Prostituées
harcelées, proxénètes épargnés
Laurent
Mouloud
Police.
Un rapport de la Ligue des droits de l’homme (LDH) dénonce
les conséquences de la loi Sarkozy sur le racolage.
Gardes
à vue abusives, contraventions injustifiées, fouilles
humiliantes,
injures raciales... La Ligue des droits de l’homme (LDH) a
fustigé, hier,
l’attitude des policiers chargés d’appliquer la loi Sarkozy sur
le
« racolage passif ». Saisie en juillet 2005 par
des prostituées
africaines, l’association, épaulée par le MRAP, le
Syndicat des avocats de
France (SAF) et le Syndicat de la magistrature (SM), a
auditionné une
quarantaine de péripapétitiennes et de transsexuelles du
bois de Vincennes et
du bois de Boulogne. Conclusion ? « Depuis
l’instauration de cette
loi, elles sont victimes d’un arbitraire policier tout à fait
scandaleux,
estime Jean-Pierre Dubois, président de la LDH. Dans le
discours, les
prostitué(e)s sont des citoyens libres et égaux en
droits. Mais dans les faits,
ce n’est pas le cas. »
Depuis
2003, la mission de la police parisienne est claire :
faire disparaître visuellement la prostitution. Elle s’en
acquitte avec zèle,
quitte à s’arranger avec une loi inapplicable. Comme le souligne
le rapport, il
est en effet quasiment impossible, pour les policiers, de
« caractériser » le délit de
racolage. La plupart du temps, les
prostituées, vêtues normalement, attendent dans une
camionnette qui ne comporte
aucune indication extérieure, et les clients, eux, les abordent
de leur propre initiative.
« Les faits ne sont donc aucunement constitutifs de
racolage »,
notent les auteurs.
Qu’à
cela ne tienne, certains policiers ont trouvé la
parade : ils pénètrent dans la camionnette en pleine
action et font
pression sur le client pour obtenir un témoignage
établissant qu’il a été
racolé. « De façon générale, ils
cèdent et décrivent des faits imaginés
par les agents de police », précise le rapport, qui
rappelle que cette
pratique a un nom : la subordination de témoin.
Autre
méthode dénoncée : le matraquage de PV pour
stationnement gênant ou refus d’obtempérer.
« Histoire de décourager la
prostituée, les policiers dressent deux PV coup sur coup, ce qui
est
strictement illégal, le premier à 11 h 5 à 35
euros, le second à 11 h 8 à 90
euros », explique Marie-Agnès Combesque, de la LDH.
Ces contraventions
coûtent en moyenne 500 euros par mois aux prostituées du
bois de
Vincennes ! « L’application de la réglementation
en matière de
stationnement semble un pur prétexte »,
déplore le rapport qui souligne
que seuls leurs véhicules sont concernés.
Plus
grave encore : les « gardes à vue
abusives »
dont sont l’objet les prostituées. « Menottées
durant leur transfert,
nombre d’entre elles sont fouillées dans des conditions
humiliantes, leur
imposant de se placer, entièrement dénudées, en
position accroupie, au prétexte
de vérifier qu’elles ne détiennent aucun objet illicite
dans les voies
naturelles. » Ces gardes à vue se prolongent bien
souvent pendant 24
heures (le maximum) alors que l’interrogatoire n’a duré que 30
minutes... En
cellule, les prostituées font aussi état de nombreuses
injures, parfois
racistes. « Vous grimpez aux arbres. On va vous jeter des
bananes »,
se serait vu répondre une Africaine ayant demandé un
repas dans un
commissariat.
Censée
aider à démanteler les réseaux de prostitution, la
loi
prévoyait, enfin, une protection pour les prostituées
dénonçant leur proxénète.
Las, aucun texte réglementaire n’est venu concrétiser la
mesure. « Or,
précise le rapport, en l’absence de toute protection des
victimes, la législation
sur le proxénétisme favorise paradoxalement le
proxénète. » Les chiffres
l’attestent : en la matière, les faits
révélés par l’action des services
ne sont passés que de 539, en 2003, à 557, en 2005...
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