Convention
pour la France d'après
Outre-mer, libérons l’énergie !

Nicolas sarkozy
Paris
– salle Gaveau – mercredi 12 juillet 2006
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Je
suis heureux car cette convention, je l’ai souhaitée plus que
toute autre.
Trop longtemps, l’Outre-mer n’a fait l’objet que d’une simple annexe au
programme politique national - quand « le programme commun de
gouvernement de
la Gauche » ne l’évoquait pas dans son chapitre sur
« les relations extérieures
»... Plus ou moins concerté, ce « mini programme
» était conçu entre experts,
réels ou autoproclamés, et faisait figure, disons les
choses clairement,
d’exercice imposé… Je souhaite rompre avec cette méthode.
Pour ma part, je veux que le projet pour l’Outre-mer soit une
pièce maîtresse
du projet pour la France de demain. Non pas simplement pour des raisons
symboliques mais parce qu’il n’y a pas « deux France » : on
est ou on n'est pas
dans la République !
Notre projet pour l’Outre-mer doit être le fruit d’une dynamique,
d’un travail
de long terme, sérieux et éloigné de toutes
considérations clientélistes. C’est
la raison pour laquelle, après m’être rendu dans tous les
départements
d’Outre-mer, j’ai souhaité que toutes les collectivités
d’Outre-mer nous
fassent part de leurs idées et que l’on organise une convention
spécifique sur
le sujet. C’est cette convention qui nous réunit tous
aujourd’hui. Je tiens
d’ailleurs à remercier tout particulièrement les
organisateurs de cette
convention, Michel
Diefenbacher
et Marie-Dominique
Aeschlimann.
Je tiens aussi à saluer mes
collègues François Baroin et Léon Bertrand qui ont
activement participé à cette
journée entièrement consacrée à
l’Outre-mer.
Pour autant, notre programme ne peut être la simple juxtaposition
des
propositions de chaque territoire. Même si aborder l’Outre-mer
dans un discours
global est forcément réducteur, je vais essayer de vous
livrer ma vision des
principaux enjeux d’aujourd’hui et de demain pour ces territoires dans
l’ensemble français.
*
Je
suis d’abord frappé par la méconnaissance des
réalités de l’Outre-mer chez
bon nombre de nos concitoyens et, ce qui est plus grave, chez beaucoup
de nos
responsables politiques de haut rang. Les clichés ont la vie
dure et il est
temps de porter une autre image de l’Outre-mer.
Car - enfin !- l’Outre-mer c’est la France de plain-pied dans la
mondialisation
! La Réunion, dans l’Océan indien, est aux portes de
l’Afrique et aux confins
de la péninsule indienne. La Guadeloupe,
Saint-Barthélemy, Saint-Martin et la
Martinique relient, dans l’Arc antillais, les deux Amériques. La
Guyane est en
Amazonie alors que les îles de Saint-Pierre et Miquelon sont
tournées vers le
Canada ; la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la
Polynésie française,
dans l’Océan Pacifique, sont à proximité de l’Asie
et de l’Australie. Ce sont
les seuls territoires européens dans la zone ! Les Terres
australes et
antarctiques françaises couvrent, quant à elles,
d’immenses zones aux confins
du monde habité.
Si la France, 46ème pays par sa superficie, est la
deuxième puissance maritime
du monde par l’étendue de sa zone économique exclusive,
qui fait 11 millions de
km carrés, c’est grâce aux territoires d’Outre-mer !
Mais avant tout cela, il y a les femmes et les hommes d’Outre-mer : 2,5
millions d’entre eux habitent ces territoires alors que près
d’un million
résident en métropole. Leurs origines, leurs histoires et
leurs cultures sont
multiples. Quel point commun y a-t-il entre un Amérindien de
Guyane, un
Saint-pierrais, un Créole, un Wallisien et un Mahorais ? Eh
bien, il y en a au
moins un : la France !
Nos
destins sont liés, notre histoire est commune et le désir
de « vouloir
vivre ensemble » est réel. L’appartenance des quatre DOM,
de
Saint-Pierre-et-Miquelon et de la Nouvelle-Calédonie à la
France est plus
ancienne que celle de la Savoie ou des Alpes-Maritimes ! Le tribut
payé par les
Français d’outre-mer lors des grands conflits a
été lourd et des hommes
remarquables, comme Félix Eboué, se sont
illustrés.
Notre communauté de destin est donc ancienne et on peut se
réjouir que, depuis
la révision constitutionnelle de 2003, les collectivités
françaises d’outre-mer
soient nommées, une par une, dans la Constitution. Cet ancrage
à la République
est une chance pour l’Outre-mer mais j’aimerais que nos compatriotes de
métropole comprennent que c’est aussi une chance pour la France
! Si la France
peut, d’une certaine manière, prétendre à un
discours universaliste, c’est
qu’elle n’est pas enfermée dans son hexagone. De fait, la France
des trois
océans est présente partout dans le monde et s’est
enrichie au fil des siècles
de la diversité de ses populations.
Nous
savons que l’Outre-mer est associé, dans l’imaginaire collectif,
à des
destinations de vacances ou à des sportifs de haut niveau.
Pourquoi pas…c’est
une facette de la réalité ! Mais l’Outre-mer c’est bien
d’autres choses dont
nous pourrions prendre exemple!
C’est une certaine « modernité institutionnelle »
avec un apprentissage très
abouti de décentralisation des pouvoirs, notamment dans les
collectivités à
statuts particuliers.
L’Outre-mer
c’est aussi une certaine « modernité sociale ». Le
multiculturalisme originel a conduit à développer des
modes de vie et
d’acceptation des différences, y compris sur le plan religieux.
J’ai, par
exemple, été frappé, lors de mon dernier
déplacement à la Réunion, de constater
que le christianisme, l’islam, l’hindouisme se côtoyaient de
façon sereine, en
totale cohérence avec les grands principes de la
laïcité qui fondent notre
République. L’exemple est à méditer…
L’Outre-mer
c’est, enfin, malgré les difficultés évidentes sur
lesquelles je
reviendrai, une certaine « modernité économique
». Dans la plupart des cas, les
économies se caractérisent par un fort taux de
création d’entreprise et un taux
de croissance globalement supérieur à celui de la
métropole. La Réunion a
développé une réelle expertise dans le domaine des
technologies de la
communication, la Nouvelle-Calédonie possède une
industrie performante autour
du nickel alors que la Guyane abrite le centre spatial de Kourou, si
stratégique pour la France et l’Europe.
Pour autant, tout ne va pas bien en Outre-mer. Nous le savons tous ici
mais je
tenais à rappeler qu’avant d’être un «
problème », un « dossier » ou une «
charge budgétaire », l’Outre-mer est un atout, une
fenêtre ouverte sur le monde
et, probablement, un potentiel immense pour notre avenir commun.
Mais ne versons pas dans l’angélisme, malgré les efforts
fournis par les
Français d’Outre-mer et par le Gouvernement actuel, la situation
sur le plan
économique et social ne peut être qualifiée de
satisfaisante. J’ai pu
personnellement mesurer à quel point les attentes sont fortes
notamment dans
les domaines qui touchent à la vie quotidienne.
Quelle est la situation ?
Même si le chômage a globalement décru en Outre-mer
durant les dernières
années, le taux de chômage reste souvent deux à
trois fois supérieur à celui de
métropole : 25 % à Mayotte, 26 % en Guyane, 31% à
La Réunion! Globalement, pour
l’ensemble des territoires d’outre-mer, le PIB/habitant est très
nettement
inférieur à celui de la métropole même si la
situation est contrastée d'un
territoire à l'autre.
J’ai pu observer, lors de mes déplacements Outre-mer, à
quel point le tissu
social était parfois distendu. Le niveau de violence est
élevé, les conflits
sociaux sont nombreux et la question raciale demeure trop souvent
structurante
dans les rapports sociaux. Elle peut être à l’origine de
conflits ou non mais
elle est, en tout état de cause, rarement neutre.
Cette situation est objectivement peu satisfaisante et des
réponses doivent
être apportées. Elles doivent être concrètes
et ciblées sur les préoccupations
réelles de nos concitoyens. Ce qu’il faut éviter, c’est
exactement ce que fait
le Parti socialiste, c’est-à-dire une litanie de mesures -
près d’une centaine
m’a-t-on dit ! Je crois sincèrement que le temps des promesses
qui se limitent
à préconiser le quadruplement de tel ou tel fonds est
révolu…Ce n'est pas de
cela que l'Outre-mer a besoin ! Il faut être sérieux : la
démagogie est une
forme d’irrespect vis-à-vis de nos concitoyens.
C’est la raison pour laquelle, je pense qu’il faut afficher des
idées simples
et s’y tenir. Pour moi, la philosophie de notre programme est claire :
•
Il faut reconnaître et mettre en valeur la
spécificité et la diversité de
l'Outre-mer français. Cela implique notamment d’admettre
qu'il subsiste un
décalage inacceptable avec la métropole sur plusieurs
plans et que cette
réalité objective justifie une approche en termes de
« discrimination positive
territoriale ». Cette approche doit se démarquer nettement
d'une culture de
l'assistanat.
• Il faut construire un projet qui prenne prioritairement en compte
les
questions de sécurité et de développement
économique et sortir des éternels
débats institutionnels. Ces débats ont, de fait,
souvent eu pour effet de
masquer les vrais problèmes de nos compatriotes d’Outre-mer dans
leur
quotidien.
• En matière de développement économique, il
faut faire des choix plus
clairs et plus courageux en concentrant les efforts sur les secteurs
réellement
porteurs. Il faut susciter bien davantage l'ouverture à
l'environnement
régional et lever au maximum les contraintes de toutes sortes
pesant encore sur
les entreprises afin de créer les conditions d'un
développement économique
endogène, c’est-à-dire un développement qui serve
réellement les populations
locales.
Cette approche paraît d'autant plus impérative que le
contexte international
évolue vers plus de libéralisme et que
l’élargissement récent de l’Union
européenne à des pays émergents affaiblit la
position relative de l’Outre-mer
dans la construction européenne. Dans ce contexte, auquel
s'ajoutent les
contraintes budgétaires nationales, le volume des aides directes
est, de toute
façon, destiné à se réduire. Il faut donc
accompagner cette tendance par une
approche plus responsable du développement de l’Outre-mer.
Au fond, pour moi, il y a quatre priorités :
1) Garantir la sécurité car c’est la condition
première de l’exercice des
libertés, y compris celle d’entreprendre.
2)
Créer les conditions d’un véritable développement
local et d’un emploi
durable qui donne de vraies perspectives à notre jeunesse
d’Outre-mer.
3)
Développer une solidarité qui ne se confonde pas avec de
l’assistanat et qui
soit au service de l’égalité des chances.
4)
Conforter les identités et les cultures diverses au sein d’une
République
unie.
*
I
- Garantir la sécurité dans un Etat de droit, condition
première de
l’exercice des libertés
En matière de sécurité, il ne faut pas se le
cacher, la situation demeure
difficile en Outre-mer. Il faut donc redoubler de vigueur, tant en
matière de
sécurité publique et de lutte contre l’immigration
clandestine que de sécurité
routière et de sécurité civile.
Certes, beaucoup de progrès ont été
réalisés dans le domaine de la sécurité
publique, ces dernières années, grâce à une
politique de fermeté et d’action
tous azimuts. Partout les moyens humains et matériels ont
été renforcés. Des
technologies nouvelles ont été déployées,
comme les radars à Mayotte. De
nouvelles structures de coordination opérationnelle ont
été mises en place
comme, par exemple, aux Antilles avec la création de la
plate-forme
interministérielle de lutte contre les stupéfiants.
Enfin, la loi, lorsqu’elle
n’était pas adaptée au contexte local, a
été modifiée ; c’était l’objet du
volet spécifique à l’Outre-mer de la loi relative
à l’immigration et à
l’intégration récemment votée. Les
résultats sont déjà mesurables. Sur les
douze derniers mois, la délinquance de voie publique a
baissé de 4,67% sur
l’ensemble de l’Outre-mer.
Doit-on,
pour autant, s’en satisfaire ? Non, car nous n’avons fait qu’une
partie du chemin et je sais que les difficultés restent immenses
pour beaucoup
de nos compatriotes d’Outre-mer. Le taux de délinquance demeure
élevé et, en
matière de sécurité, l’isolement physique
accroît le sentiment de
vulnérabilité.
Des phénomènes massifs d’immigration clandestine
déstabilisent certaines
sociétés qui ne sont pas armées pour
intégrer ces migrants issus de pays
frontaliers souvent très pauvres. Je pense à Mayotte,
à la Guyane mais aussi à
la Guadeloupe.
L’insécurité
générée par tous ces facteurs a un coût
social et économique
élevé. Nous savons, notamment aux Antilles, que la
montée de l’insécurité et sa
persistance à un niveau soutenu ont été à
l’origine du renoncement de certains
investisseurs et de la perte de marchés, particulièrement
dans le domaine
touristique.
Au
total, l’insécurité est donc encore durement ressentie en
Outre-mer. Il ne
faut pas sous-estimer ce phénomène comme a pu le faire la
Gauche, en son temps,
en s’abritant derrière un simple « sentiment
d’insécurité ». C’est la raison
pour laquelle il faut aller plus loin !
Il
faut renforcer la lutte contre le narcotrafic et l’immigration
clandestine,
notamment dans les Départements français
d’Amérique et à Mayotte, par la mise
en place de moyens aéronavals et de détection
supplémentaires. Il est
fondamental, en parallèle, de développer notre
capacité de renseignement en
structurant davantage nos liens avec les alliés et surtout avec
les pays proches
et à risque.
De
même, il est nécessaire de renforcer la coopération
civilo-militaire sur les
missions de sécurité qui, en Outre-mer, s’apparentent,
dans bien des cas, à la
préservation de la souveraineté nationale. Les
Armées, qui s’investissent déjà
dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, doivent
contribuer davantage aux
missions de sécurisation des frontières et aux
interventions en milieux
spécifiques.
Mais
tous ces efforts en matière répressive seront vains sans
une politique
articulée autour de trois axes complémentaires.
Le
premier est celui de l’amélioration quantitative et qualitative
de la prise
en charge carcérale des délinquants. Partout en
Outre-mer, nos prisons sont
saturées avec des taux d’occupation moyens qui varient entre 130
et 150 %…
Songez que, dans certains territoires, des délinquants
condamnés à des peines
de prison ferme pouvant aller jusqu’à 9 mois ne purgent pas
leurs peines ! Il
faut donc augmenter, en urgence, la capacité de nos prisons en
commençant par
les territoires dotés d’un seul établissement car les
mesures de gestion de la
population carcérale sont, dans ces cas, très difficiles
à mettre en oeuvre.
Cela doit aller de pair avec de sérieux effort en matière
de suivi des détenus
et l’amélioration de la prise en charge des remis en
liberté car très peu de
structures existent en la matière…
Le
deuxième axe consiste à approfondir la lutte contre les
filières de trafics
et contre le travail clandestin qui alimente souvent l’immigration
irrégulière.
C’est la raison pour laquelle j’ai créé, chaque fois que
j’en ai eu l’occasion,
des Groupes d’Intervention Régionaux (GIR) permanents en
Outre-mer, comme en
Guyane, il y a quinze jours. Ce travail doit être poursuivi et
amplifié sans
faiblesse car il ne faut pas s’arrêter à la surface des
choses.
Le
troisième axe est celui du renforcement substantiel de notre
politique de
co-développement vis-à-vis des Etats pauvres qui sont
voisins de nos
territoires. Sans réductions des écarts de richesse, nos
territoires
continueront à exercer une très forte attractivité
vis-à-vis des pays les plus
en difficulté. C’est le cas de Mayotte à quelques
kilomètres des Comores, de la
Guyane qui jouxte le Surinam ou de la Guadeloupe proche de Haïti…
Pour
ce qui est de la sécurité routière, il est temps
de faire preuve de
davantage de rigueur en commençant par des choses simples comme
le port du
casque. Il n’est pas normal que l’insécurité
routière continue à croître en
outre-mer alors que la tendance est inverse en métropole ! Il
faut donc renforcer
les dotations de radars automatiques - surtout mobiles - et assurer
systématiquement les moyens d’une immobilisation réelle
des véhicules par la
création de fourrières départementales ou de
moyens de destruction appropriés.
Il est inacceptable que l’on se tue plus en outre mer qu’en
métropole. Aucune «
spécificité » ne peut justifier cette situation !
En
matière de sécurité civile, les efforts à
fournir sont substantiels. Les
territoires ultramarins sont plus exposés aux risques naturels
majeurs que la
métropole. Il faut donc déployer les moyens
nécessaires pour apporter une
première réponse immédiate en cas de catastrophe
de grande ampleur. Cela
implique la création d’une véritable force d’intervention
locale avec de réels
moyens de projection et le pré-positionnement de stocks de
matériels adaptés au
volume des victimes potentielles. Parlons clairement : ce n’est pas le
cas
aujourd’hui. Nous avons là à faire face à un vrai
problème d'équité.
Mais
il faut aussi, pour les risques quotidiens, mettre à niveau et
sécuriser
les moyens d’intervention des acteurs courants de la
sécurité civile en aidant
à la mise à niveau des bâtiments des sapeurs
pompiers avec une priorité à la
sécurisation des centres opérationnels. Depuis de
nombreuses années, un certain
nombre de décisions ne sont pas prises en matière
d’équipement par les
collectivités qui n’en ont parfois pas les moyens et par l’Etat
qui n’en a plus
la compétence. Je crois que cette impasse a une limite : celle
du droit à la
sécurité qui est le même pour tous les
Français ! Cela veut peut-être dire que
le schéma de décentralisation qui a produit des effets
plutôt positifs en
métropole n’est pas adapté à certaines de nos
collectivités d’Outre-mer.
Peut-être pourrait-on envisager, pour ces collectivités,
de retransférer cette
compétence à l’Etat, au niveau du Préfet ?
Je
suis convaincu que la sécurité est une priorité
pour bon nombre de nos
compatriotes d’Outre-mer. Beaucoup souffrent de ne pas pouvoir vivre
dans un
climat apaisé où leurs enfants n’auraient pas à
craindre d’aller à l’école ou
de sortir en ville. Je suis ; d’ailleurs ; frappé du fait que
les socialistes
n’en disent rien… Je crois que, pour être crédible, il
faut tout de même avoir
le sens de la hiérarchisation des priorités !
II
- Créer les conditions d’un véritable
développement local et d’un
emploi durable
En matière économique, le constat est connu, «
appelons un chat, un chat » :
les économies ultramarines sont globalement en décalage
de développement même
si une baisse du chômage de 3% a été
enregistrée entre 2004 et 2005.
Ce
sont des économies physiquement exclues des marchés
métropolitains et
européens et qui ne présentent pas une taille critique
pour certains types
d’activités, en particulier industrielles. Les échanges
économiques régionaux
demeurent généralement assez modestes dans les faits
même si les relations de
nature politique, humanitaire et culturelle existent.
Ces
économies sont caractérisées par l’importance du
secteur public, un niveau
de prix élevé en raison de l’éloignement et de
l’effet inflationniste du
système des « sursalaires ». Elles sont
marquées, par ailleurs, par de fortes
disparités de richesses. Quelques grands groupes, très
structurants
économiquement, cohabitent avec une multitude de très
petites entreprises,
souvent fragiles.
Alors
que faire ? Que faire lorsque tant de choses ont été
tentées, que tant de
dispositifs existent ce qui fait dire à certains que l’Outre-mer
« coûte cher
». Comme si l’on se posait la question du coût de la Creuse
ou du coût de la
Lozère… Ces territoires font partie intégrante de la
République, leurs
handicaps en matière de développement sont objectivement
mesurables. La
solidarité la plus élémentaire, non pas celle des
mots mais celle des actes,
justifie donc une approche en termes de discrimination positive
territoriale.
L’enjeu
fondamental est de donner à ces économies une forme
d’autonomie, une
plus grande capacité de développement par
elles-même. Je ne crois pas à une
accumulation de mesures aux objectifs multiples qui se traduiraient par
une
série d’aides publiques supplémentaires. Je crois, au
contraire, qu’avec plus
de 80 régimes d’aides publiques, il y a probablement un effort
de
rationalisation et de simplification à faire.
Je
suis convaincu que le problème des économies d’Outre-mer
ne se pose pas en
termes de « rattrapage » par rapport à un
prétendu modèle métropolitain ou
européen. Je pense qu’il faut que chaque économie trouve
sa voie propre et que
ces économies peuvent même prétendre à
l’excellence.
Je
crois qu’il faut, par conséquent, concentrer nos efforts dans
deux grandes
directions : lever au maximum les contraintes qui pèsent sur la
création de
richesse et structurer les filières à enjeux. Cela peut
se traduire de
plusieurs façons.
Cela
signifie d’abord maintenir une politique stable d’incitation fiscale
à
l’investissement en conservant le principe de la défiscalisation
posé par la
loi de programme de 2003 et en en simplifiant les procédures.
Présenter le
défiscalisation Outre-mer comme un ensemble de « niches
fiscales » révèle, pour
le moins, une méconnaissance de la réalité
économique de terrain. La
défiscalisation est, en réalité, un outil de
développement pour des économies
sous capitalisées et spontanément peu attractives pour
des investisseurs. Des
engagements ont été pris par l'Etat sur 15 ans, ils
doivent être respectés.
N’oublions jamais que la richesse est créée par le
secteur productif et que les
investisseurs détestent l’inconstance des politiques publiques.
Cela ne veut
pas dire qu’il ne faille pas corriger les imperfections du
système s’il a
généré des effets d’aubaine inacceptables. A
l’inverse, on peut penser à des
outils nouveaux de développement…
C’est
dans ce contexte que je propose d’étudier, dans les territoires
où l’Etat
dispose de la compétence fiscale, la possibilité de
créer des « zones franches
globales d’activités » couvrant
l’intégralité des territoires. Ces zones
franches ne concerneraient que les secteurs les plus porteurs et les
plus
exposés à la concurrence. L’idée que j’ai soumise
au débat, lors de mon
déplacement aux Antilles, est simple dans son principe : pour
que les échanges
économiques soient plus équilibrés et qu’ils
soient davantage tournés vers les
pays proches qui ont, pour la plupart, des coûts de production
très nettement
inférieurs aux nôtres, il faut agir sur plusieurs leviers
dont celui de la
fiscalité des entreprises en l’adaptant au contexte local. Ce
n’est finalement
que l’application, à ces territoires, du principe
d’égalité des chances.
Ce
qui est en jeu, ce n’est pas « une mesure fiscale de plus
», ce qui est en
jeu c’est la fondation d’un nouveau projet de développement pour
les
territoires d’Outre-mer concernés. Ce projet devra d’ailleurs
être accompagné
d’efforts de structuration des filières.
Les sursalaires de la fonction publique font-ils obstacle au
succès d’un tel
projet ? Je n’ai, sur ce point, aucun a priori, ni dans un sens, ni
dans
l’autre. Hérité de l’histoire, ce système a des
avantages : le soutien de la
consommation, l’émergence d’une classe moyenne et la
solidarité familiale. Ce
n’est pas rien lorsque le chômage est important ! Mais ce
système a aussi des
inconvénients : des prix structurellement élevés
qui pèsent sur la
compétitivité de l’économie locale, une charge
pour les finances des collectivités
publiques et une faible attractivité des entreprises du secteur
marchand. Sur
cette question, il n’y aura pas de solution sans consensus et il n’y
aura pas
de consensus si notre ambition était un alignement du pouvoir
d’achat par le
bas. Je pense qu’il est important d’accepter ce débat sans tabou
et sur la base
de données objectives.
Parallèlement,
il me semble nécessaire de développer des partenariats
économiques régionaux en incitant à l’exportation
de services et de
savoir-faire. Sans négliger les secteurs traditionnels, comme la
banane ou la
canne, qui sont très importants pour la préservation des
équilibres de nos
territoires, je pense que l’avantage comparatif de nos économies
locales se
situera davantage dans des secteurs comme l’ingénierie de la
construction et
des travaux publics, les communications, l’eau, l’assainissement ou les
énergies renouvelables. Il faut, en particulier, inciter les
grandes
entreprises nationales et même européennes à
davantage utiliser nos territoires
français d’Outre-mer comme des « plate-formes logistiques
et décisionnelles »
pour mieux pénétrer les marchés étrangers
environnants.
Dans
cette même logique, je suis convaincu qu’il faut faire
émerger de façon
volontaire, quitte à les aménager, des pôles de
compétitivité ultramarins, à
l’image du projet réunionnais sur « l’agro-nutrition en
milieu tropical » que
j’ai accompagné. Cette démarche permettra de concentrer
les énergies multiples
vers un but commun et de donner confiance à des acteurs
économiques qui en ont besoin.
Enfin,
lever les obstacles à la création de richesses, c’est
aussi structurer
le dialogue social dans des territoires qui en ont besoin comme, par
exemple,
la Guadeloupe ou la Nouvelle Calédonie. Il faut créer,
dans ces territoires,
des « facilitateurs », sous la forme d’un binôme
employeur/syndicaliste,
susceptibles d’intervenir à la demande des parties en conflit.
Il faudrait
aussi, à l’instar de ce qui s’est fait en Martinique, favoriser
les formations
conjointes des partenaires sociaux au droit du travail et leur
permettre
d’étudier les bonnes pratiques de résolution des conflits
à l'étranger.
III- Développer une solidarité qui ne se confonde pas
avec de
l’assistanat et qui soit au service de l’égalité des
chances
La
solidarité est un concept « fourre-tout » que l’on
invoque souvent sans en
définir précisément les contours. Je crois,
qu’aujourd’hui, il est temps de
modifier notre conception de la solidarité avec l’Outre-mer. La
solidarité ce
n’est pas l’achat de la paix sociale à coup de transferts en
tous genres. La
solidarité c’est assurer les conditions fondamentales du
développement humain
pour que, de façon autonome et digne, un peuple puisse regarder
son avenir en
face, debout !
Il
faut arrêter le saupoudrage des aides et identifier des
priorités
fondamentales pour le développement. Concrètement, pour
moi, notre devoir de
solidarité doit s’exercer dans trois directions : la
santé, l’éducation et
l’aménagement du cadre de vie.
En
matière de santé, les niveaux d’équipement
sanitaire sont généralement
satisfaisants. Le réseau d'établissements est
relativement dense et les
plateaux techniques sont plutôt performants.
Généralement, d'ailleurs, il y a
une forte attractivité des structures françaises dans les
régions où elles se
situent.
Il
existe néanmoins, ponctuellement, des situations très
insatisfaisantes en
matière d'offre de soins, comme en Guyane ou à Mayotte.
Certains indicateurs de
santé sont en décalage avec ceux de la métropole.
Par exemple, l'espérance de
vie à la naissance en Guyane est inférieure d'environ
quatre ans à celle de la
métropole. Ce n’est pas acceptable sur le territoire de la
République !
Les
problèmes de santé que l'on rencontre, sans être
spécifiques par nature, le
sont souvent par leur ampleur ; je pense aux toxicomanies, au SIDA,
à
l’alcoolisme ou aux troubles psychiatriques... Par ailleurs, certains
problèmes
particuliers de santé persistent, comme le chikungunya, le
paludisme, la
dengue, la tuberculose et même la lèpre en Guyane !
Dans
ce contexte, il y a, à mon sens, plusieurs priorités.
Il
est d’abord impératif de combler les retards d'offre de soins
dans les
départements très insuffisamment dotés et sujets
à de fortes pressions
migratoires. Je pense notamment à la Guyane, à Mayotte
mais aussi à La Réunion
où le nombre de lits pour 10 000 habitants est encore,
aujourd’hui, inférieur
de moitié au ratio métropolitain !
Il
faut, ensuite, développer de façon urgente la
capacité et la qualité des
structures de prise en charge des toxicomanes et diversifier l'offre
d'accueil
par des structures spécialisées, les communautés
thérapeutiques ou les
placements familiaux. En complément, il est urgent de
développer la capacité et
la qualité des établissements psychiatriques.
Au-delà, c'est à une véritable
politique de santé mentale qu'il faut s'atteler par la
diversification des
structures d'accueil mais aussi par un travail sur l’acceptation de la
maladie
par la société.
Enfin,
l'offre médico-sociale pour les personnes âgées et
handicapées doit être
encouragée afin de favoriser des retours à domicile dans
de bonnes conditions.
Mettre en place des mesures fiscales incitatives pour la
création d’emplois
dans le secteur des services à domicile me paraît
particulièrement judicieux.
En
ce qui concerne l’éducation, on constate que le maillage du
réseau éducatif
est plutôt satisfaisant, même si bon nombre de
bâtiments sont mal adaptés, les
communes n’ayant pas les moyens suffisants pour intervenir efficacement.
On note, cependant, des différences de niveaux avec la
métropole, notamment au
sortir de l’école primaire, et que le phénomène de
fuite des cerveaux vers la
métropole a tendance à persister dans un contexte
où l'enseignement supérieur
atteint rarement une taille critique. Ce domaine est crucial car c’est
sur le
capital humain que se construiront des sociétés plus
prospères.
Il faut donc promouvoir des formules « d’école de la
deuxième chance » adaptées
aux contextes locaux. L’échec scolaire n’est pas une
fatalité ; il doit être
combattu avec une extrême détermination.
Il est aussi important d’assurer une articulation plus forte entre la
formation
et l’emploi en accentuant l’effort sur l’enseignement professionnel
dans un
contexte d’inadéquation de l’offre et de la demande de travail.
La formation
est trop souvent déconnectée des besoins présents
et à venir des territoires.
Il est souhaitable que les étudiants soient mobiles et qu’ils
aillent se
mesurer à d’autres dans un contexte concurrentiel. Il faut donc
favoriser
l’acquisition, par les étudiants, d’une formation et même
d’une première
qualification professionnelle dans l’hexagone ou à
l’étranger. C’est à ce prix
que seront formés les cadres dont l’Outre-mer a besoin.
Parallèlement, il faut développer le rayonnement
international des universités
d’Outre-mer dans leurs contextes géographiques. Il faut
éviter des universités
sous-dimensionnées qui ne trouvent pas en elles-mêmes les
ressources
nécessaires. Cela implique de développer des domaines
d’excellence et d’ouvrir
davantage le recrutement des professeurs et assistants pour en
diversifier les
origines et éviter les phénomènes
clientélistes préjudiciables à la qualité
des
enseignements.
La question de la formation de la jeunesse en Outre-mer est, pour moi,
une
question cruciale sur laquelle il faut être
particulièrement offensif. La
formation est, par excellence, un investissement de long terme qui est
fondamental pour asseoir les bases d’un développement
économique et social
propre à chaque territoire.
Enfin, la solidarité, c’est aménager un cadre de vie et
d’activité propice à un
développement harmonieux.
Nous savons que les capacités financières des
collectivités locales ont souvent
été obérées par un contexte
économique et social difficile mais aussi, parfois,
disons les choses comme elles sont, par une gestion approximative.
Le
résultat c’est que le bâti et les réseaux sont
dégradés et inadaptés aux
risques naturels. Les possibilités de rénovation sont
limitées par le manque de
moyens des communes, les surcoûts liés au climat et les
contraintes foncières.
Il existe, par ailleurs, un phénomène de mitage du
territoire par des
constructions souvent inachevées et un nombre de constructions
illégales
important, y compris sur les côtes. Enfin, pour des raisons
notamment
architecturales, l’animation des centres-villes est souvent difficile.
En matière de transport, les liaisons aériennes avec la
métropole sont
onéreuses, ce qui représente un frein très concret
à la mobilité et aux
échanges. Quant aux transports collectifs internes, ils sont
notoirement
insuffisants, ce qui provoque des phénomènes de
congestion du trafic
préjudiciables à l’activité économique et
à la qualité de la vie.
Face à cette situation, il y a plusieurs axes d’efforts.
Il faut tout d’abord renforcer l’intervention financière de
l’Etat en matière
de logement social et la pérenniser. La défiscalisation
pourrait, à cet égard,
être réorientée, en partie, sur le financement du
logement social.
Je
pense aussi qu’une mobilisation particulière est
nécessaire pour la
rénovation des centres des agglomérations chef-lieux car
je vois mal comment
certains territoires pourront réellement décoller, y
compris sur le plan
touristique, sans avoir une ville-capitale fonctionnelle et attractive !
Dans
le même esprit, je pense qu’il faut favoriser une politique
ambitieuse de
protection des espaces remarquables tout en en prévoyant
l’exploitation
touristique durable. En matière d’environnement, la France
détient un
patrimoine exceptionnel grâce à l’Outre-mer. Nous sommes
collectivement
comptables de cette richesse et nous devons affirmer, sans
ambiguïté, notre
volonté de protection dans le cadre d’une stratégie
nationale. L’inscription
des récifs coralliens de la Nouvelle-Calédonie au
patrimoine mondiale de
l’UNESCO, la création d’un parc national en Guyane ou le projet
de réserve
naturelle sur les Terres australes et antarctiques françaises
participent de
cette volonté. La qualité de l'environnement sera demain,
plus encore
qu'aujourd'hui, un atout majeur dans un contexte de concurrence
croissante avec
des destinations touristiques meilleur marché.
Par ailleurs, je suis convaincu que la notion de continuité
territoriale est
fondamentale à plusieurs titres. C’est à la fois une
question économique et
sociale. Il en va de la compétitivité de nombreux
secteurs économiques comme de
la cohésion des familles dispersées. Compte tenu des
enjeux et dans un contexte
oligopolistique, j’estime que l’Etat est parfaitement légitime
à intervenir
pour favoriser une baisse des tarifs des transports aériens.
C’est la raison
pour laquelle j’ai proposé récemment que l’on s’attaque
au problème, de façon
concrète, en agissant à la fois sur l’offre et la
demande.
Je
propose d’abord de modifier les obligations de service public qui
pèsent sur
les compagnies qui desservent l’Outre-mer. Cela devrait favoriser un
accroissement de l’offre de sièges - et donc une baisse des
tarifs - puisque
l’organisation de vols charters et l’arrivée
d’éventuelles nouvelles compagnies
seront facilitées.
La seconde idée que je propose consiste à agir sur la
demande de sièges d’avion
en révisant les modalités d’application du système
des congés bonifiés, sans le
remettre en cause, afin de mieux étaler les périodes de
départ en congés et
donc de favoriser une baisse des tarifs. Ces propositions doivent, bien
entendu, faire l’objet d’une concertation.
De même, il me paraît important d’assurer l’accès
des ultramarins à l'Internet
haut débit à des conditions comparables à celles
de la métropole, tant d'un
point de vue technique que tarifaire. Je ne vois d’ailleurs pas
pourquoi, de la
même manière, la TNT ne pourrait pas être
déployée en Outre-mer dans les mêmes
conditions qu’en métropole.
Enfin, il me paraît fondamental que l’Etat, dans le cadre des
contrats de
projets, soutienne davantage les politiques locales de transports en
commun de
personnes, notamment lorsqu’il s’agit d’alternatives à la route.
Il en va de
même du transport des marchandises qui pourrait être
assuré bien davantage par
voie maritime.
IV- Conforter les identités et les cultures diverses au sein
d’une
République unie
La question identitaire est toujours importante en Outre-mer,
même si elle
trouve des modes d'expression divers. Elle peut et doit être
distinguée de la
question institutionnelle.
Ma conviction, c’est que, dans une démocratie mature, la
République peut et
doit faire davantage de place aux identités et cultures
d’Outre-mer car, en
réalité, elles font partie de nous-même!
C’est la raison pour laquelle je suis favorable à l’enseignement
des langues et
cultures régionales dans leurs territoires d’origine et que je
suis même
favorable à leur enseignement en métropole lorsque que la
demande est
suffisamment importante pour justifier un investissement du
système éducatif.
N’oublions pas que le créole - je devrais dire les
créoles - constitue l’ensemble
de langues régionales le plus important de France par le nombre
de locuteurs…
Nos
compatriotes, natifs ou originaires d’outre-mer sont sensibles à
ces
questions. Leur positionnement n’est pas aisé dans la
société française. Ils
ont souvent un triple sentiment : un sentiment d’éviction,
d’amalgame et
d’abandon. Sentiment d’éviction lorsqu’ils constatent,
malgré leur nombre, leur
« invisibilité » dans la sphère publique,
politique et médiatique. Sentiment
d’amalgame lorsqu’on prétend les associer à une
communauté noire d’origine
africaine. Sentiment d’abandon, parfois, lorsqu’en métropole
depuis longtemps,
ils ne se sentent pas tout à fait intégrés mais
que, « de retour au pays », ils
ne sont plus tout à fait chez eux non plus…Je pense qu’il y a
là un vrai sujet
qu’il faut aborder sans démagogie mais avec énergie.
Il faut probablement aborder cette question sous deux angles : changer
l’image
qu’ont certains métropolitains de leurs compatriotes ultramarins
mais aussi
changer le regard que portent certains ultramarins sur eux même.
En d’autres
termes, il faut combler le déficit de reconnaissance symbolique
des
ultramarins. Cela peut prendre plusieurs formes.
Cela peut consister à corriger le déficit d’image de
l’Outre-mer et des
ultramarins dans les médias. Le paysage audio-visuel est
certainement en partie
responsable du fait que l’Outre-mer soit mal connu et que son image
soit
souvent caricaturée. C’est la raison pour laquelle je
souhaiterais intégrer
dans les missions du CSA celle de la promotion de l’Outre-mer dans tous
ses
aspects culturels, historiques et géographiques. Au-delà
de la présentation
quotidienne de la météo des collectivités
d’Outre-mer qu’il serait déjà bien de
réintroduire sur les antennes des grandes chaînes
hertziennes, il pourrait
s’agir notamment de veiller à la recherche d’un équilibre
dans le traitement
des sujets d’actualité mais aussi des émissions de fond.
Combler le déficit de reconnaissance, c’est aussi promouvoir
davantage, à
talent égal, des originaires d’outre-mer dans la sphère
administrative aux
postes d’autorité. C’est ainsi que, comme Ministre de
l’Intérieur, j’ai déjà
nommé, dans le corps préfectoral, plusieurs Hauts
fonctionnaires talentueux
venant de l’Outre-mer. C’est la même dynamique qui doit nous
animer en politique
mais sans démagogie ! Pour les scrutins uninominaux, il faut
désigner le
candidat qui a le plus de chance de gagner sur son nom et tant mieux si
c’est
un ultramarin ! Pour les scrutins de liste, notamment aux
élections
municipales, il faut inscrire en position éligible des
Français d’outre-mer
dans toutes les communes où des communautés
significatives habitent.
Combler
le déficit de reconnaissance symbolique, c’est, enfin, mettre en
lumière les grands hommes et femmes que l’Outre-mer a
donné à la France. C’est
la raison pour laquelle j’ai convenu avec le Ministre des Transports,
Dominique
Perben, de faire aboutir, dès que possible, une procédure
de changement de
dénomination de l’aéroport de la Martinique pour baptiser
ce dernier du nom
d’Aimé Césaire. Je crois que c’est justice
vis-à-vis du grand poète et de
l’homme d’engagements et de paix qu’est Aimé Césaire,
même si sa modestie, je
le sais, en souffrira.
Mais
l’identité, il ne suffit pas de la reconnaître, il faut la
faire vivre,
lui permettre de s’épanouir ! Je crois que la création
d’un lieu consacré à
l’Outre-mer pourrait contribuer à cet épanouissement.
L’idée d’une « Maison de
l’Outre-mer » a souvent été évoquée
mais n’a jamais été suivie d’effets. Je
pense pourtant que, bien conçu, un lieu spécifiquement
consacré à l’Outre-mer
pourrait avoir tout son sens. Ce serait un lieu de conservation et de
présentation des richesses des différents territoires
d’Outre-mer mais aussi un
lieu de rencontre et de sociabilité pour des communautés
souvent éparpillées.
Ce pourrait être, par la même occasion, un centre
d’affaires pour des
responsables économiques et politiques qui ne cessent de voyager
dans le but de
développer leurs territoires.
Enfin,
sur un plan plus pratique, je crois qu’il ne faut pas se cacher que nos
compatriotes d’Outre-mer ont à faire face à de nombreuses
difficultés en
métropole que l’on ne soupçonne même pas. Il peut
s’agir de véritables
discriminations ou de simples problèmes administratifs
liés à la spécificité de
leur situation objective, par exemple dans la recherche d’emplois, de
logements
ou les démarches bancaires. Aussi, pourrait-on imaginer la
création, au sein du
Ministère de l’Outre-mer, d’une structure chargée de
suivre la question des
ultramarins en métropole.
Je
serais aussi favorable à la création d’un « Conseil
interministériel de
l’Outre-mer », placé sous la présidence du
Président de la République, qui
permettrait, à intervalles réguliers, de réaliser
un bilan de la marche vers
l’égalité des chances de nos territoires et compatriotes
d’Outre-mer.
*
Mesdames,
Messieurs, chers amis, je suis convaincu que les différentes
identités des territoires de l’Outre-mer ont, plus que jamais,
toute leur place
au sein d’une République française forte et
cohérente. Si je me suis peu
exprimé sur les questions institutionnelles, c’est que je pense
qu’il ne s’agit
pas, aujourd’hui, d’un sujet de préoccupation central des femmes
et des hommes
d’Outre-mer auxquels je m’adresse. Je reste, néanmoins, ouvert
au débat.
Ce
que je crois, c’est que l’évolution institutionnelle n’est pas
une fin en
soi ; elle doit avoir une utilité en termes de
développement pour les
populations concernées. De plus, il faut être clair dans
les choix exprimés car
l’attachement à la France ne peut souffrir
d’ambiguïté ou de double langage.
Soit on est dans la République, soit on ne n’y est pas !
Je
suis persuadé que nos compatriotes ne sont plus dupes des
discours
politiques démagogiques qui, jouant de façon caricaturale
de la « corde
sensible », en finissent par être ridicules, paternalistes
ou vides de portée
pratique. Pour moi, la plus grande preuve de respect, la plus grande
preuve
d’attachement sincère, c’est de dire les choses comme elles
sont, même lorsque
c’est désagréable, et d’agir en conséquence
jusqu’à ce que le cours de la
réalité soit infléchi dans le sens
souhaité. Car en politique, comme en toutes
choses, je ne crois pas en la fatalité.
Je
veux construire, avec vous, la France d’après, celle que nous
laisserons à
nos enfants. Je sais que ses bases ne se bâtiront pas sur des
renoncements et
des petits accommodements. La France du siècle à venir,
la « Grande France »,
celle de métropole et d’outre-mer, se construira par le travail
et dans le
respect de la justice. En restant fidèles à nos valeurs
fondamentales mais sans
être prisonniers de nos schémas anciens de pensée,
nous devons trouver
ensemble, pour l’Outre-mer, le chemin de notre destin commun.