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Un pavé dans la mer Caraïbe

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Le chercheur Louis Dupont vient de rendre public, en marge des prochaines assises du Tourisme de Guadeloupe, un rapport consacré à la crise du tourisme dans les îles françaises Guadeloupe et Martinique.

Monolithisme de la desserte aérienne, problèmes d’image, manque de compétitivité, inefficience probable des dépenses de promotion… Pendant ce temps, les arrivées de touristes français en République Dominicaine explosent : +656% entre 1996 et 2002.

Basé aux Etats-Unis, Visiting  Professor d’économie à l’Université George Washington (USA), récemment nommé administrateur du Comité du tourisme des îles de Guadeloupe (CTIG), Louis Dupont étudie les grands dossiers régionaux depuis plus de vingt ans : intégration, sécurité alimentaire, tourisme...

Sa dernière étude intitulée « Analyse des déterminants de la demande touristique aux Antilles françaises* » s’intéresse justement à la crise du tourisme en Guadeloupe et Martinique. En introduction, l’auteur rappelle que le marché français à lui seul représente près de 80% des arrivées de visiteurs en Martinique et Guadeloupe.

Une situation due « pour l’essentiel au monolithisme actuel de la desserte aérienne qui empêche la diversification de la clientèle de séjour qui ne peut plus venir que de Paris et de la province française alors que la situation géographique de la Martinique et de la Guadeloupe devrait leur conférer un statut d’avantage tourner vers l’international » écrit-il.

L’étude retient comme principaux déterminants de la demande touristique à la Martinique : le revenu, les prix relatifs, les capacités en sièges des compagnies aériennes, les prix dans une destination concurrente (République Dominicaine), les dépenses de promotion, les arrivées décalées d’une année.

Premier enseignement : lorsque les revenus augmentent en France, les touristes français s’orientent vers des destinations plus élitistes que celles de la Martinique et de la Guadeloupe, ces destinations n’étant plus considérées par les touristes français comme des destinations privilégiées. « D’où aussi une diminution des arrivées à la Martinique en provenance de France depuis 1997 jusqu’à ce jour ».

Explication : « longtemps sans véritable concurrence touristique dans la Caraïbe, la Guadeloupe et la Martinique ont dû faire face à l’émergence, au début des années 1980 de la République Dominicaine et de Cuba au début des années 1990. Sur la période 1990-2002, ces deux dernières destinations ont connu un taux de croissance annuel moyen du nombre de leurs touristes respectivement de 9,4% et 14,3% contre 3,1% pour la Martinique ».

Sur d’autres coefficients, comme celui de la variable « dépenses de promotion », Louis Dupont suggère une « inefficience probable des dépenses de promotion résultant de mauvais choix en termes de marketing ».

En revanche, sur le coefficient de la variable « capacités aériennes », il cite une récente étude du Comité martiniquais du tourisme (Bruno Marques, 2002) pour qui « les variations du nombre de sièges offerts par les compagnies aériennes ne furent pas la cause de l’évolution du flux touristique récepteur à la Martinique ».

En dernière partie, Louis Dupont estime que l’activité touristique à la Martinique et à la Guadeloupe « s’inscrit dans le cadre des phénomènes d’attractions-répulsions, de partage de la consommation globale entre produits et d’allocation des revenus conformément à la théorie économique ».

« Parmi ces facteurs d’attractions-repulsions figurent principalement les prix relatifs, la qualité et la diversité de l’offre touristique, l’accessibilité des lieux (distance, coût des transports), la sécurité, l’accueil, les infrastructures, les loisirs etc. C’est de l’ensemble de ces considérations que découle la spécification du modèle ».

Enfin, Louis Dupont conseille que soient arrêtées pour les Antilles françaises de nouvelles orientations stratégiques sur un plan marketing, différentes de celles choisies jusqu’ici et d’adopter un nouveau positionnement sur le marché du tourisme international mettant l’accent sur les particularités et singularités de chacune des deux destinations.

L’approche par marchés/segments, plutôt que par type d’action de promotion, permettrait de s’orienter vers une stratégie de spécialisation et de différenciation tout en évitant de s’engager dans une guerre des prix avec les principaux concurrents de la Caraïbe, guerre à laquelle, la Martinique et la Guadeloupe sont dès le départ « perdantes » conclut le rapport. eCARAIBES

[*On retient que les données dont dispose actuellement Louis Dupont ne lui permettent que d’étudier le cas de la Martinique. « Toutefois, les conclusions auxquelles on aboutit dans le cas de la Martinique peuvent parfaitement s’appliquer à la Guadeloupe car les deux îles présentent des similitudes » explique-t-il en introduction.]

Performance économique

D’après le rapport, les  quatre principaux marchés émetteurs de touristes à la Martinique en 2002 (France, Allemagne, Italie, Suisse) fournissaient 80,7% des visiteurs (85,4% en 2001). La France représentait à elle seule 78,2% de ce total, suivie de la Suisse (1,3%), l’Italie (0,9%), l’Allemagne (0,4%), autres (19,2%) dans lesquels les Etats-unis et le Canada représentaient chacun 0,6%.

Selon le Comité martiniquais du tourisme (Principales données du tourisme en Martinique 2004), la majorité de ces touristes de séjour viennent à la Martinique pour des vacances/loisirs (84,3%) ; affaires (7,5%) ; vacances/affaires (4,9%) ; autres (3,3%).

Ces visiteurs ont en 2004 choisi comme mode d’hébergement : l’hôtellerie (40,5%) ; appartements ou villas loues (26,9%) ; chez des amis et parents (26,2%) ; autres (6,4%). Le pourcentage de ceux choisissant l’hôtellerie a cependant tendance à diminuer au profit des autres structures d’hébergement.

Ces touristes, en majorité des femmes (51,7%) ont entre 25 et 44 ans. 50,8% d’entre-eux disposent d’un revenu mensuel compris entre 2.058 euros et 6.098 euros. Parmi eux, les cadres ou les professions libérales ont représenté en 2004, 37,8% des touristes et les retraités, 7,6%. Ils visitent la Martinique souvent en groupe de 2 personnes et séjournent en moyenne 14 jours. Ils ont dépensé directement en 2004, la somme de 223,7 millions d’euros soit une dépense journalière moyenne et par touriste de 34 euros. En terme de performance économique, le tourisme représentait 192 millions d’euros de recettes en 1993, 250 millions en 1999 et 200 millions en 2002. Part du PIB : 4,6% en 1999, 3,2% en 2002.

Extrait : « sun, sand and sea »

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« La Martinique comme la Guadeloupe sont considérées depuis quelques années comme des destinations « sun, sand, sea » destinées à un tourisme de masse comme d’ailleurs d’autres îles de la Caraïbe, mais les Antilles Françaises ont à faire face à un problème d’image de destinations « coûteuses » et donc non compétitives en termes de prix par rapport à leurs principaux concurrents de la Caraïbe. A cette image de cherté, s’ajoute celle de destinations qui présentent une  hôtellerie vieillissante, offrant peu ou pas à leurs visiteurs des activités et formules variées (notamment le all-inclusive).

A cela, il convient d’ajouter des problèmes de desserte aérienne, d’acheminement et de préacheminement des voyageurs entre les deux aéroports parisiens (Roissy et Orly). L’ensemble de ces problèmes handicape le pouvoir d’attraction à la fois de la Martinique et de la Guadeloupe. Comme résultat, ces deux destinations perdent depuis quelques années des parts de marché au profit de leurs principaux concurrents des Caraïbes ».

Rép. Dom. : +656,2%

« Le nombre de visiteurs français est passé à la Martinique de 380.000 en 1996 à 349.000 en 2002 soit une diminution de 8%, alors que dans le même temps le nombre de touristes français à la République Dominicaine est passé de 32.000 à 242.000. Soit une augmentation de 656,2 %. Le nombre de visiteurs français à la République Dominicaine a donc été multiplié par 7,5 en 6 ans, alors qu’il diminue d’année en année à la Martinique. Des actions devraient être entreprises pour restaurer  l’image de la Martinique et de la Guadeloupe et l’orienter vers celle de destinations axées sur la qualité et la sécurité pour les couples et les familles ».

Saison touristique 2005 à la Martinique : en progression

Les premières estimations de la fréquentation de séjour indiquent que le flux de visiteurs de séjour a augmenté de 2,8% en 2005, soit un total de 484.290 visiteurs contre 470.891 en 2004, d’après les chiffres diffusés par le CMT il y a quinze jours.

La progression du flux touristique de séjour du premier semestre (+ 3,2 %) a été plus forte que celle du second (+ 2,4%). En revanche, les évolutions saisonnières ont quasiment été les mêmes : 3,2% en haute saison (les mois de décembre 2004 à avril 2005) et 3,4% en basse saison.

L’année 2006 débute avec un flux de visiteurs touristiques en faible progression de 0,3% relativement à janvier 2005. Cette évolution globale résulte de variations voisines, des différentes catégories de clientèle.

La clientèle de séjour stagne. La fréquentation de séjour est quasiment la même qu’en janvier 2005 : 46.904 en janvier 2004 et 46.988 en janvier 2005. Le résultat de janvier 2006 ne modifie que légèrement la pente en glissement de la fréquentation de séjour : +2,8% au terme de 2005 et +2,6% en intégrant janvier 2006.

Les segments de la croisière et de la plaisance connaissent en revanche un début d’année en progression après une année totale de baisse : +0,9% d’augmentation pour la croisière ; +1,5% de croissance pour la plaisance.

L’Organisation mondiale du tourisme indique dans son baromètre de janvier 2006, que l’année 2005 s’est achevée par une progression de +5.5% (par rapport à 2004) des arrivées de touristes internationaux (+ 2.8% en Martinique). Cet organisme prévoit pour 2006, une croissance des arrivées de touristes internationaux comprise entre 4% et 5%.  Selon la Caribean Tourism Organization (CTO) l’année 2005 s’est terminée pour  l’ensemble de la zone par : une croissance de la fréquentation touristique de séjour de 3.6% (+2.8% en Martinique) ; mais une diminution de flux de croisiéristes de 2% (-41,6% en Martinique). Elle estime par ailleurs que le flux de visiteurs de séjour devrait se situer entre 2.5 et 3.5% en 2006.


Source : Département Etudes et Prospective - Comité martiniquais du tourisme (CMT)

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