A
propos
de la repentance des békés, lettre à Raphaël
Confiant

Louis
BOUTRIN
Félicitations
pour ta contribution à la réflexion sur la question des
Békés en Martinique. Parfaitement
en accord avec ton analyse sur leur soi-disant désir de faire
repentance pour
l’esclavage. Ce n’est pas parce que M. Roger De Jaham est passé
au J.T. pour
tenir des propos qui n’engagent que lui que la “communauté
békée” a fait une
quelconque repentance. Ce serait trop facile.
Et puis,
comme tu le fais si bien remarquer, compte tenu de notre histoire,
comment
accepter le principe du communautarisme et l’existence de la seule
« communauté
békée » en Martinique ?
Quid de leur fameux
principe républicain dans une République qui ne
reconnaît
que les citoyens et pas les communautés ?
Il ne faudrait pas que
l’on tombe en admiration béatement devant un seul
béké
et nier leur long silence, particulièrement assourdissant en
1998 lors de la
commémoration du 150tenaire de l’abolition de l’esclavage.
J’aimerais bien savoir
la position des principaux békés, les Hayot,
Aubéry, Gouyer, Desgrottes, De
Reynal, etc… sur la question de la repentance et ce, de leur propre
bouche !
Qu’en
pensent-ils ?
Ont-ils
l’intention de rendre public leur déclaration, à la face
du monde et de nous
autres ?
La
repentance n’est pas un tour de passe-passe médiatique, un
trompe l’oeil
politique, ni une opération marketing d’un businessman
nommé Roger De Jaham, si
dans le quotidien l’attitude de cette oligarchie ne change pas. Si les
intérêts
de l’ensemble de la population ne sont pas pris en compte. L’exemple du
projet
de captation de l’eau de la Grande Rivière illustre bien
l’égoïsme de certains
békés, leur arrogance vis-à-vis de nègres,
leur mépris pour notre environnement
et ses ressources naturelles et leur capacité à
instrumentaliser le reste de la
population avec la complicité des services de l’Etat et
malheureusement, celle
de certains médias. Et c’est aussi cela notre drame !
Les
conditions de la repentance, si les békés expriment
publiquement un tel désir,
doivent s’organiser.
L’initiative de Serge
Letchimy le 22 mai dernier est certes très
louable mais,
en aucun cas, elle ne peut être présentée comme
historique et ne relève pas
d’une quelconque repentance.
De mon point de vue,
là encore, cette initiative s’inscrit dans un
phénomène de
« mode » qui touche également les ex-puissances
coloniales mais aussi l’église
et l’Allemagne nazie. Le terme « mode » n’est pas
péjoratif puisque aussi bien
la reconnaissance des crimes contre l’humanité que la
commémoration de la
Shoah, sont indispensables et nécessaires à la
mémoire des peuples et à
l’humanité entière. Mais il faut reconnaître que
c’est dans l’air du temps et
que malheureusement, chacun tente de tirer profit de ce passé
peu reluisant.
Je mets
donc en doute la sincérité de cette “pseudo repentance”
car elle est guidée par
un “souci du bien penser” et du “politiquement correct”. Que faut-il en
attendre ? Rien de bien concret !
Peut-on la comparer
à ce qui s’est passée en Afrique du Sud ? Certainement
pas
!
Car,
même si l’Afrique du Sud est souvent citée en exemple, on
se garde bien de
préciser que Mandela a accepté la repentance et la
réconciliation après
“l’étape de vérité”, c’est à dire
après la reconnaissance par les Afrikaners de
leur horrible crime. Ce n’est qu’à l’issue d’un long processus
de 10 ans et des
travaux de la “Commission vérité et
réconciliation” présidée par l’Archevêque
Desmond Tutu, que le peuple Sud-Africains a pu explorer ses peurs, ses
douleurs
après le traumatisme d’une demi-siècle d’apartheid.
De Jaham
et le brainstorming médiatique ne doivent pas nous prendre pour
des « ababa »
et nous faire croire à une véritable repentance des
békés après une simple
cérémonie festive sur la place de l’Abbé
Grégoire, devant … l’église des Terres
Sainville, le 22 mai 2006.
Cette implication d’un
seul béké dans les
cérémonies de notre 22 mai national
est certainement très appréciable. C’est peut-être
aussi l’occasion pour lui ou
de certains békés de se libérer de … leurs remords
mais sa démarche personnelle
ne peut être synonyme de repentance.
La
repentance a ses propres exigences. Elle ne se décrète
pas de la sorte.
Créons en
Martinique notre propre Commission vérité et
réconciliation.
Acceptons le douloureux voyage de la vérité historique et
après nous pourrons
aborder, en toute sérénité, la question de la
repentance et d’un pardon
salutaire pour l’avenir du pays Martinique.
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