas avoir prêté attention au discours des autres orateurs puisqu’après lui, il y a eu la pause. M. Micheloni Président du FIMM qui était le président de séance peut en témoigner. En outre le DVD ainsi que la retranscription de la communication de Dieudonné (moins de 4 minutes) sont disponible au siège du CRAN et quiconque en manifeste le désir pourra les obtenir.

Quant aux propos antisémites qu’auraient tenu les personnes interrogées par le journaliste, la retranscription intégrale de la communication de Dieudonné montre qu’il n’en est rien.

Position du CRAN

Le CRAN est une organisation qui s’est donné pour but de lutter contre le racisme et le racisme anti-Noir en particulier. Ses objectifs sont, entre autres, combattre les atteintes à la dignité des Noir(e)s, favoriser et susciter le travail de mémoire indispensable. Car un passé effacé, oublié, empoisonne le présent et l’empêche de trouver son ancrage. Nous sommes indignés des accusations récurrentes dont sont victimes les communautés Noires qui ne luttent que pour la reconnaissance pleine et entière de leurs droits et le respect de leur dignité. Le CRAN ne mettra jamais en question la lutte menée par les autres communautés pour combattre le racisme dont elles sont victimes. Loin de lui l’idée de porter atteinte au travail de mémoire qu’elles effectuent également. Nous sommes solidaires avec elles comme d’ailleurs mentionné dans la Déclaration de Genève et attendons en retour que le principe de la réciprocité soit respecté.

Si M. Jeanneret avait été présent, il aurait certainement compris que le but de cette première conférence sur le racisme anti-Noir était tout sauf des appels à la haine et l’antisémitisme. Bien au contraire. La qualité des personnalités invitées (près de 200 personnes présentes) et la teneur des débats qui ont suivi nous semblent trop importantes pour qu’on les réduise aux propos d’une seule personne, propos qui, en plus ont été déformés.

Fait à Berne, le 31 mars 2006

Pour le Conseil de Gestion du CRAN Le Secrétaire Général

Gerome Tokpa