
1.
Le titre de mon
exposé se fonde
sur une notion aujourd’hui ambiguë, celle de “gens de couleur”,
qui ne l’était
pas au XVIIIe siècle, même si elle se
caractérisait, déjà à cette époque,
par
de nombreuses nuances et quelques glissements de sens. Dans une note de
son
Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mêlés
de St.-Domingue de
1789,[1]l’abbé Grégoire précise:
“Les
dénominations gens de couleur,
sang-mêlés, sont insignifiantes, puisqu’elles peuvent
également s’appliquer aux
Blancs libres, aux Nègres esclaves, etc.; mais dans nos Isles,
l’usage a
restreint l’acception de ces mots à la classe
intermédiaire, dont les individus
Blancs et Noirs sont les souches”.[2]
Les
gens de couleur,
ou sang-mêlés
ou mulàtres (par extension du terme qui indique de façon
plus spécifique
uniquement les premiers rejetons du croisement) étaient le
produit de l’union
entre un blanc et une noire (le cas inverse étant presque
inexistant) et de
tous les croisements successifs. Les résultats de ces
croisements étaient
enregistrés et dénommés de façon maniaque
dans les colonies françaises, et plus
particulièrement dans les Antilles,[3] pour empêcher que
la tache noire
originelle ne fût oubliée, surtout lorsque à la
suite de ces unions mixtes les
enfants naissaient entièrement blancs. Il suffit, pour se rendre
compte de
cette sorte de hantise de la couleur, de parcourir les tableaux
insérés par
Moreau de Saint-Méry – colon martiniquais, devenu plus tard,
sous Napoléon,
gouverneur du duché de Parme – dans sa Description
topographique, physique,
civile, politique et historique de la partie française de
l’île de
Saint-Domingue, écrite à la veille de la
Révolution mais publiée seulement en
1797, à Philadelphie, où l’auteur s’était
réfugié à la suite des événements
révolutionnaires. La précision presque maniaque faisait
partie du caractère de
Moreau, mais ici elle ne fait que refléter le calcul
méticuleux de la moindre
goutte de sang noir, dénonçant l’origine impure et sans
rachat qui
caractérisait la mentalité des Antilles. Ainsi Moreau,
qui n’a pas une attitude
spécialement raciste face aux sang-mêlés,
établit différents tableaux où l’on
peut trouver les combinaisons du blanc, du nègre, du
mulàtre, du quarteron, du
métis, du mamelouc, du quarteronné, du
sang-mêlé, du sacatra, du griffe, du
marabou etc., suivi d’autres tableaux où est
évalué le pourcentage de sang
blanc ou noir qu’on relève aux différentes étapes
du croisement. Ce souci
classificatoire occupe presque entièrement le chapitre de son
ouvrage consacré
aux affranchis, autre terme employé comme synonyme de gens de
couleur, même
s’il y avait aussi des noirs libres.[4]
2. Cette variante aux
mille nuances
de l’espèce humaine, qui n’existait presque pas avant la
colonisation
américaine et qui reste pendant longtemps un fait marginal, ne
commence à
devenir un problème dans les colonies françaises et, par
rebondissement, dans
la mêre patrie que dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle, c’est-à-dire au
moment où les gens de couleur, dont le nombre et les richesses
croissent
rapidement,[5] sont désormais devenus une force qui menace le
pouvoir des
blancs ou du moins que les blancs perçoivent comme une menace.
Au
début de la
colonisation des Antilles, en effet, ainsi que l’atteste
l’article IX du Code noir de 1685, on reconnaît la
validité du mariage entre le
maître et son esclave noire et cet acte, accompli “dans les
formes observées
par l’Eglise”, comporte l’affranchissement de la mère et des
enfants. Au début,
le préjugé de la couleur n’est donc pas assez fort, du
moins chez le
législateur, pour empêcher le mariage entre blancs et
noires, même si dans la
réalité coloniale cette union n’était pas
très répandue et, dès le début, très
peu appréciée. Les mariages entre blancs et
mulàtres étaient, au contraire,
très courants. Tout comme l'affranchissement, de la part des
maîtres, des
enfants qui naissaient de leurs rapports avec une esclave, même
en absence de
mariage, malgré la prohibition très rigoureuse du
même article du Code noir qui
proclame dans sa première partie:
Les
hommes libres qui
auront eu un
ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves,
ensemble les
maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamné
à une amende de deux
mille livres de sucre. Et s'ils sont les maîtres de l'esclave de
laquelle ils
auront eu les dits enfants, voulons qu'outre l'amende, ils soient
privés de
l'esclave et des enfants, et qu'elle et eux soient confisqués au
profit de
l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis[6].
Le
rapprochement entre
les deux
parties de l'article indique de façon très nette que le
refus
d'affranchissement, à l'origine des colonies, n'est pas le
résultat d'un
préjugé de couleur (puisque les mariages mixtes sont
admis et que les enfants
sont déclarés libres), mais plutôt un
problème d'ordre moral et
d'administration coloniale correcte, à partir des habitations,
dont le maître
est personnellement responsable et doit, de ce fait, répondre de
tous les abus
et, en particulier, des abus d'ordre sexuel dont les esclaves noires
sont
victimes[7].
3.
La confirmation de
cette
hypothèse nous vient de la lecture des articles LV-LIX. De ce
dernier, en
particulier, qui proclame la parfaite égalité entre
hommes nés libres et
affranchis, donc entre blancs et noirs ou sang-mêlés qui
ont obtenu la liberté:
Octroyons
aux
affranchis les mêmes
droits, privilèges et immunités dont jouissent les
personnes nées libres;
voulons que le mérite d'une liberté acquise, produise en
eux, tant pour leurs
personnes que pour leurs biens les mêmes effets que le bonheur et
la liberté
naturelle cause à nos autres sujets.
Il
faut tout de suite
souligner que
dans le vécu des colonies cette égalité n'a, de
fait, jamais existé. Toutefois,
tant que le phénomène des affranchissements demeura
marginal et que la
disproportion entre blancs et gens colorés, c'est-à-dire
mulâtres libres et
esclaves noirs, resta limitée, les affranchis purent jouir d'une
certaine
liberté, ou mieux, d'une certaine indifférence qui les
soustrayait à des
règlements et à des contrôles trop rigoureux.
Au cours du XVIIIe
siècle, ainsi que le démontrent les différentes
étapes de la
législation coloniale, analysées de façon
très précise et très éclairante par
Yvan Debbasch dans Couleur et liberté. Le jeu du critère
ethnique dans un ordre
juridique esclavagiste [8], la situation des gens de couleur se fait de
plus en
plus difficile face à la loi, en particulier face aux
ordonnances et aux
arrêtés locaux, qui codifient un état de fait
existant dans les colonies, où
les rapports entre blancs et gens de couleur libres sont assujettis
à un nombre
toujours croissant d'impositions et d'interdits. Les motivations en
sont
nombreuses, mais le préjugé de couleur joue un rôle
très important. Debbasch
écrit en ouverture du deuxième chapitre, de son ouvrage
qui s'intitule Du principe
égalitaire à l'ordre ségrégationniste
(1685-1789):
Jamais
abrogés,
les articles du
Code noir relatifs aux affranchissements n'ont pas fait pourtant
barrage à un
ordre ségrégationniste; tout au long du XVIIIe
siècle, les dispositions légales
et réglementaires vont s'amasser qui définissent à
la longue, et avec une
rigueur sans cesse accrue, un régime de caste fondé sur
la distinction des
couleurs[9].
4.
À son avis,
"l'idéologie
ségrégationniste n'a trouvé son expression
définitive qu'après 1760",
c'est-à-dire à une époque où l'influence de
l'opinion des colons pèse de plus
en plus lourd même sur la législation de la mère
patrie. Le mulâtre Julien
Raymond, dans ses Observations sur l'origine et le progrès du
préjugé des
colons blancs contre les hommes de couleur, de 1791, est du même
avis. Il
dénombre trois âges dans la vie de la colonie de
Saint-Domingue, dont la
datation est à vrai dire très incertaine, mais la
situation, mutatis mutandis,
était à peu près la même dans toutes les
Antilles françaises. Il nous dit que
dans les deux premiers âges il n'existait aucune réserve
contre les gens de
couleur libres et il fixe la date de naissance d'un véritable
préjugé autour
des années quarante, lorsque les richesses des colonies à
sucre commencent à
être convoitées et que de la mère patrie il se
déverse dans les îles un grand
nombre de personnes des deux sexes. Mais c'est surtout à partir
de la
conclusion de la guerre de Sept Ans que - à son avis - la
situation précipite.
Plus loin dans son texte il précise
que
le
préjugé [...] a une origine
très récente, puisqu'elle ne date pas de plus de trente
années", et qu'il
est dû "entièrement à la jalousie des femmes
blanches et aux ordonnances
impolitiques et tyranniques, par lesquelles on a, depuis 1768,
cherché à avilir
les hommes de couleur[10].
En
1763, on
crée dans les colonies,
à côté du Conseil Supérieur, une Chambre
d'agriculture, devenue plus tard
Assemblée coloniale, ce qui augmente le pouvoir des colons
blancs dont la
présence se fait sentir toujours davantage, de façon
directe ou indirecte, même
dans la métropole, où s'élaborent toutes les
stratégies concernant la gestion
des colonies. On essaie de faire passer ces positions de plus en plus
ségrégationnistes comme un choix de saine politique dans
un pays où les blancs
sont toujours moins nombreux par rapport aux noirs et aux
sang-mêlés, libres ou
non, et donc un pays où, au dire des colons, seule une
barrière infranchissable
entre ces deux mondes peut constituer un rempart sûr contre toute
prétention de
la masse esclave à la liberté. Mais il est
indéniable que la justification
d'ordre politique se double d'un préjugé ethnique qui
grossit à mesure qu'à la
suite de différents héritages et de croisements
successifs il n'y a plus aucune
différence, économique et physique, entre beaucoup de
mulâtres et les colons
blancs.
5. Souvent les
mulâtres sont même
plus cultivés, ayant été envoyés en France
parfaire leur formation culturelle.
Et pourtant, le seul soupçon d'appartenir à cette classe
est ressenti comme une
injure, ainsi qu'en témoignent les différentes histoires
où il est question des
sang-mêlés. Je me limite à citer ici le cas
emblématique du sieur Chapuizet,
qui intente, en l'année 1771, un procès contre un quidam
qui l'avait traité
publiquement de sang-mêlé. Dans un mémoire en sa
faveur on peut lire: "à
Saint-Domingue, et dans les autres colonies, qualifier quelqu'un de
sang-mêlé
est une injure égale à celle qu'on ferait en France, en
reprochant à quelqu'un
que son père ou son ayeul a péri sur
l'échafaud"[11]. L'appellatif était
donc on ne peut plus offensif, puisqu'on n'hésitait pas à
intenter un procès
pour recouvrer son honneur.
Les
décrets
ségrégationnistes se succèdent avec une
fréquence accélérée entre
les années Septante et l'époque révolutionnaire.
En 1773, on fait à
Saint-Domingue un règlement qui introduit une onomastique de
couleur, imposant
aux mères noires ou mulâtres de donner à leurs
enfants "un surnom tiré de
l'idiome africain, ou de leur métier et couleur, mais qui ne
pourra être jamais
celui d'aucune famille blanche de la colonie"[12]. Pour les
mulâtres on ne
pouvait pas utiliser l'appellatif "sieur" et "dame", même
si Debien nous dit qu'il y avait des exceptions[13], mais ils
étaient qualifiés
comme "le nommé" ou "la nommée". À la même
époque, on commence
à invalider les mariages interraciaux[14], admis, comme on l'a
vu, par un
article jamais abrogé du Code Noir, on commence à
défendre aux affranchis de
s'habiller comme les blancs, de s'asseoir à l'église ou
au théâtre avec les
blancs, d'accéder à certaines charges,
réservées aux blancs etc. Les motifs de
doléance, comme nous le verrons en lisant les nombreux
mémoires adressés
quelques années plus tard à l'Assemblée Nationale
par des mulâtres résidents à
Paris ou par des membres de la "Société des Amis des
Noirs", sont
très nombreux et font état d'une situation absurde et
désormais explosive à
force d'être devenue concentrationnaire: les gens de couleur
soi-disant libres
trouvent désormais leur horizon barré de tout
côté.
6. C'est une condition
inacceptable
pour eux, surtout si l'on tient compte du fait qu'ils sont mieux
enracinés dans
le territoire que les grands colons blancs, vivant le plus souvent
à Paris et
pour qui la colonie n'est qu'une mine d'où tirer de quoi vivre
luxueusement
dans la capitale. Pour les sang-mêlés, au contraire, la
colonie est leur pays:
ils voudraient y être respectés et compter quand il faut
prendre des décisions
qui concernent l'avenir de toute la communauté qui n'est pour
eux - il faut le
préciser - comme pour les colons blancs, que la
communauté des gens libres,
car, pour ce qui est de la vie des esclaves, leur position ne
diffère pas, à de
rares exceptions près, de celle des maîtres blancs. Dans
la grande majorité,
ils sont comme eux esclavagistes, partisans de la séparation
entre mulâtres et
noirs et très soucieux de souligner et de faire respecter le
pourcentage de
sang blanc qui coule dans leurs veines et d'effacer, si possible,
jusqu'au
souvenir de leur origine "impure". Le mot est un peu fort, mais il
était employé à l'époque, avec des
synonymes tout aussi méprisants: tache,
souillure, honte...
Une
attitude qui en
dit long sur la complication des rapports aux Antilles
françaises au XVIIIe siècle, sur la complexité des
situations et sur le malaise
des gens de couleur qui avaient fini par intérioriser un
sentiment
d'infériorité se traduisant, d'un côté, par
la hantise de la lactification et,
de l'autre, par la honte de leur origine. Une double honte: celle qui
était
liée à leur descendance d'une esclave noire et celle de
la bâtardise. Une
réalité polymorphe qui ne trouvait que des canaux
obligés et très limités pour
s'exprimer, et par conséquent une réalité
explosive, d'autant plus que les
noirs eux-mêmes avaient fini par adopter, face aux
sang-mêlés, l'attitude
méprisante des blancs.
7.
Le problème
des gens de couleur
en tant qu'hommes libres et généralement possesseurs
d'esclaves, comme les
colons blancs, reste longtemps étranger ou marginal dans le
débat métropolitain
concernant l'esclavage et les colonies. On peut noter, à titre
d'exemple, la
différence qu'il y a entre l'article "Mulâtre" de
l'Encyclopédie, de
1765, dû à la plume du chevalier de Jaucourt et celui du
"Supplément", écrit par Bellecombe et publié douze
ans plus tard, en
1777. Dans le premier le mulâtre en tant que personne est tout
à fait absent.
L'article commence par une définition, somme toute assez neutre,
si l'on
excepte l'allusion au libertinage des blancs: "Dans les îles
françoises,
mulâtre veut dire un enfant né d'une mère noire et
d'un père blanc; ou d'un
père noir et d'une mère blanche. Ce dernier cas est
très rare, le premier très
commun par le libertinage des blancs avec les négresses". Suit
une
référence au Code noir à propos des
affranchissements et l'article se conclut
par une réflexion sur les limites d'une loi qui, s'opposant aux
affranchissements pour contraster le libertinage, ouvre "la porte
à toutes
sortes de crimes, et en particulier à celui des fréquens
avortemens".
L'article ne s'arrête que sur l'origine des mulâtres et sur
leur collocation
incertaine entre maîtres et esclaves: leur personne et leur
rôle dans la vie de
la colonie n'intéressent pas. Celui du "Supplément" est,
par contre,
plus complexe, beaucoup moins anodin et essaie de brosser un portrait
du
mulâtre et de mettre en évidence son rôle
spécifique non seulement à
l'intérieur de la colonie mais aussi par rapport à la
mère patrie. Les
résultats, hélas, font regretter la
brièveté presque indifférente du Chevalier
de Jaucourt. Il s'agit, en effet, d'un texte étrange qui met
d'abord l'accent
sur un problème d'ordre moral, en soulignant la faute qui est
à l'origine de la
naissance des mulâtres, pour valoriser tout de suite après
les avantages que
ces derniers apportent aux colonies et à la métropole:
"Il eût sans doute
été à souhaiter pour les bonnes mœurs et pour la
population des blancs dans les
colonies, que les Européens n'eussent jamais senti que de
l'indifférence pour
les Négresses [...]. On ne peut cependant s'empêcher de
convenir que de ce
désordre il ne soit résulté quelques avantages
réels pour nos colonies".
Avantages que l'auteur, Bellecombe, trouve dans les affranchissements
permettant la formation d'une classe d'hommes libres, qui "sont -
à son
avis - le plus sûr appui des blancs contre la rébellion
des esclaves"; ils
permettent en outre la formation d'une "bonne milice à employer
dans la
défense des côtes".
8.
Enfin, autre
mérite important à
ses yeux, ils consomment beaucoup de marchandises venant de la France
et sont
donc "une des principales ressources du commerce des colonies".
Article étrange, disais-je, et quelque peu embarrassant
puisqu'il émane d'un
organe des philosophes, qui nous avait d'ailleurs déjà
surpris avec ses
articles consacrés à l'Afrique, où ce pays
n'était présenté que comme un
entrepôt de marchandises, y compris les marchandises humaines. Il
entérine les
préjugés coloniaux sur l'origine des mulâtres et ne
valorise ces derniers que
comme rempart contre les revendications des noirs et réceptacle
de la
marchandise qu'on déverse dans les colonies de la mère
patrie. Il faut ajouter,
pour compléter cette fresque peu favorable aux mulâtres,
l'allusion guère
flatteuse à leurs mères: "les jeunes Négresses
sont presque toutes bien
faciles". Mais on ne dit pas qu'elles appartiennent aux maîtres
qui peuvent
disposer, à tout moment et à leur plaisir, de leur vie.
Préjugé qui s'ajoute à
un autre préjugé et qui se retrouve même là
où l'on s'y attendrait le moins,
chez ce porte parole des philosophes justement, d'hommes qui ont
véritablement
lutté pour l'abolition de l'esclavage et pour
l'égalité entre tous les hommes.
Mais l'égalité est un concept difficile à
intérioriser, même de la part des
philosophes. Lorsqu'ils doivent traduire dans la pratique cette
reconnaissance
de principe, des réserves s'échappent de leur plume:
"à la couleur
près", "malgré leur couleur", etc. Les mixophiles
inconditionnels, pour employer un terme utilisé par
Pierre-André Targuieff dans
La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses
doubles[15], n'étaient pas
nombreux au XVIIIe siècle.
9.
Avec le
"Supplément"
de l'Encyclopédie on est arrivé au seuil des
années Quatre-Vingt, celles où la
position des sang-mêlés se fait plus solide sur le plan
économique et de plus
en plus incertaine sur le plan du droit et du rôle qu'il
recouvrent dans la vie
socio-politique de la colonie. La lecture des nombreux mémoires,
lettres,
requêtes, pétitions adressés à
l'Assemblée Nationale entre 1789 et 1791 en
faveur de la reconnaissance du titre de citoyens actifs pour les gens
de
couleur libres, permet de dresser une liste très longue de
défenses et
d'impositions qui témoignent comment il était presque
impossible pour eux
d'asseoir leur vie sur des bases solides. Il faut évidemment
tenir compte du
fait qu'il s'agit de textes de revendication et de polémique,
dont les dénonciations
sont toutefois confirmées par le fatras de lois et de
décrets qui emprisonnent
la vie des colonies françaises et par la position des
députés des colons blancs
siégeant à l'Assemblée Nationale. Le premier texte
important sur le sujet est
le Mémoire de l'abbé Grégoire, déjà
cité, qui a été présenté à
l'Assemblée en
1789. On sait que Grégoire s'est battu non seulement pour la
reconnaissance des
droits des mulâtres, mais aussi pour l'abolition de l'esclavage,
en faveur des
juifs et de l'égalité des races[16]. L'abbé ouvre
son Mémoire par une citation
tirée des Considérations sur l'état présent
de la colonie françoise de
St.-Domingue (1777) de Hilliard d'Auberteuil, qui n'était pas un
écrivain
anti-esclavagiste[17]: "En aucun pays il n'y a tant d'abus qu'à
St.-Domingue"[18]. Pour l'abbé Grégoire il n'y a pas de
doute que ces abus
trouvent leur fondement dans la couleur de la peau: "les Blancs ayant
la
force, ont prononcé, contre la justice, qu'une peau rembrunie
excluoit des
avantages de la société. Enorgueillis de leur teint, ils
ont élevé un mur
séparatif entr'eux et une classe d'hommes libres,
qu'improprement on nomme gens
de couleur ou sang-mêlés. Ils ont voué à
l'avilissement plusieurs milliers
d'estimables individus, comme si tous n'étoient pas enfants du
pere
commun"[19]. En homme d'église, il commence par revendiquer une
égalité
qui nous vient de Dieu, mais ce qui suit, tout en n'oubliant pas les
raisons
d'ordre religieux et humanitaire, est bien fondé sur des
données concrètes.
Afin de poser de façon correcte le problème de la
représentation des gens de
couleur à l'Assemblée Nationale, à savoir s'ils
peuvent être représentés par
les députés des colons blancs ou s'ils doivent avoir
leurs députés, Grégoire
recense une série d'abus perpétrés contre eux par
les colons blancs, pour
démontrer que ceux-ci ne sont pas crédibles lorsqu'ils
prétendent représenter
les intérêts de toute la colonie.
10.
Je fais d'abord
une brève
synthèse des obligations que l'abbé Grégoire nous
dit avoir été imposées aux
mulâtres par les colons blancs, me limitant à citer, avec
quelques coupures,
des passages du Mémoire:
Seuls
ils font le
service de la
Maréchaussée [...]. Tous les hommes de couleur
étoient soumis, il y a peu, à la
conscription militaire; enrôlés à l'âge de
seize ans, ils devoient servir tous
les trois ans jusqu'à soixante [...]. Tout homme de couleur est
astreint au
service de piquet, c'est à dire que chaque six ou sept semaines
il est obligé
d'en passer une entiere à la porte d'un Commandant ou autre
Officier, avec un
cheval toujours harnaché et prêt à faire toutes les
courses ordonnées. [20]
Cette dernière
imposition était la
plus lourde et la plus odieuse car, non seulement elle contraignait le
mulâtre
à abandonner sa plantation ou tout autre travail pendant une
semaine et
plusieurs fois au cours d'une année, mais elle l'obligeait aussi
à des dépenses
pour louer et nourrir le cheval qu'il était tenu à mettre
à la disposition d'un
fonctionnaire ou d'un militaire, le plus souvent seulement pour servir
ses caprices,
sous le prétexte d'un service au roi.
Mais
le chapitre des
défenses est beaucoup plus long et plus humiliant:
* Défense aux
gens de couleur
d'exercer certains métiers, comme l'orfévrerie.
* Défense
d'exercer la médecine et la chirurgie.
* Défense de
porter de noms européens [...]. Injonctions aux Curés,
Notaires,
et autres hommes publics, de consigner dans leurs actes les
qualifications de
mulâtres libres, carterons libres, sang-mêlés, etc.
* Défense de
manger avec les blancs.
* Défense de
danser après neuf heures du soir.
* Défense
d'user les mêmes étoffes que les blancs.
* Défense de se
servir de voiture, sous peine de prison pour les contrevenans,
et de confiscation des voitures et des chevaux [Grégoire
précise plus loin que
ces deux dernières défenses sont tombées en
désuétude].
* Défense de
passer en France.
* Exclusion de toutes
charges et emplois publics [...] à l'église [...] des
places distinctes sont assignées.
*
L'opinion et divers décrets repoussent des emplois, même
les Blancs qui se
marient avec des femmes de couleur[21].
11. Les punitions pour
les plus
petites infractions étaient exemplaires, les mépris et
les humiliations, les
injustices et même les cruautés étaient leur pain
quotidien. Les colons
justifiaient cette attitude ségrégationniste, d'un
côté, on l'a déjà dit, avec
la nécessité d'élever une barrière entre la
classe des colons blancs et celle
des noirs esclaves, pour empêcher que ne s'écroule tout
l'échafaudage de
l'économie de plantation fondé sur la différence
ethnique, mais une grande
partie des motivations étaient décidément racistes
et prenaient leur source
dans une image tout à fait péjorative des gens de
couleur, souvent décrits
comme la lie de deux races, dont ils exacerbaient les caractères
négatifs. Par
contre, Grégoire, ainsi que tous ceux qui se battent pour la
reconnaissance de
leurs droits[22], en brosse un portrait avantageux: "En
général ils ont
conservé l'estimable bonhomie des mœurs domestiques. Ils se
distinguent, ainsi
que les Nègres, par beaucoup de piété filiale.
Beaucoup de respect pour la
vieillesse. [...] Plusieurs ont une éducation très
soignée, et laissent cet
héritage à leurs enfans. [...] On a vu de
généreuses mulâtres acheter des
enfans de couleur [...] pour leur faire le don précieux de la
liberté".[23]
Mais
le portrait le
plus soigné et peut-être aussi le plus flatteur a
été
brossé, en 1792, par Antoine-Jean-Thomas Bonnemain qui en exalte
en même temps
les avantages physiques, moraux et intellectuels: "Les hommes, presque
tous grands, robustes, intelligents, laborieux et même plusieurs
avec des
lumières, sont, par leur bravoure, leur fermeté, les plus
fermes remparts des
colonies. Une fierté mêlée d'orgueil les fait
comporter avec honneur. Chez les
femmes on trouve de l'aménité, de l'activité, et
sur-tout de l'humanité.
Plusieurs même sont blanches et ont des graces relevées
par une éducation
soignée"[24]. Bonnemain souligne encore le fait que leur nombre
égale
désormais celui des blancs, qu'ils possèdent un tiers des
terres et des
esclaves, qu'ils assurent le service de police et qu'ils naissent et
meurent
dans les colonies, les enrichissant ainsi de leurs biens, tandis qu'en
général
les biens des colons blancs vont enrichir la mère patrie. Il est
partant
risible, ainsi que le dit Jean-Pierre Brissot en condamnant les
prétentions
avancées par les députés des colons blancs, de
réserver aux seules Assemblées
coloniales le droit de légiférer sur les personnes, il
est "risible de
voir exiger une échelle des droits politiques, graduée
sur les nuances de la
couleur de la peau"[25]. Tous ces écrits témoignent
qu'à l'époque
révolutionnaire la ségrégation des gens de couleur
est devenue encore plus dure
et plus humiliante: "Ces hommes - nous dit Brissot - ont
été depuis la
révolution, parce qu'ils ont réclamé leurs droits,
vexés, humiliés, persécutés,
et enfin désarmés dans une grande partie de l'île
[...]. Depuis trois ans, les
hommes de couleur n'ont pu envoyer librement, ni une seule lettre, ni
une seule
pétition, ni un seul député en France"[26].
12.
On pourrait
évidemment
continuer, mais je crois que les exemples cités suffisent pour
faire état de la
situation des gens de couleur et des débats qui les concernaient
à l'époque
révolutionnaire, d'autant plus que, souvent, les nombreuses
pétitions écrites
en leur faveur se recoupent. Il y a toutefois des exceptions
représentées, d'un
côté, par les écrits subtilement sectaires des
colons et de leurs représentants
à l'Assemblée[27] et de l'autre par ceux de gens de
couleur eux-mêmes qui
retracent le long parcours de leur souffrance et demandent à
leur pays d'être
reconnus comme citoyens à part entière. Le mulâtre
Julien Raimond, après avoir
décrit la situation insoutenable des gens de couleur dans les
colonies et les
dégâts qu'une politique ségrégationniste
produit au point de vue de l'économie,
de l'ordre intérieur et de la sauvegarde contre les ennemis du
dehors, termine
ses Observations par une question qui est une sorte de soufflet
à l'adresse des
membres de l'Assemblée Nationale et de tous les hommes de la
Révolution. Après
avoir cité l'article du Code noir, émané sous
Louis XIV, sur les
affranchissements, il conclut: "L'assemblée nationale
seroit-elle moins
juste qu'un despote?"[28]. La reconnaissance des droits de tous les
gens
de couleur libres, après de longues vicissitudes, deux pas en
avant et trois en
arrière, devient une loi le 4 avril 1792: "L'Assemblée
Nationale reconnaît
et déclare que les hommes de couleur et nègres libres
doivent jouir, ainsi que
les colons blancs, de l'égalité des droits
politiques"[29]. En hommage à
ce texte, qui les intégrait sans aucune restriction, les hommes
de couleur se
nommèrent "citoyens du 4 avril". Mais entre temps la situation
aux
colonies avait précipité. Saint-Domingue,
désormais bouleversée par la révolte
servile, avait d'autres problèmes à résoudre: on a
l'impression que la mère
patrie était largement en retard par rapport à la
situation réelle de ses
colonies. D'autant plus qu'il ne suffisait pas d'une loi pour abolir un
préjugé
dont la contagion avait gagné tous les niveaux de la
société coloniale.
L'explosion de racisme qui éclate en France et dans les colonies
après la prise
de pouvoir de Napoléon - qui, on le sait, rétablit en
1802 l'esclavage aboli
par la Convention en 1794 - en est la plus nette confirmation. On
pourrait
faire recours à beaucoup d'exemples tirés des
écrits de l'époque, mais il
suffit de citer un bref passage des Égaremens du nigrophilisme,
publié en 1802,
dû à la plume de Baudry Deslozière (ou des
Lozière), ancien militaire,
propriétaire à Port-au-Prince et nommé en France
historiographe de la Marine:
"Hélas! ce sang n'est que trop mélangé dans les
Colonies, et cette
corruption ne gagne que trop toutes les parties de la France. – Un peu
plus, et
ce mélange, déjà trop commun ira jusqu'à
dénaturer le caractère de la nation,
et l'on verra, si je puis m'exprimer ainsi, des Mulâtres en
morale comme en
physique"[30]. Et, pour conclure, je cite un passage de l'article
"Mulâtre" du Grand Larousse universel du XIXe siècle,
tiré de
l'Histoire naturelle du genre humain du médecin Jean-Jacques
Virey[31]:
"Les mulâtres et les races mélangées passent pour
être, dans les colonies,
la lie de l'espèce humaine"[32]. On est entré dans les
années sombres
qu'Yves Benot étiquette comme époque de "la
démence coloniale".[33]
par
Carminella Biondi
Università di
Bologna
Note :
[1]
A.
GRÉGOIRE, Mémoire en faveur
des gens de couleur ou sang-mêlés de St.-Domingue, Paris,
Belin, 1789, réédité
dans Oeuvres de l’Abbé Grégoire, 7 voll., Nendeln, KTO
Press - Paris, Editions
d’Histoire sociale [EDHIS dans les citations qui vont suivre], 1977,
VI, 1 (le
premier numéro indique le volume, le second la place du texte
à l’intérieur du
volume).
[2]
Ibidem, p. 48. Suit une liste
des différents types de croisements possibles entre les
métis de noirs et de
blancs. Le premier, c’est à dire le résultat de l’union
entre blanc et noir,
c’est le mulàtre. Ce terme est toutefois souvent employé
comme synonyme de gens
de couleur ou sang-mêlés. Julien Raymond, un homme de
couleur de Saint-Domingue
qui pérorait à Paris la cause de gens de couleur, exclut
toutefois de la
dénomination gens de couleur le mulàtre: “Un
mulàtre est le produit d’un blanc
avec une noire. — On entend, par gens de couleur ou
sang-mêlés, le produit des
mulàtres entr’eux ou des mulàtres avec des blancs, et de
leurs différentes
progénitures” (J. RAYMOND, Observations sur l’origine et les
progrès du préjugé
des colons blancs contre les hommes de couleur. Sur les
inconvéniens de le
perpétuer; la nécessité, la facilité de le
détruire; sur le projet du Comité
colonial, etc., Paris, Belin, Desenne, Bailly, 26 janvier 1791).
[3] Dans la note
déjà citée, l’abbé Grégoire fait la
liste des résultats de ces
croisements: mulàtre, grif, marabou, carteron, tierceron,
métis, mamelouc, etc.
[4] J’ai lu le texte
dans la nouvelle édition entièrement revue et
complétée
sur le manuscrit par B. MAURIEL - E. TAILLEMITE, 3 voll., Paris,
Société
d’Histoire des Colonies françaises et Larose, 1958, I, pp.
83-111.
[5] Debien nous dit
qu’on “les comptait sur les doigts avant 1755”: G. DEBIEN,
Etudes antillaises (XVIIIe siècle), Paris, Colin, 1956, p. 37.
[6] Je cite les
articles du Code noir d'après L. SALA-MOLINS, Le Code noir ou
le calvaire de Canaan, Paris, Presses Universitaires de France, 1987.
[7]
Dans les révisions apportées en 1724 pour le territoire
de la Louisiane, où
le seul mariage permis est celui entre un noir libre ou affranchi et
une
esclave, le mariage entraîne la liberté de la femme et des
enfants.
[8]
Y. DEBBASCH, Couleur et liberté. Le jeu du critère
ethnique dans un ordre
juridique esclavagiste, T. I: L'affranchi dans les possessions
françaises de la
Caraïbe (1635-1833), Paris, Dalloz, 1967. Les recherches de
Debbasch avaient
été anticipées par celles d'Auguste Lebeau dans sa
thèse pour le Doctorat en droit:
A. LEBEAU, De la condition des gens de couleur libres sous l'Ancien
Régime,
Poitiers, Imprimerie A. Masson, 1903.
[9] DEBBASCH, Couleur
et liberté cit., p. 34. Dans L. PEYTRAUD, L'esclavage aux
Antilles françaises avant 1789. D'après des documents
inédits des Archives
coloniale, Pointe-à-Pitre, Désormeaux, 1973), on peut
lire: "Le gouverneur
de Cayenne, Maillart, ayant demandé à quelle
génération les sang-mêlé doivent
rentrer dans la classe des blancs et peuvent être exempts de
capitation, le Ministre
lui répond, le 13 octobre 1766: 'Il faut observer que tous les
nègres ont été
transportés aux colonies comme esclaves, que l'esclavage a
imprimé une tache
ineffaçable sur toute leur postérité, même
sur ceux qui se trouvent d'un
sang-mêlé; et que, par conséquent, ceux qui en
descendent ne peuvent jamais
entrer dans la classe des blancs. Car, s'il était un temps
où ils pourraient
être réputés blancs, ils jouiraient alors de tous
les privilèges des blancs, et
pourraient comme eux prétendre à toutes les places et
dignités, ce qui serait
absolument contraire aux constitutions des colonies' " (p. 426).
[10] RAIMOND,
Observations sur l’origine et les progrès du
préjugé des colons
blancs cit., p. 13.
[11] Ibidem, p. 64, n.
4.
[12] Ibidem, p. 70.
[13]
DEBIEN, Etudes antillaises (XVIIIe siècle) cit., p. 38: "
Plusieurs
de ces libres sont dits 'sieurs' dans les actes [...]. Charlotte Fleury
est
appelée demoiselle dans le procès-verbal d'arpentage de
la concession
Ossé".
[14] Cfr. É.
PETIT, Traité du Gouvernement des esclaves, Paris, 1777, II, p.
81
( DEBBASCH, Couleur et liberté cit., p.72). Julien Raimond
fournit un exemple
concret: "Plusieurs blancs, quoique mariés à des femmes
de couleur avoient
été élevés aux charges publiques [...].
Mais vers 1762, M. Guérin, habitant
riche de Jacmel, mari d'une femme de couleur, ayant été
élu marguillier de sa
paroisse, fut dépossédé de sa charge après
quelques mois d'exercice, par un
arrêt du conseil du Port-au-Prince, qui déclaroit que les
blancs, mésalliés, ne
pouvoient jouir de cet honneur" (RAIMOND, Observations sur l’origine et
les progrès du préjugé des colons blancs cit., p.
9).
[15] P.-A. TARGUIEFF,
La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles,
Paris, Gallimard, coll. "Tel", 1987, p. 339. Targuieff a
emprunté, à son
tour, le terme et la définition à l'ouvrage de E. FINCH,
Mémoires sur le
contact des races (publiés par G. SPILLER), Londres, P.S. King
and Son, 1911:
"les mixophiles sont ceux qui prêchent l'évangile de
l'amalgamation [...],
assurant que le mélange entre races aussi dissemblables que les
blancs et les
nègres ne pouvait être que bienfaisant" (p. 123).
[16]
Surtout dans A. GRÉGOIRE, De la littérature des
nègres, Nendeln, Kraus
Reprint, 1971 [ Paris, Maradan, 1808].
[17] Sur l'effort
d'objectivité d'Hilliard d'Auberteil, cfr. aussi ce
qu'écrit
Jean-Pierre Brissot dans son Discours sur un projet de décret
relatif à la
révolte des noirs prononcé à l'Assemblée
Nationale le 30 octobre 1791, Paris,
Imprimerie Nationale, 1791. Le Discours a été
réimprimé dans le recueil La
Révolution française et l'abolition de l'esclavage.
Textes et documents, Paris,
Éditions d'Histoire sociale, 1968, 12 voll. (EDHIS dans les
citations qui vont
suivre), VIII, 9, p. 13: "Les mulâtres sont le vrai boulevard de
Saint-Domingue contre les révoltes des noirs; et si vous en
doutez, messieurs,
consultez l'article Mulâtre de l'Encyclopédie,
écrit il y a trente ans;
consultez vingt passages des Considérations sur Saint-Domingue,
d'Hilliard
d'Auberteil, qui, quoique dévoué aux blancs, leur a rendu
justice".
[18] GRÉGOIRE,
Mémoire, p. 3. La citation des Considérations renvoie
à
l'édition de Paris, 1777, t. II, p. 350.
[19]
Ibidem, p. 4.
[20] Ibidem, pp. 5-6.
[21] Ibidem, pp. 6-9.
[22] A. COURNAND,
Requête présentée à Nosseigneurs de
l'Assemblée Nationale, en
faveur des gens de couleur de l'île de Saint-Domingue, [Paris
1790]; A.
GRéGOIRE, Lettre aux philanthropes, sur les malheurs, les droits
et les
réclamations des gens de couleur de Saint-Domingue, et des
autres îles
françoises d'Amérique, Paris, Belin, 1790; ID., Lettre
aux citoyens de couleur,
et nègres libres de Saint-Domingue, et autres Isles
Françoises de l'Amérique,
[Paris], Imprimerie du Patriote François, [1791]; Lettres des
diverses Sociétés
des Amis de la Constitution, qui réclament les droits de Citoyen
actif en
faveur des hommes de couleur des Colonies, [Paris], Imprimerie du
Patriote
François, [1790]. La liste pourrait continuer. À toutes
ces lettres et
pétitions il faut ajouter celles des gens de couleur. Je me
limite à en citer
quelques-unes: Précis des gémissemens des
sang-mêlés dans les Colonies
Françaises, par J.M.C. Américain, Sang-mêlé,
Paris, Baudouin, 1789; OGÉ JEUNE
(VINCENT), Motion faite à l'Assemblée des Colons Habitans
de S. Domingue, à
l'Hôtel Massiac, Place des Victoires [Paris 1789]; Lettre des
commissaires des
Citoyens de couleur en France, à leurs frères et
commettans dans les Isles
Françoises, [Paris 1791]. Tous ces textes ont été
réimprimés dans le recueil
édité chez EDHIS.
[23]
GREGOIRE, Mémoire cit. , p. 18.
[24]
A.-J.-T. BONNEMAIN,
Régénération des colonies, ou moyens de restituer
graduellement aux hommes leur
état politique, et d'assurer la prospérité des
Nations; et moyens pour rétablir
promptement l'ordre dans les colonies Françaises, Paris,
Imprimerie du Cercle
Social, 1° mars 1792, EDHIS, V, 1, p. 59.
[25] J.-P. BRISSOT,
Discours sur la
nécessité de maintenir le décret rendu le 15 mai
en faveur des hommes de
couleur libres, prononcé le 12 septembre 1791, à la
séance de la Société des
Amis de la Constitution..., Imprimé par ordre de la
Société, S.l. [Paris], s.d.
[1791], EDHIS, VIII, 8, p. 7, n. 1.
[26]
BRISSOT, Discours sur un projet de décret cit., pp. 14-16.
[27] Je me limite
à citer l'exemple le plus frappant qui est la Correspondance
secrette des Colons Députés à l'Assemblée
Constituante, servant à faire
connaître l'esprit des colons en général sur la
Révolution, Paris, Imprimerie
d'Anjubault, [1793], EDHIS, VIII, 10.
[28] SALA-MOLINS, Le
Code Noir cit., p. 28.
[29]
DEBBASCH, Couleur et liberté cit., p. 186.
[30] B.
DESLOZIÈRES, Egaremens du nigrophilisme, Paris, Migneret, 1802,
p. 29.
[31] J.- J. VIREY,
Histoire naturelle du genre humain, La Haye, Librairie
Vervloet, 1834 [1803], 4 voll., II, art. VI: "Des mélanges de
castes, ou
des métis de diverses races", pp. 119-133. Dans Virey nous
trouvons le
passage repris par le "Grand Larousse", mais avec un correctif que le
dictionnaire laisse tomber: "Ces diverses castes
mélangées, qu'on remarque
dans presque toutes les colonies, sont regardées comme la lie du
genre humain
par la plupart des blancs, qui n'y voient que des bâtards,
résultats d'unions
furtives, repoussés par la société policée,
et déshérités par les lois.
Cependant, les individus qui en proviennent sont, en
général, robustes et bien
conformés, souples, agiles, nerveux, ce qui justifie l'opinion
que le
croisement des races perfectionne les individus, comme
l'établissent Buffon et
Vendermonde" (p. 132). Mais il conclut: "C'est une observation
générale que les mœurs se pervertissent en proportion de
ces mélanges" (p.
133).
[32] Vol. XI, p. 673.
[33]
Y. BENOT, La démence coloniale sous Napoléon, Paris, La
Découverte, 1992.