De
moi-même à moi-même vers moi-même

Comme
ce silence qui commence et ma vie qui s’achève, sur ce ciel
dépossédé et cette
mer désolée, d’une vie qui se songe, d’une existence qui
se rêve, laissant place
à l’illusion d’avoir été, que je fus de ce monde
un être de lumière, qui fut né
une nuit, sous un clair de lune et non une poussière qui
tournoie ou un grain
de sable qui avance, un vent qui balaie ou un souffle
qui frôle.
J’ai
été de ce monde, j’eus une parole qui brûle et un
reflet qui éclate, mais je ne
fus qu’une ombre qui me suivit et un écho qui me parla –
Non ! J’ai rêvé avec un
regard qui médite et une parole qui se
tait.
Je
n’ai engagé que des conversations de rumeurs dans un brouhaha
inaudible. J’ai
lié mon cœur qu’à des contingences illusoires,
j’eus
un cœur serf d’inutiles
affections, j’eus un cœur pérégrin dans ce monde qui me
parlait de ses silences
et où mon sang s’affolait du passé, lorsque ma respiration déclamait des vers et
agrégeait
le futile.
J’avalais
ma langue et je vivais, je parlais et je mourrais, j’ouvrais les yeux
et je
pleurais, je fermais les yeux et je vivais. J’ai surfait
l’amitié et n’en récolta que
trahisons, j’ai bondé ma besace de
patience et n’en ressortit que l’impatience. Mais j’avançais, et
tous les pas
se mettaient en marche, tous les chemins se mettaient en branle, sous
les sols,
sous les ciels, sous les mers et les inutiles froissements de ma
destinée,
sablaient des grappes d’images qui dansaient et où de statiques
intentions se
figuraient une détermination.
Aujourd’hui
ma vie s’achève, elle s’absout de moi et me condamne, mes
vaisseaux
s’obstruent, mes artères se
désagrègent, mais les rais de lumière qui
s’échapperont de ce corps qui souffre,
comme des effluences monteront vers le ciel, retourneront
à Dieu.
Evariste Zephyrin