Un
rapport critique les méthodes policières en France

PARIS
(Reuters) - La Commission nationale de déontologie de la
sécurité (CNDS)
critique les méthodes de la police française lors des
arrestations et des
interrogatoires, dans son rapport annuel.
Cette
autorité administrative indépendante, créée
en 2000, déplore une
"méconnaissance des textes légaux de la procédure
pénale" pour la
garde à vue, les fouilles à corps et les menottages.
Le
rapport fait état d'une nouvelle augmentation des saisines de
cette instance
(108 en 2005 contre 97 en 2004), notamment par des parlementaires, ce
qui
confirme une tendance à la hausse : elle avait été
saisie 70 fois en 2003, 40
en 2002 et 19 en 2001.
La
commission, présidée par le magistrat Pierre Truche,
déplore que les policiers
ne respectent pas toujours les consignes du ministre de
l'Intérieur Nicolas Sarkozy sur la dignité
des personnes en garde à vue, sujet qui a fait l'objet d'une
circulaire le 11
mars 2003.
Elle
évoque aussi un cas grave, celui d'un homme retrouvé
agonisant le 10 octobre
2004, dans la rue, près du commissariat du XVIIe arrondissement
de Paris, où il
avait été placé en garde à vue la veille.
Mort
plus tard d'une hémorragie cérébrale, il ne semble
pas avoir été présenté à un
médecin, comme l'exige la loi.
La
CNDS a par ailleurs relevé des "présomptions de fausses
signatures"
des policiers sur les procès-verbaux d'audition et le registre
de garde à vue.
TROP
DE PERSONNES MENOTTEES
La
CNDS déplore par ailleurs une "banalisation" de la fouille
à corps,
pratique où un suspect est entièrement
déshabillé et qui a été utilisée par
la
police pour quatre mineurs à Montgeron (Essonne),
arrêtés pour de simples bris
de vitres, ou encore sur un simple témoin à
Créteil (Val-de-Marne).
Elle
estime aussi que les policiers menottent trop systématiquement
les personnes
appréhendées, alors que cette mesure doit
légalement être réservée aux
"individus dangereux ou susceptibles de prendre la fuite",
rappelle-t-elle.
La
CNDS s'étonne de plusieurs affaires concernant des interventions
policières à
l'encontre de mineurs, lors de contrôles d'identité ou
d'arrestations, où
l'intervention policière est jugée
disproportionnée.
Elle
suggère que, "face à un trouble minime, les policiers
s'abstiennent de
toute intervention de nature à entraîner un trouble plus
grave".
La
CNDS consacre enfin un important chapitre au placement en
rétention de familles
d'étrangers en instance d'expulsion, dont elle juge les droits
pas toujours
respectés.
Elle
raconte ainsi qu'un nourrisson d'un mois né en France en
août 2005 et sa mère,
d'origine somalienne, ont été retenus dans un
véhicule de police à Rouen "durant huit
heures, sans eau ni nourriture". Pour la CNDS, cela relève de la
maltraitance.
La
commission a été vivement critiquée en 2005 par
les syndicats de police car
elle dénonçait le racisme
dans les rangs des policiers, dans son rapport 2004.
Le
ministère de l'Intérieur et les syndicats estiment
qu'elle exagère un problème
statistiquement minime. Ses moyens financiers ont été
réduits en fin d'année
dernière.