Les
aborigènes
d'Australie – un génocide oublié

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«Ô
Blanc, reprends ton lourd fardeau :
Envoie au loin ta plus forte race, Jette tes fils dans l'exil pour
servir les
besoins de tes captifs; Pour - lourdement équipé –
veiller Sur les races
sauvages et agitées, Sur vos peuples récemment conquis,
Mi-diables, mi-enfants. »
Le Fardeau de l’Homme
blanc – Rudyard Kipling
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Du
15 au 26 mars, les jeux du Commonwealth étaient
présentés à Melbourne.
Inaugurés par la Reine Élizabeth II, ces jeux ont
été une occasion en or pour
les Aborigènes d’affirmer leur présence pour une plus
grande reconnaissance de
leurs droits bafoués depuis l’arrivée des Britanniques en
1788. Une flamme
symbolique s’est embrasée sur le campement des manifestants
baptisé « le camp
de la Souveraineté » par les premiers habitants de ce
continent. Rebaptisé «
Stolenwealth » par les Aborigènes, ce rassemblement de 53
pays membres sert de
porte-voix pour inciter la Reine à reconnaître les
injustices et les mauvais
traitements perpétrés au nom du « fardeau de
l’homme blanc ».
«
La tentative de génocide, passée et actuelle, contre la
population aborigène
d'Australie n'a pas éteint nos droits souverains dans notre pays
», a déclaré
leur représentant, Robbie Thorpe, résumant ainsi
l’histoire d’un génocide «
tranquille » et les aspirations de son peuple.
La
déclaration honteuse de négation de la «
génération volée » de John Herron,
Ministre des affaires aborigènes, montre la fermeture du
gouvernement
australien de reconnaître l’existence même de cette
communauté. Les programmes
« d’obligations mutuelles » et les propos discriminatoires
du premier ministre
conservateur John Howard exprime tout le mépris et la haine
subis au cours des
deux cent ans de présence britannique. Après tout,
« ils sont toujours
largement en retard par rapport au reste de la population » avait
déclaré
Howard à une radio de Melbourne.
La « terra
nullius »
En
1788, James Cook prend possession du territoire australien au nom du
roi
Georges III. Aussitôt, il accorde à cette terre le titre
de « terra nullius ».
Par cette proclamation, James Cook rejette l’idée et la
possibilité de
l’existence d’une autre nation en ce « continent inexploré
». Ce concept
d’appropriation, en lien au droit de propriété en vogue
en Europe, s’oppose
vivement à la conception aborigène de la terre. «
La terre ne leur appartient
pas, ils appartiennent à la terre. » Toutes les croyances
associées au
Dreamtime et aux ancêtres spirituels vouent à la terre
nourricière le plus
grand respect. Pour eux, tout émane de la terre puisque les
dieux et les
déesses y ont déposé de leur essence. Chaque lac,
chaque montagne se dessine en
fonction de l’époque de la création. Le paysage terrestre
constitue une
empreinte de ces temps ancestraux. Il dessine les traces de la
mémoire pour
unir le présent aux origines.
Emporté
par sa nouvelle découverte et sa vision impérialiste au
nom de l’Angleterre,
Cook institue un régime raciste et contrôlant qui
entraîne de lourdes
conséquences sur le peuple fondateur. Pour mieux s’approprier le
territoire,
une négation de reconnaître les aborigènes comme
premier peuple australien
justifie sa conquête sans aucune réserve. Les
colonisateurs amènent une
mentalité xénophobe à propos des Premières
nations qui selon eux « réunissent
toutes les choses mauvaises que ne devrait jamais présenter
l’humanité, et
plusieurs dont rougiraient les singes, leurs congénères.
»
À
l’époque précoloniale, 500 tribus nomades sillonnaient le
sol austral au gré
des saisons et des ressources. Tous les clans étaient
dispersés de façon très
sporadique sur l’immensité du continent. Ainsi, des
différences notoires
caractérisaient les tribus. Ce peuple, installé depuis
environ 40 000 ans en
ces terres, paya et paye encore cher les débordements
britanniques assoiffés de
pouvoir et de domination. Les épidémies et le massacre de
ce peuple réduisent
leur nombre de 1 million à 60 000 individus en seulement
un
siècle d’invasion.
La
génération volée
Au
début du siècle, l’Australie adopte des mesures
d’assimilation pour supprimer
le peuple aborigène. La politique raciste de « l’Australie
aux Blancs » est
alors instaurée. Des milliers d’enfants métis se font
enlever à leur famille
pour leur donner une éducation « blanche ». Ces
stratégies d’assimilation pour
« l’intégration des Aborigènes à la
société blanche » a, en réalité, pour
but «
d’effacer toute trace de la culture et de la langue aborigène
». Des
regroupements entre tribus enterrent plusieurs traditions pour ainsi
matérialiser les desseins des envahisseurs. Ce sont des familles
blanches et
des institutions missionnaires qui accueillent les enfants pour se
charger de
leur apprentissage « civilisé ».
En
1967, le gouvernement du Commonwealth organise un
référendum conférant à l’État
le droit de légiférer sur les Aborigènes, et ce
dans tous les états
australiens. À partir de ce moment, les Aborigènes se
voient octroyés le droit
d’exister ! Ils deviennent alors sujets de sa Majesté.
Après deux siècles de
répression, de vols et de spoliation, le gouvernement australien
les dénombre
dorénavant lors des recensements.
Malgré
leur lutte, les aborigènes ont dû attendre jusqu’en 1992
pour l’abrogation de
la loi du Terra Nullius. Néanmoins, les Aborigènes se
voient toujours nier la
propriété de leurs terres ancestrales. Le gouvernement
utilise tous les moyens
pour faire obstacle aux réclamations territoriales des peuples
australs.
Le
rapport du Commission national d’enquête, publié en 1997,
intitulé « Bringing
Them Home » révèle les traitements et les
sévices moraux et physiques infligés
aux Aborigènes. Plus de 700 témoignages de victimes
relatent les gestes
disgracieux et inhumains subits. Les auteurs ajoutent que de telles
pratiques
ont touché entre 10% et 30% des enfants aborigènes de
toute l'Australie. En
2000, un rapport rédigé par John Herron, ministre des
Affaires aborigènes,
niait toujours la réalité : « Il n’y a pas eu de
"génération"
d’enfants volés. La proportion d’enfants aborigènes
séparés n’excédait pas les
10 %. »

La situation des
aborigènes
Aujourd’hui,
les Aborigènes vivent dans des conditions dignes des pays
africains les plus
pauvres. Cette réalité se déroule dans l’un des
pays les plus riches du monde.
Les taux de mortalité infantile, de suicide, d’alcoolisme et de
dépendance aux
drogues sont de beaucoup supérieurs au reste de la population.
La misère
éprouvée se résulte en des statistiques alarmantes
; une espérance de vie de
vingt ans plus bas que celle de l’Australien moyen.
Les
politiques d’annihilation culturelle ont provoqué une
désorientation dans leur
marche comme peuple. L’économie australienne profite de la manne
du tourisme
relatif aux communautés aborigènes. Ce tourisme
piétine leur héritage culturel
en plus de créer un marché de consommation de produits
« aborigènes » sans
qu’aucun capital ne reste dans ces communautés. Des sites comme
Uluru, Kata
Tjuta, Kakadu National Park, The Nitmuluk National Park-Katherine Gorge
sont
victimes de l’effervescence du tourisme qui cause des dommages
permanents aux
sites en plus de porter un manque de respect flagrant aux
Aborigènes.
Quelques symboles
patriotiques…
Depuis
1972, une ambassade aborigène est érigée à
Canberra en face de l’Ancien
Parlement. Ce campement semi-permanent symbolise toute la lutte des
autochtones
pour le respect de leur culture et de leur histoire. Derrière
cette structure
se cache la revendication des droits fonciers pour recouvrer les terres
ancestrales volées par les colonisateurs. Et surtout, ils
expriment dans cette
occupation le droit à l’autodétermination.
Un
drapeau aborigène a été conçu en 1971 par
Harold Thomas de la tribu Arrernte.
Cet emblème représente à la fois
l’identité, l’unité et la souveraineté des
Aborigènes. « Symboliquement, la bande noire
représente les Aborigènes, en
référence à leur couleur de peau; la bande rouge
représente la terre et la
relation spirituelle des Aborigènes à la Mère
Nourricière; le cercle jaune
enfin représente le soleil, l'énergie, la vie. »
Le fardeau de l’homme
blanc
Le
« fardeau de l’homme blanc » porté en
étendard « glorieux » par la Couronne
britannique révèle toute sa cruauté et son
inhumanité dans le génocide des
peuples australs. Aujourd’hui, les mêmes notions de « mission
civilisatrice »,
de « l’Occident civilisant les barbares » menacent
l’existence des peuples.
Franc-Parler condamne avec le plus grand mépris ces conceptions
racistes et
coloniales. Les conceptions eurocentristes servent toujours le
même objectif :
« diviser pour régner.»
En
1895, Joseph Chamberlain, le Ministre des colonies de Grande-Bretagne
affirmait
:
«
En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu je
crois en
la race britannique. Je crois que la race britannique est la plus
grande des
races impériales que le monde ait connues. Je dis cela non comme
une vaine
vantardise, mais comme une chose prouvée à
l'évidence par les succès que nous
avons remporté en administrant les vastes possessions
reliées à ces petites
îles, et je crois donc qu'il n'existe pas de limite à son
avenir. »
Les
mêmes justifications eurocentristes à propos de la
nécessité de l’impérialisme
servent à commettre des crimes contre les peuples et à
piller leurs terres.
L’histoire du génocide des peuples australs ou des
Premières nations au Canada
résonne chaque jour. La nécessité de
réparer ces crimes et de construire une
humanité nouvelle basée sur l’égalité entre
les cultures se révèle avec acuité.
Notre humanité sera celle des peuples unis du Nord au Sud, de
l'Est à l'Ouest,
brandissant haut levée la bannière de la
libération.
(Franc-Parler,
Vol.1, No.3 - 10 avril)
francparlerjournal@yahoo.ca