Les
démographes testent le comptage ethnique

Catherine
Coroller
Deux
chercheurs ont lancé une étude auprès de 1327
employés et étudiants
La querelle est ancienne
: pour lutter contre les
inégalités de traitement liées aux origines, ne
faudrait-il pas les mesurer?
Et, pour les mesurer, identifier les origines? En clair, autoriser les
statistiques ethniques aujourd'hui interdites en France? Dans une
étude à
paraître en juillet dans Populations et Sociétés
bulletin mensuel de
l'Institut national d'études démographiques (Ined)
deux chercheurs,Patrick
Simon et Martin Clément, entendent conduire une «enquête
expérimentale (1)
qui teste différentes méthodes de déclaration des
origines nationales ou
ethniques et enregistre les réactions des
répondants». Objectif : évaluer
la façon dont les gens se perçoivent et se
décrivent. Un questionnaire leur a
donc été remis, dont la première partie enregistre
des informations comme le
pays de naissance et la nationalité du répondant, ainsi
que celle de ses
parents et de ses grands-parents. La seconde pose directement la
question : «Vous
diriez que vous êtes d'origine...» Dans la
troisième partie, les répondants
sont invités à se définir : «Vous
considérez-vous comme... Blanc, Noir,
Arabe ou Berbère, Asiatique, du Sous-continent indien?»
Conclusion des auteurs :
«La déclaration d'origine
exprime un choix plus qu'une description fidèle des pays de
naissance et
nationalité des ascendants.» 85 % et 75 % des
personnes ayant des
ascendants nés au Maghreb et en Europe du sud se
considèrent de cette origine,
les autres se déclarant uniquement Français. A contrario,
la correspondance
entre l'origine déclarée et l'appartenance ethno-raciale
est forte. 95 % des
personnes d'origine africaine ou caribéenne se disent
«Noires», celles
d'origine maghrébine ou africaine se déclarant
«Arabe ou Berbère». «En
revanche, si la catégorie déclarée est
"Métis", les origines
déclarées se dispersent», notent les auteurs.
L'autre objectif de
l'étude était de tester la réaction
des répondants à ce type d'enquête. Réponse
des chercheurs : «Si, parmi les
enquêtés, le principe d'une déclaration des
origines géographiques familiales
et individuelles ne rencontre pas d'opposition, l'identification
"ethno-raciale" suscite le malaise chez beaucoup.» L'utilisation
de stéréotypes ethni-raciaux comme «Blanc»,
«Noir», «Arabe ou Berbère» ou
«Asiatique» d'usage courant outre-Manche, est ressentie en
France comme un
étiquetage péjoratif ou comme une «revendication
identitaire».
(1)
L'enquête a été réalisée entre
novembre 2005 et mars 2006 dans sept
établissements (Axa, SNCF, Eau de Paris, l'Oréal, Adecco,
Ranstad, ED), trois
universités (Villetaneuse, Evry et Paris-VIII), un IUFM
(Académie de Paris), et
une collectivité locale (le conseil régional
d'Ile-de-France). 1327 employés et
étudiants y ont participé.