Noires Questions
Ce qui se
passe en
France dans la " communauté " nous interpelle
en Gwadloup, le prochain numéro de
notre journal traitera de
ce problème, Tony peux tu trouver
quelques
minutes pour répondre à mes questions ?
1/ Peut-on
dire qu’en ce moment il y a une montée d’un
« communautarisme »
noir ?
Tout
dépend, de ce que l’on entend par le « communautarisme
noir » et ce que
l’on y met dedans. A cette question nous ne pouvons répondre par
l’affirmative
ou par la négative, la réponse est
fonction de l’angle sous lequel nous appréhendons ce
phénomène sociologique.
Au
premier abord, ce que nous constatons, c’est une montée des
revendications au
sein des « communautés noires » vivant en
métropole. Nous mettons le terme au pluriel, car les demandes ou les
aspirations sont à corréler
avec les origines ethniques et les préoccupations des
demandeurs, elles
diffèrent en fonction des vécus et des groupes sociaux
étudiés.
Au second
abord, nous remarquons que sous le vocable de
« communauté noire »,
se trouvent amalgamés les africains sans papiers, les animistes,
les polygames,
les africains musulmans, les originaires d’outre-mer dans leur grande
diversité
et les Noirs de la troisième génération, qui n’ont
plus d’ancrage avec les pays, d’où
leurs parents ou
grands-parents sont issus.
Par
ailleurs, le terme de « communauté noire »
tel défini par les médias,
nous apparaît comme une désignation fourre-tout, qui
efface les hiérarchies,
les classes sociales, les
différences
culturelles, ethniques et religieuses des individus. Donc parler d’un
communautarisme noir n’est pas des plus à propos, mais parler
d’un militantisme
noir, nous semble par contre
approprié,
parce que, qui dit communauté sous-entend solidarité, et
dans ce cadre
déterminé, il n’y en a pas entre ces diverses
communautés, notamment entre les
Africains et les Antillais, ils ne se
fréquentent pas ou si peu.
Nous trouverons
toujours des passerelles, ou des
exemples qui montreront que des individus de différentes
confessions
religieuses, de différentes origines ethniques se
côtoient, mais globalement ils
s’ignorent, quand ils ne se méprisent pas. Si nous prenons le
cas des Antillais
et des Africains, nous nous apercevons que le
ressentiment né de la traite
négrière et de l’esclavage est toujours
prégnant dans les esprits, les uns reprochant aux autres d’avoir
vendu leurs
ancêtres, les autres niant toutes responsabilités, le reportant systématiquement
sur les Européens, et
entre ces deux communautés, c’est
l’incompréhension, l’indifférence voire une certaine
hostilité qui prédomine
pour l’instant.
2/ L'arrivée du CRAN a t-il
bouleversé le
paysage associatif dans la "communauté?"
En effet, le
conseil représentatif
des communautés noires a été
créé en novembre 2005, il fédère une centaine d’associations, dont deux ou
trois associations antillaises, n’ayant
aucun poids et aucune représentativité au sein de la
communauté afro-antillaise. Et
cette fédération, à partir de ces
faire-valoir prétendait parler au nom de la communauté
antillaise. Cela a
suscité de vives protestations de la part de nos élus, de
nos élites
intellectuelles ainsi que des associations antillaises qui lui ont
dénié tout
droit de parler au nom des originaires
de l’Outre-mer ou de les représenter d’une quelconque
manière que cela fût.
De
surcroît, cette fédération se fonde sur une couleur
de peau, donc sur la
« race » ce qui ma foi est contraire à
l’article 1 de la constitution,
qui stipule : « La France est une
République indivisible,
laïque, démocratique et sociale. Elle assure
l'égalité devant la loi de tous
les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion…»
Etrangement,
cette incongruité ne semble pas déranger les
élus républicains, et les politiques qui se pressent
lors de leurs
manifestations et lui rende hommages ou le louange. C’est une novation
dont nous aurions pu nous passer, car ouvrant la
voie à la formation d’associations ou de
structures dont l’adhésion se fera sur la présence ou
l’absence de mélanine
dans les cellules.
Par
ailleurs, la création et la surmédiatisation du Cran a eu des effets positifs sur le paysage
associatif antillais, en
amenant des associations jusque là concurrentes à
travailler ensemble et mettre leurs
ressources en commun.
En cela, on a assisté à l’émergence d’une forte
collaboration des divers
acteurs associatifs de la communauté afro-antillaise dont le
CM98 présidé par
Serge Romana et le Collectifdom présidé par Patrick Karam.
Et en fin,
nous constatons que ce même phénomène se reproduit,
dans les « communautés
africaines ». Les associations hostiles au Cran (qui entre
nous n’a rien de probant à son
actif), se
regroupent ou s’opposent, car la largesse médiatique dont
bénéficie le Cran,
leur fait de l’ombre.
3/
faut il avoir peur du CRAN, et pourquoi ? L’opposition CRAN/Collectif est elle
irréversible
et pourquoi ?
Lors des
assemblées constitutives à la création du Cran,
nous avons eu à entendre un
discours pro-noir, frisant le racisme le
plus abject de la part des initiateurs du projet. Les débats
furent souvent
houleux entre les modérés et les extrémistes que
nous qualifions de « mélanistes
obsédés ». Toutefois, les statuts furent
amendés et permirent que des
associations dirigées par
des « blancs » puissent y adhérer, car le
Cran était supposé faire le
lien entre la France et l’Afrique afin de faciliter le travail des ONG
intervenant
sur ce continent et il eut été sot de se priver de tels
acteurs.
Nous fûmes
confrontés à un discours que n’auraient pas renié
les Blacks Panthers en raison de sa
virulence et de son âcreté. Puis,
nous découvrîmes
dans la presse que le Cran
est une association sous influence, créé dans l’optique
de supplanter le
Collectifdom, nuire à Dieudonné et aux autres
associations afro-antilaises
militant pour une plus forte reconnaissance du crime contre l’humanité, qu’est la traite
négrière et
l’esclavage des Nègres. En fait, le Cran a été
initié afin de contrecarrer les
visées et les revendications légitimes des membres de la
« communauté
noire ». Je vous renvoie à cet article : le Cran et les
nouveaux
servants, il explique de quoi il en retourne.
Dans ces
conditions, il est évident que l’opposition Cran/Collectifdom
est irréversible,
mais c’est le cas avec d’autres associations africaines ou
afro-antillaises. Cette
opposition s’est manifestée
fortement, lorsque le CRAN a osé
proposer un « carnaval »
le 10 mai, pour la commémoration nationale
de l’esclavage.
4/
la
presse française a fait des tonnes sur "les noirs" en France, y
a t il une question noire? En quels termes se pose t elle? Comment le
"
collectif" intervient- il sur cette question ?
Pour la
première question, nous répondrons que les afro-antillais
et les africains, que
nous englobons sous le dénominatif de Noirs, sont
confrontés en permanence aux
discriminations, à l’insulte, à une
inégalité de droits qui laissent croire
qu’ils sont tolérés dans le cadre de la république
française. Ils s’estiment
être des quantités négligeables, des citoyens de
seconde zone aux yeux de
beaucoup.
Les
discriminations à leur encontre prennent de multiples formes,
voire sont
protéiformes : accès à l’emploi, au logement,
aux promotions sociales ou
salariales, fort taux de chômage… Face
à
cette situation, il s’est créé des associations qui
tentent d’y remédier, de
réclamer une égalité de traitement, une
égalité de droit et une meilleure représentativité
des populations noires au
sein de la république.
Ces
populations ont manifesté une
volonté
d’intégration et demandé qu’on les respecte, ce qui est
légitime, car la
couleur de la peau ne doit pas être en soi un obstacle, un
facteur
discriminant, un facteur
discréditant, pour empêcher
la réalisation d’une ambition
personnelle et de vivre comme tout un chacun.
Et pour
se faire entendre, il faut y mettre les formes et faire
preuve d’une certaine quérulence, car
les gouvernants ont une certaine propension à la surdité.
Le
militantisme pur et dur de certains, les révoltes des banlieues
ont placé la « question noire »
au centre du
débat. Il y a
un malaise social dans ce pays dû à la misère, au
chômage, à la discrimination
et au racisme dont sont victimes les populations noires. Nous avons
assisté aux
prémices d’une révolte populaire et les Noirs y ont participé, ils étaient
dans leur
grande majorité d’origine
africaine. A cela s’ajoute, le retrait
de la loi
de la
honte vantant les bienfaits de la
colonisation sous la
pression des Antillais, des Martiniquais
en particulier, ce qui a contribué à faire prendre
conscience à ce pays que nous
constituons une force au
sein de la communauté nationale.
Et par
voie de conséquence, la presse découvre
« tardivement » que les
Noirs représentent cinq millions
d’individus, des électeurs potentiels et
elle se questionne. Ce qui nous vaut un article par jour dans les
grands médias,
mais gardons à l’esprit que les présidentiels ne sont
plus très loin, et que le
vote de cette communauté noire pourra s’avérer
décisive.
Quant à
votre deuxième question, le
Collectifdom
combat les discriminations qui touchent les domiens sous toute leur
forme, et aussi
apporte son soutien aux initiatives en provenance des DOM, en cela il
constitue
un lobby au service de nôtre communauté, en relayant les
doléances d’ici à là
bas. Nous ne pensons pas qu’il soit utile de s’appesantir plus
longuement sur cette question, toutes les
actions menées
par le Collectifdom figurent
sur son site.
5/
les prochaines élections présidentielles risquent elles de se racialiser ? Peut on encore
l'éviter ?
Nous n’y
croyons pas, car les populations aspirent à vivre en paix et en
harmonie. Le
racisme est présent, mais c’est au niveau des élites
où le Noir est absent.
Certes il y a une volonté de créer du communautarisme,
d’adopter le model
américain, mais la France a ses spécificités qui
font qu’elle n’ira pas dans
cette direction, puis n’oublions pas que 40 % des étrangers
épousent un ou une
française de souche, donc le métissage va bon train.
Tony
Mardaye
je te
remercie pour la promptitude habituelle de tes réponses
Danik I. Zandwonis
99.8 FM.
Media del Karibe/N.Etincelles-hebdo