Approches
américaines de l’histoire de l’esclavage

par Steven Hahn
Professeur
d’histoire des Etats-Unis à l’université de Pennsylvanie,
auteur de A Nation
Under Our Feet : Black Political Struggles in the Rural South From
Slavery
to the Great Migration, Harvard University Press, Cambridge, 2003.
Depuis
longtemps, la traite des Noirs fait l’objet d’un débat
acharné. La bataille
morale et politique lancée par ses opposants pendant la seconde
moitié du
XVIIIe siècle se poursuit encore : elle s’est
greffée sur les luttes et
les discours anticoloniaux, puis sur les analyses critiques de la
modernité et
du postcolonialisme. Le commerce négrier est ainsi devenu un
sujet explosif,
sur lequel la désinformation n’épargne même pas un
public instruit. Pourtant,
aux Etats-Unis, historiens et autres spécialistes ont abouti
à un large
consensus sur de nombreuses questions, dépeignant solidement la
manière dont ce
trafic est apparu le long de la côte occidentale de l’Afrique, en
est venu à
englober l’Europe et les Amériques, et a transformé la
société de part et
d’autre de l’Atlantique.
L’étude de la
traite atlantique, comme celle de l’esclavage, commence par une
condamnation
profondément ancrée dans ce champ de recherche. Mais,
après avoir mis l’accent
sur la souffrance des victimes, nous nous sommes concentrés sur
l’organisation
de la traite et sur les résistances auxquelles elle a fait face.
En 1969,
Philip D. Curtin publiait The Atlantic Slave Trade : A Census
(« Le commerce atlantique des esclaves : un
recensement »), dans
lequel, en moins de trois cents pages, il tentait d’estimer le volume
humain de
ce commerce durant les quatre siècles de son histoire, du XVIe
au XIXe
siècle. S’appuyant sur des sources publiées, largement
disponibles quoique
dispersées, il admettait franchement que les résultats de
ses recherches
étaient loin d’être précis.
Il a pu
néanmoins montrer comment les sources d’approvisionnement et les
destinations
d’achat changèrent, et comment le nombre d’esclaves soumis
à la traite augmenta
régulièrement pendant les deux premiers siècles et
demi de son existence, pour
atteindre un pic d’intensité considérable au cours du
XVIIIe siècle, avant de
décroître au siècle suivant. A l’époque
où Curtin a écrit son ouvrage, on
estimait que ce trafic avait impliqué entre 15 et 25 millions
d’esclaves. Son
propre calcul évoquait plutôt de 10 à 12 millions.
Des études plus récentes ont
permis de revoir ces estimations à la hausse, pour situer ce
chiffre entre 12
et 15 millions (1).
Mais, pour le reste, rien de substantiel n’a changé par rapport
au tableau
brossé par Curtin en ce qui concerne les
« exportations », les
« importations » et les délais.
En revanche,
notre interprétation du rapport entre l’économie
politique de la traite
atlantique et celle de l’Afrique occidentale au cours de la très
longue
histoire de ce trafic a changé. Les chercheurs ont mis à
mal une série de vues
simplistes. Au début du XXe siècle, les historiens,
projetant leur point de vue
colonialiste, avaient tendance à considérer le trafic
d’esclaves et l’esclavage
comme une entreprise plutôt salutaire, ayant joué un
rôle civilisateur dans
l’histoire de l’Afrique : la traite aurait éloigné
du continent noir des
païens primitifs et ignorants pour les placer dans un
environnement de nature à
leur apprendre les mœurs d’un Occident plus avancé, et
chrétien de surcroît.
Bref, le trafic d’esclaves s’inscrirait dans une expérience
éducative à grande
échelle consistant, simultanément, à ouvrir
à l’influence civilisatrice de
l’Europe une Afrique plongée dans l’ignorance et à
exposer les esclaves à
l’influence paternaliste de leurs propriétaires
euro-américains.
Des voix
dissidentes se firent entendre, surtout parmi les historiens noirs.
Mais il
fallut attendre le lendemain de la seconde guerre mondiale et les
mouvements en
faveur de la décolonisation et des droits civiques pour qu’une
autre vision inverse
les idées reçues. Les marchands d’esclaves devinrent des
envahisseurs et des
colonisateurs arrachant des millions d’Africains à leur terre
d’origine pour
les jeter dans l’enfer. Le commerce des esclaves et les colons
européens furent
présentés comme les composantes d’un pillage de l’Afrique
destiné à financer
l’industrialisation et le progrès économique en Europe et
en Amérique du Nord.
Ainsi que l’expliquent des chercheurs militants comme Eric Williams,
originaire
de Trinité-et-Tobago, et le Guyanais Walter Rodney,
développement de l’Europe
et sous-développement de l’Afrique ont évolué de
pair.
Ce point de
vue profondément novateur a conservé sa force morale et
politique, et trouve
toujours des partisans au sein de certains cercles intellectuels et de
nombreuses institutions d’enseignement, en partie parce qu’il met en
relief les
déséquilibres de forces internationaux qui ont rendu
possible l’asservissement
des Africains. Mais une compréhension différente se
dégage de récentes
recherches qui complexifient la réécriture de cette
histoire.
Nous savons
aujourd’hui que les Européens qui naviguèrent le long de
la côte occidentale de
l’Afrique, à partir de la moitié du XVe siècle,
découvrirent un monde qui avait
atteint, économiquement et politiquement, un niveau de
développement comparable
au leur. Les Africains pratiquaient l’exploitation minière,
l’industrie,
l’agriculture et l’élevage ; ils entretenaient depuis des
siècles des
relations commerciales avec des pays éloignés, notamment
du Nord. A aucun
moment dans l’histoire de la traite, l’Afrique n’a dépendu
économiquement des
marchandises que l’Europe offrait. Les Européens n’avaient tout
simplement rien
à lui vendre qu’elle ne produisait elle-même – sauf des
biens de luxe, tels des
objets en fer ou en cuivre, de précieux coquillages alors
utilisés comme
monnaies d’échange, des bijoux ou encore diverses boissons
alcoolisées que les
Africains pouvaient désirer.
La traite
atlantique se développa dans le cadre de l’expansion des
relations commerciales
entre Européens et Africains de l’Ouest, et surtout à
partir de systèmes d’esclavage
et de trafic existant en Afrique depuis longtemps. L’idée,
répandue dans le
public, selon laquelle l’esclavage a essentiellement été
une invention
européenne et, sous sa forme raciale, un produit de la
modernité est loin de la
vérité. Les systèmes d’esclavage à grande
échelle remontent à l’Antiquité et
apparurent dans une grande partie du monde.
L’utilisation
d’esclaves, principalement des prisonniers de guerre, s’est
répandue en Afrique
bien avant le XVe siècle. Le plus souvent, ils étaient la
propriété de
marchands ou de fonctionnaires d’Etat, pour qui ils
représentaient des
investissements privés ou de loyaux serviteurs. Dès le
IXe siècle, leur trafic,
florissant, se développa entre l’ouest et le nord de l’Afrique,
puisant dans
les circuits dominés par les musulmans sur le pourtour
méditerranéen et au
Moyen-Orient. Autrement dit, le commerce atlantique des esclaves fut
moins une
réalité imposée par l’Europe à l’Afrique
qu’une variante distincte, et de plus
en plus violente, d’un système déjà en place.
L’existence
de longue date d’un trafic intérieur d’esclaves sur le continent
noir
signifiait non seulement que les Européens pouvaient profiter de
pratiques
familières aux Africains de l’Ouest, mais aussi, dès le
début, que la traite
restait en grande partie aux mains des Africains. A de rares
exceptions, ces
derniers contrôlaient chaque étape du trafic, de la
capture et de
l’asservissement pendant les guerres internes au transport des esclaves
jusqu’à
la côte, où ils étaient finalement vendus aux
Européens, lesquels auraient
préféré exercer un pouvoir direct sur la
côte ouest-africaine et maîtriser les
sources d’approvisionnement. La force politique et militaire des
différents
Etats africains, de même que les réseaux
économiques qu’ils avaient bâtis, les
en empêchèrent.
Les Africains
se capturaient et s’asservissaient entre eux,
généralement à l’issue de
conflits militaires entre Etats sur lesquels les Européens
avaient peu
d’influence. La plupart des esclaves provenaient du centre-ouest de
l’Afrique,
où ils étaient capturés lors de guerres de
conquête menées par des Etats comme
le Congo – les esclaves jouaient notamment un rôle important dans
le processus
de centralisation étatique. L’acheminement des esclaves de
l’intérieur du
continent jusqu’à la côte était assuré, sans
participation – ou presque – des
Européens, par les Africains eux-mêmes, qui les
hébergeaient et les vendaient
directement aux négriers européens. Les Européens
se trouvaient relégués dans
une série d’avant-postes, le long de la côte, d’où
ils pouvaient mener leurs
affaires dans des termes essentiellement définis par les
Africains (2).
Quel fut
l’impact du développement de la traite atlantique sur les
sociétés
africaines ? A défaut de réponses claires, une
vision nouvelle se dessine.
Il y a peu, les historiens estimaient qu’elle avait eu un effet
dévastateur sur
la population, de même que sur l’organisation sociale et
politique. Ils
pensaient que ce trafic avait encouragé les guerres en Afrique,
que l’emploi
d’armes fournies par les Européens avait alourdi les coûts
humains et
politiques de ces guerres et que la traite avait eu des
conséquences
démographiques catastrophiques, bien pires que celles que
l’Afrique aurait
connues si les Européens n’étaient pas intervenus.
Nous n’en
sommes plus si sûrs. Les chercheurs semblent abandonner
l’idée que la demande
européenne en esclaves ait joué un rôle important
dans les guerres entre Etats
africains, provoquées en grande partie par leur fragmentation
politique.
L’existence des esclaves découlait principalement des luttes
politiques entre
Etats, auxquels elle offrait un moyen de consolider et de centraliser
leur
pouvoir. Bien que les armes européennes aient pu jouer un
rôle dans certains
cas, rien n’indique qu’elles aient déterminé l’issue.
Bref, l’hypothèse que le
contact avec les Européens aurait entraîné une
escalade des conflits militaires
en Afrique, puis obligé les Africains à participer
à la traite atlantique dans
le cadre d’une dynamique de survie, ne semble pas prouvée. Les
armements des
Européens furent utilisés lors de certaines guerres entre
Etats africains, mais
ils n’eurent globalement qu’un impact mineur sur le déroulement
et les
conséquences de ces conflits.
Quant aux
conséquences démographiques à court et à
long terme, elles sont difficiles à
évaluer. Selon Herbert Klein (3),
près de la moitié de la population de l’Afrique
subsaharienne, soit quelque 25
millions de personnes, se trouvait dans l’orbite du commerce des
esclaves vers
1700. Selon ses chiffres, la population a alors augmenté
beaucoup plus
lentement ou même connu un déclin absolu. D’après
l’estimation la plus
optimiste, le taux de croissance serait tombé à
0,2 % – une autre,
beaucoup plus pessimiste, évoque une perte nette d’environ
17 millions de
personnes. Il est donc clair que l’impact démographique de la
traite a été très
fort dans certaines régions d’Afrique occidentale, et que la
croissance
économique africaine en a subi les conséquences, parfois
dramatiques.
Le
phénomène
marqua les deux côtés de l’Atlantique et l’ensemble des
Amériques. Le commerce
des Noirs donna naissance à un monde entièrement
« nouveau » pour les
Africains, les Européens et les Amérindiens qui
entrèrent en contact dans
l’hémisphère occidental, où apparurent des formes
nouvelles d’organisation
sociale, d’interaction culturelle et d’exercice du pouvoir politique.
L’esclavage dans les plantations, orienté principalement vers la
production de
sucre pour des marchés européens en plein essor, occupait
pratiquement le
centre de ce monde.
Les
plantations de canne à sucre apparurent à l’origine sur
le pourtour
méditerranéen, avant de gagner Madère, les
Canaries et São Tomé, puis de
traverser l’Atlantique. Au milieu du XVIe siècle, elles se
multiplièrent dans
le Brésil portugais, et, un siècle plus tard, avec l’aide
des Hollandais,
s’emparèrent des Antilles françaises et britanniques.
Après une brève période d’expérimentation
avec des engagés sous contrat, autochtones et blancs, la
main-d’œuvre des
plantations se composa partout d’esclaves africains fournis par la
traite.
Pour ces
esclaves déportés dans les colonies vouées
à l’économie sucrière, la vie était « pénible,
brutale et brève ». En 1650, il en arrivait plus
de 7 000 par an, la
majorité au Brésil ; en 1700, le chiffre annuel des
arrivées approchait
les 25 000, répartis entre les possessions portugaises,
britanniques,
françaises et espagnoles. L’apogée se situa au milieu du
XVIIIe siècle, lorsque
de 60 000 à 80 000 esclaves furent
déportés chaque année aux
Amériques. L’économie sucrière réalisait
alors des bénéfices considérables, et
les planteurs estimaient moins coûteux de faire travailler leurs
esclaves
jusqu’à l’épuisement et d’en racheter pour remplacer ceux
qui succombaient que
d’encourager leur reproduction naturelle. Les années de survie
pour ceux qui
avaient supporté la traversée de l’Atlantique se
comptaient sur les doigts
d’une main.
L’Amérique du
Nord présente une singularité dans ce processus
historique. D’une part, lors de
l’émancipation, à l’époque de la guerre de
sécession, les Etats-Unis comptaient
de loin la population d’esclaves la plus importante ayant jamais
existé dans
les Amériques : environ 4 millions d’individus, soit
plus du double
de celle du Brésil à n’importe quelle période de
son histoire et environ dix
fois celle de Saint-Domingue (actuellement Haïti), colonie
où l’économie
sucrière était la plus profitable dans le monde, à
la veille du grand
soulèvement d’esclaves des années 1790. D’autre part, ce
sont les Etats-Unis
(en tant que colonie puis comme Etat indépendant) qui firent
venir le moins
d’esclaves : entre 400 000 et 600 000, contre plus de
1,6
million pour les Antilles britanniques, environ 1,7 million pour les
Antilles
françaises et plus de 4 millions au Brésil.
Cette
espérance de vie bien supérieure des esclaves en
Amérique du Nord s’expliquait
non par un « meilleur » traitement, mais par des
cultures
généralement moins pénibles et qui rapportaient
moins sur le marché
international. Des plantations de canne à sucre se
développèrent dans la vallée
du bas Mississippi, autour de La Nouvelle-Orléans, mais la
majorité ne vit le
jour qu’après la fin de la traite atlantique. Ailleurs, les
esclaves
travaillaient dans les champs de tabac ou de blé ainsi que dans
les rizières,
où la mortalité était généralement
inférieure à celle des colonies sucrières.
Au milieu du XVIIIe siècle, la population américaine
d’esclaves se reproduisait
naturellement. Voilà sans doute pourquoi leurs
propriétaires acceptèrent
l’interdiction de la traite en 1808, après une décennie
d’importations
frénétiques. L’essor du coton, qui fit des Etats du Sud
la première puissance
détentrice d’esclaves au monde, ne se produisit
qu’après : sa main-d’œuvre
dépendit de leur reproduction. Ainsi que d’une autre traite...
L’expansion
des plantations de coton jusqu’au Sud profond exigea, en effet, que les
esclaves soient transférés en masse de Virginie et de
Caroline vers l’Alabama
et le Mississippi. Certains migrèrent avec leurs
propriétaires ; un
million d’entre eux peut-être furent arrachés à
leurs proches pour être vendus
et transportés, via les marchés aux esclaves de La
Nouvelle-Orléans, dans les
champs du Sud profond. Par son volume, cette traite
négrière entre Etats
américains dépassa toutes celles effectuées sur de
longues distances au XIXe
siècle, à l’exception du trafic d’esclaves africains vers
le Brésil.
Les
historiens de l’esclavage, même les plus sérieux, avaient
jusqu’ici ignoré ou
négligé le transfert d’esclaves à
l’intérieur des Etats-Unis. Des ouvrages
importants évoquent désormais non seulement le nombre
d’esclaves impliqués dans
ce commerce entre Etats américains, mais également
l’expérience complexe de leur
déplacement et de leur traite. Cette
« traversée »-là représente
une
nouvelle frontière de la recherche historique américaine.
Si l’autre
« traversée », celle de la traite
atlantique, demeure aussi une sorte
de frontière pour la recherche, c’est notamment en raison des
passions qu’elle
a engendrées dans l’iconographie de l’esclavage. Les images des
navires
transportant des captifs entassés dans des conditions inhumaines
sont devenues
aussi emblématiques que celles du fouet et des chairs en
lambeaux. En fait, les
abolitionnistes s’attaquèrent d’abord à la traite,
espérant que, une fois cette
dernière interdite, les esclaves bénéficieraient
de conditions matérielles
meilleures dans les plantations.
Son abolition
ne signifia pas celle de la servitude, qui nécessita bien plus
de temps et
exigea une intervention politique active de la part des esclaves. Mais
les
abolitionnistes réussirent à faire en sorte que la
Grande-Bretagne, en 1807,
comme les Etats-Unis, en 1808, cessent officiellement de prendre part
à la
traite des Noirs (4).
Les Britanniques engagèrent ensuite leur force navale contre les
trafiquants
qui poursuivaient leur activité esclavagiste vers Cuba et le
Brésil – ils ne
l’emportèrent qu’au milieu du siècle.
On peut
expliquer la force de l’iconographie de la
« traversée »
atlantique : à une époque où s’affirmaient
les Lumières et
l’humanitarisme, elle touchait de nouvelles sensibilités
culturelles concernant
la famille, la sexualité et le corps. La traversée de
l’Atlantique arrachait
les Africains à leurs réseaux familiaux et
communautaires ; elle les
jetait les uns sur les autres durant des jours et des semaines ;
et elle
suscitait une peur et une souffrance si intenses qu’ils furent nombreux
à se
donner la mort.
L’épreuve
était indicible. Ces dernières décennies, nous
avons découvert des éléments
nouveaux, sinistres, sur la mortalité pendant la
traversée de l’Atlantique.
Curtin estimait que, en moyenne, sur dix esclaves quittant la
côte africaine
dans un navire négrier, deux mouraient avant d’atteindre les
Amériques. Des
recherches plus récentes confirment qu’un taux de
mortalité de 20 % était
courant aux XVIe et XVIIe siècles. Plus les jours passés
en mer étaient
nombreux, plus la mortalité s’élevait. Lorsque le point
de départ du commerce
se déplaça, la durée du trajet et la
mortalité diminuèrent La traite
brésilienne finit par atteindre le taux le plus bas (environ
6 %) et, à la
fin du XVIIIe siècle, le taux moyen de mortalité tomba
à moins de 10 %.
Le plus
incroyable, c’est que nous ne savons encore presque rien de
l’expérience
directe vécue par les esclaves et par l’équipage pendant
la traversée. Les
journaux de bord des navires nous ont renseignés sur la routine
quotidienne du
voyage, les plans du capitaine et des compagnies qui finançaient
le commerce,
mais nous possédons très peu d’éléments sur
le point de vue des esclaves ou des
membres de l’équipage et des personnes qui s’enrôlaient
pour les encadrer. Et
qu’en était-il des rapports entre les esclaves et les membres de
l’équipage, et
entre esclaves ? Il n’est pas difficile d’imaginer comment la
colère
pouvait se mêler à la désorientation, au fatalisme,
à la dépression, aux
intrigues, aux complots et à des soulèvements
occasionnels. L’histoire sociale
et culturelle de la traite atlantique en est encore à ses
balbutiements.
(1) Cf.
David Eltis, Economic Growth and the Ending of the Transatlantic
Slave Trade,
Oxford University Press, New York, 1987 ; Joseph Miller, Way
of
Death : Merchant Capitalism and the Angolan Slave Trade, 1730-1830,
University of Wisconsin Press, Madison, 1988.
(2) Cf.
John Thornton, Africa and Africans in
the Making of the Atlantic World, 1400-1800, Cambridge University Press, New York, 1998.
(3) Herbert S.
Klein (sous la dir. de), The Atlantic Slave Trade, Cambridge
University
Press, New York, 1999.
(4)
En France, la Convention avait adopté, le 4
février 1794 (16 pluviôse an II), un décret
abolissant l’esclavage. Cette
première abolition fut sans effet réel dans les colonies.
Source
mai 2006