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LETTRE OUVERTE DE TRAVAYÈ É PÉYIZAN

paysan

Pointe-à-Pitre le 29 mai 2006

Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général
Mesdames, Messieurs, les Conseillers régionaux et généraux de Guadeloupe. 
 

Mesdames, Messieurs,

Depuis plusieurs mois nous assistons à une augmentation de l’arrogance patronale, de la répression antisyndicale et du mépris à l’endroit des travailleurs et du peuple de Guadeloupe.

Non satisfaits de ne pas répondre aux, désormais, nombre de patrons, avec le soutien de la « justice » s’en prennent directement aux grévistes et aux syndicalistes par des saisies de comptes bancaires.

Cela a commencé avec le patron de Courcelles, s’est poursuivi à Carrefour-Destrellan. C’est encore le cas aujourd’hui à Danone, où, le conflit dure depuis 11 mois, et pourtant les salariés ne font que réclamer l’application de la Convention collective et le paiement des salaires dus.

Dans le secteur agricole la situation va de mal en pis :

Les gros patrons de la banane, après avoir refusé d’appliquer l’augmentation du smic aux ouvriers, continuent à ne pas payer les cotisations sociales en toute impunité. Mieux encore, ce sont plus de 1700 ouvriers agricoles qui ont été licenciés alors que ces exploitants ont encaissé et encaissent encore des millions d’euros de subventions des collectivités, de l’Europe et de l’État.

La Ferme de Campêche, la plus importante unité de production d’œufs frais de Guadeloupe (plus de 25 millions d’œufs par an), vient d’être liquidée, laissant sur le carreau 30 mères et pères de famille ; et cela pour répondre à de sombres affaires de spéculations foncières et financières.

L’hôtellerie, le soi-disant fleuron du développement économique, a licencié plus de 1500 salariés, après avoir encaissé des millions d’euros de l’État et des collectivités, les 50 derniers licenciés étant ceux de Callinago.

En définitive, une partie des subventions et aides des collectivités servent à payer les indemnités de licenciement et non à garantir la sauvegarde des emplois, de l’activité économique et de la production locale. Le reste des aides ?

Mesdames, Messieurs les élus,
Vous qui réclamez plus de responsabilité, plus de pouvoir, pouvez-vous accepter cela ?

Pouvez-vous laisser faire ?

Le combat de ces travailleurs et de leur syndicat est légitime

Les salariés de Danone et leur syndicat n’ont-ils pas le droit d’exiger du béké Delavigne, l’application de la convention collective et le paiement de l’ensemble des salaires dus.

Pouvons-nous accepter le mépris de ce misyé envers les travailleurs et vous mêmes élus de Guadeloupe. Pierre Reinette médiateur dans ce conflit mandaté par le Président du Conseil général, Jacques Gillot, a été obligé de jeter l’éponge face à l’attitude exécrable de cet individu, digne héritier de ces ancêtres. En plein mois de mai, n’est ce pas faire offense aux Guadeloupéens, à nos ancêtres, les combattants de la liberté ? N’est ce pas faire offense à notre mémoire commune ?

Les ouvriers de la banane et les employés de Callinago n’ont-ils pas raison de se battre avec leur syndicat pour la sauvegarde de leur emploi, de leur outil de travail et contre la privatisation de nos plages ?

A la Ferme de Campêche, les malversations du patron, le français Lefranc, les tergiversations, les manipulations de la SAFER et du futur repreneur ont conduit à la liquidation de l’entreprise. C’est pour sauvegarder leur emploi et la principale unité de production avicole en Guadeloupe que les ouvriers ont décidé de déposer un dossier de reprise de l’activité. Est-il normal de consommer des œufs réfrigérés en Guadeloupe (à 8000 kms de la France), ce qui est interdit en France ?

Mesdames, Messieurs les élus, les Travailleurs, n’ont-ils pas raison ?

N’EST-IL PAS DE VOTRE RESPONSABILITE D’INTERVENIR AFIN DE TROUVER UNE ISSUE POSITIVE À CETTE SITUATION POUR LES TRAVAILLEURS ? 
ALORS PRONONCEZ-VOUS SANS ATTENDRE :

1 - Pour le respect par monsieur Delavigne du droit syndical, l’arrêt des saisies sur les comptes des grévistes, pour l’application de la Convention collective et le versement des salaires dus !


2 - Pour l’interdiction des licenciements dans tous les secteurs d’activité et singulièrement dans ceux qui reçoivent les aides des collectivités notamment la banane et dans l’hôtellerie !


3 - Pour la sauvegarde des emplois des ouvriers de la Ferme de Campêche et la production d’œufs frais en Guadeloupe !


4 - Pour la poursuite en justice de tous les patrons qui ont dilapidé les fonds des Collectivités et qui licencient !

Votre silence ou toute intervention qui ne garantirait pas le droit au travail des Guadeloupéens, le maintien de leurs acquis et leurs droits démocratiques, en particulier le droit de revendiquer et de se battre pour leurs revendications, provoquerait les plus grands désordres.  Nous en sommes convaincus. 

Aussi, vous conviendrez que la paix sociale tant recherchée est donc contraire aux intérêts des Travailleurs et qu’un « appel au civisme » par l’acceptation de cette situation, au nom de la sacro-sainte mondialisation, relève de l’irresponsabilité.

La Guadeloupe ne peut donc prétendre à une quelconque paix sociale quand ses enfants sont méprisés de la sorte.

Recevez, messieurs les présidents, mesdames, messieurs les conseillers, nos respectueuses salutations.

 
Pour le Secrétariat 
J. LAPITRE