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La
grande manip des Békés

Raphaël
Confiant
Penser
la
Martinique en terme de communautés est une ânerie
journalistique. Une de plus,
hélas ! Tous les historiens, ethnologues, anthropologues et
autres sociologues
qui étudient notre société depuis, disons 150 ans,
sont d’accord sur au moins
une chose : la seule communauté qui existe à la
Martinique est la communauté
békée. En effet, c’est le seul groupe à chercher
à vivre résidentiellement à
l’écart (passant de la Route Didier au Cap Est, par exemple), le
seul à
pratiquer une endogamie stricte et surtout le seul à avoir
instauré des réseaux
d’entraide financière et économique lui permettant de se
perpétuer en tant que
tel. Sinon, que messieurs les journalistes, nous disent qui est le
représentant
de la communauté mulâtre à la Martinique ? Qu’ils
nous disent qui est le
représentant de la communauté noire, et de la
communauté indienne ? Oui, QUI ?
Soyons
sérieux ! Qui oserait venir à la télévision
et déclarer froidement,
comme l’a fait ce Béké qui a occupé les ondes
durant tout le mois de mai
dernier, au nom de sa communauté selon ses dires : « Je
suis monsieur Untel,
représentant de la communauté mulâtre…ou noire…ou
Indienne… ou Syrienne. » Et
pourquoi pas « chabine » pendant qu’on y est ! On peut
être journaliste et pas
forcément ignare, nous semble-t-il. Des tonnes d’études
de toutes nature
démontrent que tout au long de l’histoire de notre pays, il n’y
a jamais eu que
deux groupes sociaux, deux ethno-groupes plus
précisément: le groupe
béké d’un
côté, fonctionnant de manière communautariste. Le
groupe des gens
de couleur, toutes ethnies confondues (mulâtre, nègre,
indienne, chinoise,
syro-libanaise etc.), fonctionnant de manière
éclatée, diffractée. La tentative
des Mulâtres, au 19è siècle, de s’instaurer en
communauté distincte des Noirs a
fait long feu, autrement il existerait aujourd’hui un Parti politique
mulâtre à la
Martinique. La tentative
des Noirs d’exclure les
immigrants hindous et de les
ostraciser a,
elle aussi, fait long feu et il n’existe ni Parti politique noir, ni
Parti
politique indien.
Donc
quand un Béké
vient à la télé pour justifier le comportement
communautariste des siens en
avançant comme principal argument que « chaque
communauté en Martinique
fonctionne pareil », il se livre à une vaste
manipulation qui ne
couillonne que ceux qui veulent bien se laisser couillonner. Le plus
grave, en
fait, c’est quand on trouve des journalistes de couleur qui, soit par
bêtise
crasse soit parce qu’ils sont payés par les Békés
pour le faire, viennent tenir
exactement le même discours, faisant fi des innombrables
études dont nous avons
parlé plus haut, notamment celles de M. Leiris,
Kovatzs-Beaudoux, Cabort-Masson
et bien d’autres. Répétons-le, après eux : il
n’y a pas de communautés en
Martinique, sauf la communauté békée.
D’autre
part, nos
chers journalistes - encore eux !- ont accordé une place
tout à fait
exagérée au soi-disant désir des
Békés de faire repentance pour l’esclavage et de
se considérer comme Martiniquais à part entière.
Après tout, aujourd’hui, ces
gens ne représentent qu’ 1% de la population martiniquaise et
n’en détiennent
que 30% des richesses. Quand on pense que jusqu’en 1848, ils en
détenaient 95%,
on mesure tout le chemin que les gens de couleur ont parcouru depuis et
la
seule chose que ces mêmes gens de couleur devraient s’attacher
à faire, c’est
continuer à travailler, à se battre, pour que ces 30%
tombent à 20%, puis à
10%, puis à 5%. Ce qui est parfaitement faisable !
Regardons la quinzaine
de super-marchés existant sur la ligne
Rivière-Salée-Ducos-Lamentin-Fort-de-France-Schoelcher
(où vit près de la
moitié de la population du pays) : un seul appartient
à un Békés. Un
seul ! Donc qu’ils fassent repentance pour ceci ou pour cela,
qu’ils se
découvrent soudainement « natif-natal »,
ça ne regarde qu’eux. C’est
leur problème ! Pas la peine d’en faire toute une histoire
comme cette
municipalité de gauche qui a accueilli une
délégation d’une cinquantaine
d’entre eux au nom de la
« réconciliation ». Nous n’avons pas
à
perdre notre temps à nous réconcilier avec des gens qui
continuent
hypocritement à suivre un mode de vie communautariste et qui de
toutes façons,
plus le temps passera, pèseront de moins en moins dans notre
devenir, et
démographiquement et économiquement. Et pour en finir
avec nos journalistes, on
a eu envie de leur mettre des baffes lorsque certains se sont
abaissés
-s’imaginant sans doute revenus à l’époque du film
« Devine qui vient
dîner ce soir ? »- à demander aux divers
représentants békés s’ils
« accepteraient que leur fille épouse un
Noir ». Non, mais on croit
rêver, là ! Tout ça de belles
négresses, de coulies magnifiques, de
chabines solaires, de câpresses affriolantes, de
mulâtresses pulpeuses, de Chinoises
et de Syriennes ravissantes que compte notre pourtant petit pays, qui
peut
sérieusement croire qu’un Martiniquais normalement
constitué puisse
s’intéresser à une femme békée ?
Franchetement ! Comme dirait mon
grand-père. A la rigueur, si j’étais journaliste
professionnel, la seule
question dans ce domaine que j’aurais posé à un
Béké, juste pour voir sa tête
et me marrer, ce serait la suivante :
« Vous
qui
avez baisé les Négresses pendant trois siècles
sans jamais leur demander leur
avis, qu’est-ce que ça vous ferait si aujourd’hui un
Nègre venait vous demander
la main de votre fille ? »
Là, on ne serait
plus dans la flagornerie, dans la bêtise dégoulinante de
ceux qui veulent à
tout prix que nous tombions dans les bras de cette communauté
insignifiante et
qui, soit dit en passant, en trois siècles et demi, n’a pas
produit un seul
intellectuel de stature mondiale. Ceci dit, je n’ai rien en particulier
contre
la « communauté béké ».
Qu’ils continuent à vivre entre eux, on s’en
fout ! Mais je refuse qu’on vienne me raconter que les 99% restant
de la
population martiniquaise est partagée, elle aussi, en
« communautés ».
C’est au
mieux de
l’ignorance. Au pire, de la désinformation…
Raphaël
Confiant
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