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Ce sont des Martiniquais !

zannenna 

« An lanmain ka lavé lot, dé lanmain ka lavé en figi » 

Evariste Zephyrin questionne Gaëlle Linfide à propos de deux évènements qui se sont déroulés en Martinique,  il s’agit de la polémique autour de l’aéroport du Lamentin, doit-on ou non le baptiser l’aéroport Aimée Césaire  et la manifestation des planteurs d’ananas.

Gaëlle Linfide livre son sentiment, Evariste Zephyrin l’écoute :

« Je vis dans une île où je me demande si ses âmes ne sont pas en train de devenir folles, certains veulent appeler l'aéroport du Lamentin « Aimé Césaire » comme s'il était déjà mort. Des âmes dans les rues se ruent sur des ananas « pour rien », alors que la population se contrefiche des problèmes des agriculteurs et préfèrent  s'abrutir devant un jeu de ballon rond. Bref ! Ce sont des Martiniquais et tout va bien ! 

Je ne fais pas de politique, mais te fais part de mon ressenti simplement,  parce que je me rends compte que l'esprit des Martiniquais ne fonctionne plus comme avant :

- Soit, il n'a plus d'intérêts dans les valeurs d'avant (solidarité et partage).
- Soit que les choses les dépassent, et ils préfèrent opter pour la version du « chak bêt a fé ka bwyé ba mâme yo ».

En tout cas au sujet de l'aéroport du Lamentin qu'il nomme « l'aéroport de Fort de France » le baptiser « Aimé Césaire », n’est pas véritablement un problème pour créer une polémique, comme disait une personne interviewée,  il y a encore d'autres endroits et d'autres monuments auxquels on peut associer son nom. Le plus triste c’est qu’ils le voient déjà mort, il ne manque plus que les avis d’obsèques.

 Il est encore en vie !

je respecte énormément l'homme, le poète, l’écrivain, le guerrier de la négritude, c’est un homme simple, qui ne demande rien (nomination du prix Nobel), j’ai lu son entretien avec Françoise VERGES dans « nègre je suis, nègre je resterai ». C’est un homme formidable racontant avec une simplicité son enfance et son dégoût très tôt des frivolités et des mondanités des Martiniquais de l’époque… bien que de nos jours, les choses n’ont pas véritablement changé. Il relate ses rencontres avec son grand ami Léopold ainsi que le général de Gaulle, et son parcours intellectuel jusqu’à son combat pour être reconnu « homme noir » à travers du terme de négritude, qu’aujourd’hui tout le monde aime à brandir en étendard, « ne touche pas à ma négritude », livrant ses opinions sur l’indépendance, l’état Français et ses départements, la fameuse « réparation », l’avenir martiniquais...  mais tous ces gens qui veulent soi-disant faire ceci ou cela en son honneur, le font-ils en tout désintéressement de cause,  lui a t-on demandé  son avis ? Non, ils l’enterrent déjà, relatant ses mémoires. Mais bon sang ! Ne me le tuer pas encore je rêve de m’approcher de lui. 

Evariste Zephyrin : - Peux tu expliciter tes propos concernant les agriculteurs ?

Les agriculteurs martiniquais rencontrent des problèmes à écouler leur production, aussi bien que par l’exportation que sur le marché local et cela depuis un bon moment, ils ont voulu se faire entendre auprès de la Préfecture,  pour demander une aide, un soutien, mais arrivés à Fort de France,  une fâcheuse rumeur les avait devancée annonçant que les agriculteurs vendraient leur produit à 0.70c pièce.

Alors les habitants ont pris d'assaut leurs camionnettes, sans même leur donner le pourquoi du comment, ils se sont servis comme des crève-la-faim. Certains agriculteurs n'ont pas pu réagir, ni même pu expliquer leurs motivations  auprès de la population et leur besoin d’être soutenu par elle. En fait  ces derniers voulaient  vendre leurs produits à bas prix, et non les donner gracieusement. 

La  foule a agi sans conscience, ces gens se sont servis voracement, oubliant qu’ils avaient affaire à des compatriotes en difficultés financières et morales, des  gens qui ne sont pas forcément aisés et ayant des familles à nourrir.

Tout ceci m'a touché : l’indifférence des uns à la misère et aux difficultés des autres est grandissante sur mon île.

Gaëlle Linfide