La
réponse de Raphaël
Confiant à Patrick Lozes et Georges Tin

J’ai bien
reçu votre demande d’entretien que je me vois, hélas,
contraint de refuser.
Pourquoi ?
Non par
hostilité particulière envers vos personnes, que je ne
connais d’ailleurs pas,
mais pour toute une série de raisons dont voici les principales
:
1°. Il ne
faut pas confondre le combat des ANTILLAIS, des CREOLES, qui sont un
peuple,
disposant d’une langue, d’une musique, d’une cuisine, d’une
architecture, d’un
territoire propres avec le combat des NOIRS FRANCAIS.
Nous
autres CREOLES aspirons au minimum d’intégration dans l’ensemble
français,
c’est-à-dire à une autonomie la plus vaste possible
laquelle doit pouvoir
évoluer, à moyen ou long terme, vers une
indépendance complète à l’instar de
nos pays-frères que sont Sainte-Lucie, Dominique, Barbade ou
Haïti.
A
l’inverse, les NOIRS FRANCAIS - et c’est leur droit le plus absolu -
aspirent à
un maximum d’intégration dans l’ensemble français.
Bref,
nous autres Antillais sommes un peuple différent du peuple
français, une nation
en devenir, alors que vous, les Noirs français êtes une
minorité nationale
française.
Si des
solidarités sont possibles entre nous, si des actions communes
peuvent
ponctuellement être menées, NOS COMBATS RESPECTIFS SONT
FONDAMENTALEMENT
DIFFERENTS.
Entretenir
la confusion ne peut qu’affaiblir, voire miner, le combat que nous
autres,
Antillais, menons pour l’accession à notre pleine et
entière souveraineté, tout
en gardant des relations d’amitié et de respect avec le peuple
français.
2°. Que
les NOIRS FRANCAIS se rassemblent sur une base ethnique, voire raciale
-
"Conseil des Associations Noires" dîtes-vous -, je peux le
comprendre
tout à fait dans le contexte de racisme tantôt
larvé tantôt ouvert existant
actuellement en France.
Mais dans
notre cas à nous Antillais, toute forme de
«noirisme » serait suicidaire
étant donné que nous sommes un peuple, certes à
dominante nègre, mais composé
de Mulâtres, de Blancs créoles, d’Indiens, de Chinois et
de Syro-Libanais et
autres.
Notre
combat national ne peut en aucun cas s’appuyer sur une vision coloriste
de la
réalité. La nation créole est une nation
métisse à l’instar de ses soeurs
caribéennes et sud-américaines.
3°. Sans
m’immiscer dans les luttes quotidiennes des Noirs français, je
ne peux que
constater le fait suivant : des associations, telles que le
COLLECTIFDOM, se
coltinent une série de dossiers très concrets, se battent
au jour le jour, pied
à pied, avec l’administration, intentent des procès
à des racistes, font un
intense travail de lobbying etc..., or jamais il ne m’a
été donné de lire dans
la presse, d’entendre à la radio ou de voir à la
télévision le moindre COMBAT
CONCRET mené par votre CRAN.
Je
m’interroge donc sur le terme
« représentatif » figurant dans votre
dénomination. Et pour revenir sur la question de la
solidarité ponctuelle
possible entre les Antillais et les Noirs français, je peux
citer l’appui que
certains d’entre nous ont apporté à la démarche du
COLLECTIFDOM et de son
dynamique président, Patrick Karam, pour faire condamner la
compagnie « BANANIA »
et son logo raciste de même que l’appui que le COLLECTIFDOM nous
a donné pour
lutter contre la suppression du CAPES de créole.
Ces coups
de mains réciproques et ponctuels (j’y insiste) sont toujours
les bienvenus et
si vous avez des propositions en ce sens, pourquoi pas ?
4°. Et
enfin, d’une manière plus générale, si je
comprends bien que des travailleurs,
des ouvriers, des paysans pauvres etc...fuient l’Afrique et les
Antilles pour
venir s’installer en Europe, je ne comprends pas que des intellectuels
en
fassent de même.
Il s’agit
là à mes yeux d’une démission, voire d’une
désertion. Car une question et une
seule se pose : QUI DEVELOPPERA L’AFRIQUE ET LES ANTILLES ? Qui
parviendra à
les arracher au sous-développement ? Est-ce que ce sont les
« Toubabs »
et les « Zorey » qui vont le faire ? Pendant que
des intellectuels
africains et antillais installés en France et en Europe
s’efforcent d’obtenir
des postes de conseiller municipal ou régional, de maire ou de
député, voire de
ministres, leurs frères africains se noient par centaines dans
le détroit de Gibraltar
ou au large des Canaries et leurs frères antillais s’enfoncent
dans la
délinquance et le crack.
Je
persiste à penser que Koffi Yamgnane serait plus utile en tant
que président de
la République du Togo que maire d’un obscur village breton de
400 habitants.
Je vous
souhaite tout de même un bon séjour à la
Martinique.
Cordialement
RAPHAEL
CONFIANT